{"id":903,"date":"2022-12-16T17:17:24","date_gmt":"2022-12-16T16:17:24","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet-critique.com\/?p=903"},"modified":"2024-04-13T13:42:51","modified_gmt":"2024-04-13T11:42:51","slug":"les-etrangers-font-ils-lh-histoire-myriam-kissel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/2022\/12\/16\/les-etrangers-font-ils-lh-histoire-myriam-kissel\/","title":{"rendered":"LES \u00c9TRANGERS FONT-ILS L\u2019H\/HISTOIRE\u00a0? : Myriam Kissel"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><em>Buveurs de vent<\/em>, paru en 2020, a remport\u00e9 le prix Jean-Giono la m\u00eame ann\u00e9e. C\u2019est un des 14 romans publi\u00e9s depuis 2007 par Franck Bouysse (n\u00e9 en 1965 en Corr\u00e8ze). Ce rythme de publication, qui tend \u00e0 s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer, ainsi que le grand nombre d\u2019interviews donn\u00e9es par l\u2019auteur, ne sont pas sans signification. Il en ressort un fonctionnement de l\u2019imaginaire tr\u00e8s particulier chez ce romancier. En effet Bouysse revendique de renoncer \u00e0 chercher l\u2019origine de ses personnages, assez nombreux dans ce texte\u00a0: les quatre \u00ab\u00a0gamins\u00a0\u00bb Volny, le grand-p\u00e8re, les parents, Joyce le patron de la centrale \u00e9lectrique, ses gardes-du-corps, le policier, le patron du bar L\u2019Amiral, et le marin Gobbo. De ses cr\u00e9atures Bouysse affirme\u00a0: \u00ab\u00a0Ils sont venus sans pr\u00e9m\u00e9ditation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0leurs noms d\u2019ailleurs me sont venus naturellement et je les ai gard\u00e9s tels quels\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. \u00ab\u00a0Les personnages m\u2019aident \u00e0 d\u00e9couvrir leur terre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ils prennent possession de moi\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>. \u00ab\u00a0Ils n\u2019avaient pas r\u00e9p\u00e9t\u00e9 leur r\u00f4le, je le d\u00e9couvrais en m\u00eame temps qu\u2019eux\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0certains arrivaient \u00e0 la moiti\u00e9 du roman\u00a0\u00bb\u00a0; les personnages ont leur propre voix, leur libert\u00e9<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce renoncement \u00e0 analyser l\u2019origine de ses personnages donne encore plus d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la figure de l\u2019\u00e9tranger dans <em>Buveurs de vent<\/em>, roman de 400 pages<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> qui en comporte deux\u00a0: Joyce, fondateur de la centrale \u00e9lectrique et ma\u00eetre de la vall\u00e9e du Gour noir, et Gobbo, \u00ab\u00a0esp\u00e8ce de marin charismatique\u00a0\u00bb, pour reprendre une expression de l\u2019auteur<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Ces figures sont antagonistes et fonctionnent en opposition sur plusieurs plans\u00a0; dramatique\u00a0: l\u2019action romanesque\u00a0; imaginaire\u00a0:la cr\u00e9ation litt\u00e9raire, \u00ab\u00a0mensonge\u00a0\u00bb\u00a0? (p. 297)\u00a0;\u00a0 dialectique\u00a0: ma\u00eetre-esclave.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces deux incarnations de \u00ab\u00a0l\u2019intrus\u00a0\u00bb (p. 65) seront consid\u00e9r\u00e9es sous le regard de J. Kristeva, \u00e0 travers sa communication <em>Vivre l\u2019\u00e9tranget\u00e9 aujourd\u2019hui<\/em> et l\u2019ouvrage <em>\u00c9<\/em><em>trangers \u00e0 nous-m\u00eames<\/em><a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 I. Deux \u00e9trangers antagonistes<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Joyce et Gobbo\u00a0: les noms -impossible de discerner pr\u00e9nom et patronyme- de ces personnages sont emprunt\u00e9s \u00e0 des cultures europ\u00e9ennes diff\u00e9rentes. Joyce, pr\u00e9nom m\u00e9di\u00e9val masculin, est d\u2019origine celtique (\u00ab\u00a0champion\u00a0\u00bb), germanique (la divinit\u00e9 Gauz) et latine (<em>gaudia<\/em>, all\u00e9gresse). Gobbo est emprunt\u00e9 au <em>Merchant of Venice<\/em> (1596-1597), plus pr\u00e9cis\u00e9ment Launcelot Gobbo, personnage comique dont le nom signifie \u00ab\u00a0bossu\u00a0\u00bb\u00a0; il quitte son ma\u00eetre Shylock<a id=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. A l\u2019\u00e9poque contemporaine, c\u2019est une figurine d\u2019Epic Armoury. La pi\u00e8ce de Shakespeare est explicitement \u00e9voqu\u00e9e par Gobbo devant le g\u00e9ant inculte (p. 292-293) et par Martin (p. 66). C\u2019est l\u2019occasion de souligner que dans les \u00ab\u00a0bouquins\u00a0\u00bb il est parfois difficile de distinguer r\u00e9el et imaginaire, allusion autant \u00e0 l\u2019\u00e9criture qu\u2019\u00e0 la lecture.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00ab\u00a0-J\u2019imagine qu\u2019\u00e0 force il a fini par ne plus faire la diff\u00e9rence entre eux et le monde r\u00e9el.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">-Les livres, \u00e7a ne vaut rien.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">-Tu as pourtant l\u2019air d\u2019en conna\u00eetre quelques-uns.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">-C\u2019est de l\u2019histoire ancienne.\u00a0\u00bb (p. 66)<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019apparition de chacun de ces personnages se produit \u00e0 un \u00e9tat tr\u00e8s diff\u00e9rent de l\u2019intrigue. Deux chapitres sont consacr\u00e9s \u00e0 Joyce (p. 26-28 et 149-151). Le premier passage m\u00eale, par le narrateur omniscient, l\u2019imparfait de narration pour la situation de la ville et la fonction de la centrale, le plus-que-parfait d\u2019ant\u00e9riorit\u00e9\u00a0: Joyce est arriv\u00e9 il y a 10 ans, l\u2019imparfait d\u2019analyse psychologique, l\u2019imparfait de r\u00e9p\u00e9tition, et le chapitre se cl\u00f4t sur un irr\u00e9el (subjonctif plus-que-parfait et conditionnel pass\u00e9). Le pass\u00e9 simple avec un pronom anonyme \u00ab\u00a0on\u00a0raconta\u00a0\u00bb \u00e9voque son arriv\u00e9e par l\u2019eau -mer\u00a0? rivi\u00e8re\u00a0? l\u2019eau dans ce roman m\u00e9riterait une \u00e9tude- qui caract\u00e9rise ainsi son statut d\u2019\u00e9tranger au monde du Gour noir, \u00ab\u00a0dans la barque amarr\u00e9e au-dessus du viaduc, que jamais personne n\u2019avait utilis\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0(p. 26).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Gobbo, lui, est un \u00ab\u00a0marin\u00a0\u00bb (le mot est r\u00e9current dans le texte), un \u00ab\u00a0\u00e9trange marin qui vient d\u2019ailleurs comme Joyce\u00a0\u00bb, remarque Bouysse<a id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>. Son arriv\u00e9e dans le roman est soulign\u00e9e par le pr\u00e9sentatif et le pass\u00e9 simple\u00a0: \u00ab\u00a0Il y eut pourtant un homme, un ancien marin, massif comme un cachalot\u00a0\u00bb (p. 64). Paradoxalement, jusqu\u2019\u00e0 la gr\u00e8ve (voir II) cette figure est mise en sc\u00e8ne dans des espaces confin\u00e9s, le bar L\u2019Amiral et sa chambre (p. 64-69, 123-125, 136-137, 279, 290, 350, 358-363). Apatride, il \u00e9voque sa vie de marin une seule fois, refusant tout exotisme, tout h\u00e9ro\u00efsme (p. 67), refusant d\u2019\u00e9crire ses souvenirs. \u00ab\u00a0Les objets bavards de leur propre histoire\u00a0\u00bb (p. 310), dont \u00e9merge avec modestie un galet (p. 310-311), laissent \u00e0 grand-peine survivre son pass\u00e9. \u00catre un \u00ab\u00a0aventurier\u00a0\u00bb ne le concerne nullement, au contraire avoir une famille aurait plus de sens qu\u2019un \u00ab\u00a0bateau qui quitte le port\u00a0\u00bb (p. 69) \u2013alors que pour Joyce ce n\u2019est que convention sociale.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Marin\u00a0\u00bb a pour \u00e9cho \u00ab\u00a0pirates\u00a0\u00bb (p. 79, 80, 82, 198, 200, 240, 241, 277, 321, 345, 348)\u00a0; sans nom, sans corps, sans histoire, \u00ab\u00a0pirate\u00a0\u00bb est imagin\u00e9 et prononc\u00e9 par un personnage qui vient d\u2019un autre monde\u00a0: le petit Luc, le plus jeune fr\u00e8re Volny, demeur\u00e9 mental. Pour lui, avec le lexique butin, fortin, viaduc, ces figures venues de la mer s\u2019int\u00e9greraient au monde du Gour noir, r\u00e9el et imaginaire.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est \u00e0 travers la figure du marin que l\u2019ailleurs est pr\u00e9sent dans la litt\u00e9rature\u00a0; la litt\u00e9rature classique, ces grandes oeuvres que Bouysse, qui n\u2019a pas fait d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires, adore et conna\u00eet parfaitement. Ces figures de l\u2019\u00e9tranger venu de la mer, ce sont Long John Silver (p. 80, 263, 266, 268), le capitaine Smollett (p. 240), et Jim Okins (<em>sic<\/em>), qui obs\u00e8de Luc (p. 74,75, 80), emprunt\u00e9s \u00e0<em> L\u2019\u00cele au tr\u00e9sor<\/em> (p. 84, 241, 267). Le marin par excellence, l\u2019homme venu d\u2019un autre pays, pouss\u00e9 par les divinit\u00e9s et les \u00e9l\u00e9ments, c\u2019est Ulysse. Certes, le nom n\u2019appara\u00eet pas mais l\u2019<em>Odyss\u00e9e<\/em> oui, comme titre et objet (p. 307), et comme antonomase. Dans ce monde ferm\u00e9 et violent qu\u2019est L\u2019Amiral, les \u00ab\u00a0odyss\u00e9es\u00a0\u00bb s\u2019av\u00e8rent des r\u00e9cits fig\u00e9s, o\u00f9 seules les figures f\u00e9minines font r\u00eaver avant de se d\u00e9grader, de sir\u00e8nes en d\u00e9esses, puis de d\u00e9esses en putains, \u00ab\u00a0qu\u2019ils montaient parfois retrouver dans une chambre \u00e0 l\u2019\u00e9tage\u00a0\u00bb (p. 63), et justement cette allusion pr\u00e9c\u00e8de l\u2019apparition de Gobbo (p. 64).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 II. Le \u00ab\u00a0sens de l\u2019histoire \u00ab\u00a0 (p. 365)<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans son ouvrage <em>\u00c9trangers \u00e0 nous-m\u00eames<\/em> J. Kristeva donne comme formes possibles du groupe\u00a0: clan, famille, tribu, nation. Elle soutient que l\u2019appartenance au groupe est li\u00e9e \u00e0 une dimension constitutive et \u00e9conomique, \u00e0 savoir b\u00e9n\u00e9ficier des biens de subsistance. Le monde humain du Gour noir a en effet la forme de la famille\u00a0: les Volny, avec trois g\u00e9n\u00e9rations\u00a0; le groupe des quatre \u00ab\u00a0gamins\u00a0\u00bb, qui ont la passion de se suspendre au viaduc, constitue le groupe qui ouvre et ferme le roman (p. 15-19, 402-404). En revanche, les employ\u00e9s de la centrale demeurent sans unit\u00e9\u00a0; effectivement, comme l\u2019affirme Kristeva, ils sont socialis\u00e9s autour d\u2019un pouvoir dot\u00e9 d\u2019une l\u00e9gislation arbitraire. Le narrateur omniscient \u00e9tablit, avant m\u00eame la pr\u00e9sentation de Joyce, qui est le ma\u00eetre (p. 26), la description de la soumission des \u00ab\u00a0hommes de la vall\u00e9e\u00a0\u00bb (p. 24) \u00e0 travers la m\u00e9taphore de l\u2019araign\u00e9e pour d\u00e9signer la centrale \u00e9lectrique. \u00ab\u00a0En v\u00e9rit\u00e9, les \u00e2mes dociles qui peuplaient ce coin de monde \u00e9taient prisonni\u00e8res de la toile au jour de leur naissance. Et peut-\u00eatre que le pire dans tout cela \u00e9tait cette pitoyable fiert\u00e9 transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, de vivre aux crochets de la cr\u00e9ature, un statut de victime qui donnait un sens aux vies\u00a0\u00bb (p. 24).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Cette \u00ab\u00a0soumission\u00a0\u00bb (p. 45) semble inn\u00e9e et ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Joyce. A plusieurs reprises le narrateur souligne la l\u00e2chet\u00e9 des habitants du Gour noir. Joyce en a pleinement conscience, non sans une m\u00e9galomanie qui l\u2019am\u00e8ne \u00e0 se voir comme rempla\u00e7ant de toute divinit\u00e9, \u00ab\u00a0le seul et unique cr\u00e9ateur de toutes choses\u00a0\u00bb\u00a0(p.149). La malheureuse Isobel, \u00e9pouse forc\u00e9e de Joyce, avait elle prononc\u00e9 le mot \u00ab\u00a0ali\u00e9nation\u00a0\u00bb face \u00e0 son mari (p. 154), ali\u00e9nation r\u00e9sultant de l\u2019argent, qui a achet\u00e9 sa beaut\u00e9. Ce mot est rejet\u00e9 par le ma\u00eetre dans le domaine des livres, qu\u2019il m\u00e9prise. Autre femme \u00e0 la r\u00e9flexion politique, c\u2019est Julie Blanche, secr\u00e9taire aux carri\u00e8res\u00a0: elle sait que, th\u00e9oriquement au moins, la r\u00e9volte est possible. \u00ab\u00a0A cet instant, Julie Blanche avait compris que m\u00eame un esclave peut d\u00e9cider de briser ses cha\u00eenes, qu\u2019il y a toujours un moyen d\u2019y parvenir, que la force des ma\u00eetres est de faire croire aux esclaves qu\u2019ils leur offrent un sort enviable au regard du couloir infini de la mort\u00a0\u00bb (p. 244).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La situation initiale fig\u00e9e est modifi\u00e9e par l\u2019\u00e9l\u00e9ment perturbateur qu\u2019est Gobbo. Pourtant il y a eu, en plus de ces deux \u00e9trangers que sont Joyce et Gobbo, un personnage tr\u00e8s bri\u00e8vement pr\u00e9sent et sans aucune incidence sur le d\u00e9roulement dramatique (p. 129-130). Cet\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb (5 occurrences), cet \u00ab\u00a0inconnu\u00a0\u00bb (2 occurrences) pourrait \u00eatre interpr\u00e9table comme une \u00e9bauche de Gobbo, un avertissement \u00e0 Joyce. \u00ab\u00a0On ne le revit jamais et on n\u2019entendit plus parler de lui\u00a0\u00bb (p. 130).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une question qui n\u2019est \u00e0 aucun moment pos\u00e9e, c\u2019est celle de la langue. Le lecteur peut en d\u00e9duire que les deux \u00e9trangers ne viennent pas d\u2019un pays\u00a0 \u00e9tranger, <em>id-est<\/em> non francophone, et que, aussi, les personnages partagent sinon les m\u00eames valeurs du moins les m\u00eames lois et, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, implicitement les m\u00eames usages et les m\u00eames r\u00e8gles\u00a0; violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des plus faibles\u00a0: le p\u00e8re frappe ses fils (p. 46), domination des plus forts sur les plus d\u00e9munis, situation souvent d\u00e9licate des jeunes femmes\u00a0: Julie Blanche (p. 255-261) et Mabel (p. 92, 128).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si Joyce exerce un pouvoir absolu sans partage et, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de Gobbo, sans contestation, Gobbo, lui, commet un meurtre sans aucune mauvaise conscience. Il prend pr\u00e9texte du harc\u00e8lement exerc\u00e9 par Double \u00e0 l\u2019encontre de la belle Mabel Volny et de sa provocation\u00a0: \u00ab\u00a0&#8230;\u00e0 moins que tu veuilles aussi la baiser\u00a0\u00bb, jette Double au marin- pour l\u2019\u00e9gorger au couteau, la nuit (p. 296-297). Non le meurtre du ma\u00eetre Joyce, ce qui e\u00fbt pr\u00e9venu, emp\u00each\u00e9 la prise de conscience et la r\u00e9volte du \u00ab\u00a0peuple\u00a0\u00bb (p. 149), mais le meurtre d\u2019un garde-du-corps. La pr\u00e9paration de cet acte se fait par l\u2019anaphore du verbe \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb (p. 290-291), voir et non communiquer car il demeure l\u2019\u00e9tranger, m\u00eame s\u2019il parle beaucoup\u00a0 avec Martin, le p\u00e8re des quatre enfants, et s\u2019il per\u00e7oit relations et dangers, insensibles aux habitants de la vall\u00e9e.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On rejoindrait alors les analyses de Ric\u0153ur dans le chapitre <em>Le soi et l\u2019identit\u00e9 narrative<\/em>, <em>Les implications \u00e9thiques du r\u00e9cit<\/em> dans <em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em><a id=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. Dans ce que Ric\u0153ur, disciple ici de W. Benjamin, nomme de si belle fa\u00e7on \u00ab\u00a0l\u2019enceinte irr\u00e9elle de la fiction \u00ab\u00a0(p. 194) -m\u00e9taphore d\u2019un monde clos qui n\u2019est pas sans rappeler la vall\u00e9e du Gour noir- personnages et actions sont sous le regard du lecteur. L\u2019\u00e9thique se fond dans l\u2019imaginaire, et la narration, f\u00fbt-ce celle de la p\u00e9rip\u00e9tie d\u2019un acte \u00ab\u00a0horrible\u00a0\u00bb soumet la morale.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Gobbo se r\u00e9alise par le meurtre et, en cons\u00e9quence, la r\u00e9volution a lieu, ce qui dissout la question de l\u2019identit\u00e9. Le \u00ab\u00a0marin charismatique\u00a0\u00bb\u00a0se fait alors\u00a0 -mais personne ne le croit l\u2019assassin- l\u2019interpr\u00e8te du \u00ab\u00a0mensonge \u00ab\u00a0(p. 296) auquel peut-\u00eatre lui s\u2019est auparavant, ailleurs, livr\u00e9 et auquel se livrent particuli\u00e8rement les l\u00e2ches ouvriers de la centrale et les habitants du Gour noir. S\u2019il demeure le \u00ab\u00a0justicier anonyme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un \u00eatre impensable, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence surhumain\u00a0\u00bb\u00a0(p. 354), gr\u00e2ce \u00e0 lui le sens de l\u2019histoire, dans cette micro-soci\u00e9t\u00e9 close, se renverse\u00a0: les esclaves se r\u00e9voltent contre leur ma\u00eetre.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Le mot \u00ab\u00a0r\u00e9bellion\u00a0\u00bb, auquel pense Martin au sujet de ses enfants pour se la repr\u00e9senter impossible au d\u00e9but du roman (p. 45), se concr\u00e9tise \u00e0 partir de cette p\u00e9rip\u00e9tie de la structure romanesque dans les 60 derni\u00e8res pages de la fiction.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 D\u00e8s lors les ouvriers vont se f\u00e9d\u00e9rer autour du mouvement de \u00ab\u00a0gr\u00e8ve\u00a0\u00bb\u00a0 (p. 372, 375) avec le lexique du mouvement social\u00a0: travailler, barrage, gr\u00e9vistes, service minimum (p. 364, 375, 377), revendications, conditions de travail (p. 359), meneurs, ouvriers (p. 372), solidarit\u00e9 (2 occurrences p. 389). Il se structure suffisamment pour \u00eatre capable de se choisir une d\u00e9l\u00e9gation (p. 377) car ils sont r\u00e9unis \u00e0 une centaine pour leur\u00a0 \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0cause commune\u00a0\u00bb\u00a0(p. 381).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 On ne saura pas clairement ce que devient Gobbo. En fait, marin venu d\u2019ailleurs et casseur de soumission, il a une sorte de double ou de successeur en la personne de Martin. Gobbo, qui s\u2019est confi\u00e9 \u00e0 lui sur son pass\u00e9 \u00a0(p. 67), a pressenti son r\u00f4le possible dans la vall\u00e9e contre Joyce. Cette prise de conscience, Martin se l\u2019est faite \u00e0 propos de ses propres \u00ab\u00a0d\u00e9mons\u00a0\u00bb (p. 279). Ainsi Martin prend-il la t\u00eate de la r\u00e9volte (p. 290, 389, 393).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019\u00c9pilogue est consacr\u00e9 \u00e0 Joyce. Celui-ci n\u2019a jamais cru Gobbo capable de tuer son garde-du-corps (p. 378). Ca n\u2019a pas d\u2019importance car l\u2019Histoire est en marche\u00a0: la gr\u00e8ve a d\u00e9j\u00e0 dans le pass\u00e9 d\u00e9bouch\u00e9 sur une guerre (p. 378). L\u2019\u00c9pilogue est \u00e9crit au pass\u00e9 simple d\u2019action avec un extrait de l\u2019<em>Apocalypse<\/em>. Le denier mouvement est l\u2019\u00e9loignement de Joyce vers un autre monde\u00a0: vall\u00e9e ou oc\u00e9an (p. 406).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-left\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Dans <em>Buveurs de vent<\/em> l\u2019\u00e9tranger s\u2019av\u00e8re deux \u00eatres antagonistes\u00a0: un \u00eatre sans attache \u00e0 la puissante capacit\u00e9 d\u2019intuition (Gobbo), un \u00eatre conventionnel et m\u00e9galomane, incapable d\u2019\u00e9motion (Joyce). Le message de Bouysse \u00e0 travers ces deux figures est que la r\u00e9volution et donc la lib\u00e9ration sont r\u00e9alisables, f\u00fbt-ce apr\u00e8s des d\u00e9cennies d\u2019ali\u00e9nation. Soi-m\u00eame est-il un Autre\u00a0? Dans <em>Buveurs de vent<\/em> l\u2019\u00e9tranger met en branle l\u2019Histoire dans une dialectique vivante, narration et r\u00e9volution. N\u2019omettons pas de pr\u00e9ciser qu\u2019il est impossible de situer chronologiquement ce roman, alors que sa topographie est rep\u00e9rable. L\u2019\u00e9tranger permet une prise conscience de groupe, pour ne pas dire de classe. Bouysse l\u2019a bien compris\u00a0: il parle de \u00ab\u00a0capitalisme sauvage\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0dimension soci\u00e9tale\u00a0\u00bb qui l\u2019ont d\u00e9pass\u00e9<a id=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Sur ce plan il se rapproche d\u2019Hugo (mentionn\u00e9 p. 253) et\u00a0 de Zola. En revanche, le huis-clos qu\u2019est la vall\u00e9e du Gour noir et la place de la litt\u00e9rature dans l\u2019esprit et la sensibilit\u00e9 des figures principales rendent ce roman tr\u00e8s diff\u00e9rent de ses grands ma\u00eetres\/mod\u00e8les.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> &lt;revueprojectiles.com&gt;, 6 septembre 2020.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Association Amis de Jean Giono, juin 2021.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> France3Nouvelle Aquitaine, 20 ao\u00fbt 2020.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> La pagination correspondra \u00e0 l\u2019\u00e9dition en Livre de poche\/Albin Michel, 2020.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Interview du 19 ao\u00fbt 2020.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Coll\u00e8ge des Bernardins 1<sup>er<\/sup> octobre 2014 et Fayard 1988. Voir Claire Doz-Schiff, \u00ab\u00a0Je, nous et les autres\u00a0\u00bb, in <em>Hommes et Migrations<\/em>, Ann\u00e9e 1989\/n\u00b0 1127, p. 53-56.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">En ligne <a href=\"http:\/\/www.persee.fr\/doc\/homig_1142-852x_1989_1127_1_1386\">www.persee.fr\/doc\/homig_1142-852x_1989_1127_1_1386<\/a>.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Claudine Defaye, \u00ab\u00a0Les voix de Gobbo ou le n\u00e9cessaire d\u00e9tour par l\u2019absurde\u00a0\u00bb in <em>Actes des Congr\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 Fran\u00e7aise Shakespeare<\/em>, 17\/1999, p. 119-130. En ligne <a href=\"https:\/\/journal.openedition.org\/shakespeare\/363\">https:\/\/journal.openedition.org\/shakespeare\/363<\/a>.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Interview du 19 ao\u00fbt 2020.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> \u00c9ditions du Seuil, Points\/Essais, 1990, p. 193-198.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><a id=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Interview du 31 ao\u00fbt 2020.<\/span><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/903?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Buveurs de vent, paru en 2020, a remport\u00e9 le prix Jean-Giono la m\u00eame ann\u00e9e. 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