{"id":898,"date":"2022-12-16T16:55:48","date_gmt":"2022-12-16T15:55:48","guid":{"rendered":"http:\/\/carnet-critique.com\/?p=898"},"modified":"2024-04-13T13:29:28","modified_gmt":"2024-04-13T11:29:28","slug":"lafricaine-de-francesca-marciano-de-la-quete-de-lautre-a-la-reconstruction-de-soi-maurice-mbah","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/2022\/12\/16\/lafricaine-de-francesca-marciano-de-la-quete-de-lautre-a-la-reconstruction-de-soi-maurice-mbah\/","title":{"rendered":"L\u2019AFRICAINE DE FRANCESCA MARCIANO\u00a0\u00a0: de la qu\u00eate de l\u2019Autre \u00e0 la (re)construction de soi : Maurice Mbah"},"content":{"rendered":"\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Le pr\u00e9sent article a pour objectif de montrer comment Esm\u00e9, narratrice et h\u00e9ro\u00efne du roman <em>L\u2019Africaine <\/em>de Francesca Marciano (1999), essaie de se reconstruire apr\u00e8s avoir travers\u00e9 un v\u00e9ritable drame int\u00e9rieur n\u00e9 des difficult\u00e9s qu\u2019elle \u00e9prouve non seulement \u00e0 b\u00e2tir son bonheur en terre africaine, pr\u00e9cis\u00e9ment au Kenya o\u00f9 elle s\u2019est \u00e9tablie, mais aussi \u00e0 retrouver un \u00e9quilibre identitaire au contact des diverses figures de l\u2019\u00e9tranger. Tiraill\u00e9e entre une Afrique \u00e0 la fois fascinante et \u00e9trange, le d\u00e9sir de retourner en Europe, le d\u00e9sespoir de la mort de son p\u00e8re et les relations amoureuses aussi ind\u00e9cises et passionn\u00e9es les unes que les autres, Esm\u00e9 peine \u00e0 trouver sa voie. Des fois, pour tenter d\u2019\u00e9chapper \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 devenue oppressante, elle se r\u00e9fugie dans les intertextes puis\u00e9s principalement dans le monde de la litt\u00e9rature, des mythes, de la presse, de la peinture ou encore du cin\u00e9ma. Elle vit donc dans une angoisse permanente. Pour reprendre un concept cher \u00e0 Dominique Maingueneau (2004), elle est en situation de paratopie \u00e9nonciative, mais aussi et surtout de paratopie existentielle. En d\u00e9pit de toute cette instabilit\u00e9, elle parvient tant bien que mal \u00e0 se reconstruire en tirant le meilleur parti de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. \u00c0 la lumi\u00e8re de l\u2019imagologie, de la d\u00e9construction et de l\u2019intertextualit\u00e9, nous voyons comment \u00e0 travers son personnage Esm\u00e9, Francesca Marciano appr\u00e9hende l\u2019\u00e9tranger dans ses multiples facettes en cessant d\u2019y voir exclusivement une menace, pr\u00e9f\u00e9rant l\u2019apprivoiser pour en explorer les tr\u00e9sors. Pour y parvenir, nous examinons les visages de l\u2019Autre dans <em>L\u2019Africaine<\/em>, les m\u00e9canismes mis en place pour rencontrer l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et l\u2019apport de l\u2019Autre \u00e0 la (re)construction de soi. \u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>Mots-cl\u00e9s<\/strong>\u00a0: Identit\u00e9, Alt\u00e9rit\u00e9, imagologie, paratopie, rencontre, (re)construction de soi.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>Abstract<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Francesca Marciano (1999), tries to rebuild herself after going through a real inner drama causd by the difficulties she experiences not only in building her happiness on African soil, precisely in Kenya where she settled, but also to find an identity balance in contact with various figures from abroad. Torn between an Africa that is both fascinating and strange, the desire to return to Europe, the despair of the death of her father and love relationships as indecisive and passionate as each other, Esm\u00e9 struggles to find her way. Sometimes, in an attempt to escape a reality that has become oppressive, she takes refuge in intertexts drawn mainly from the world of literature, myths, the press, painting or even cinema. She therefore lives in constant anguish. If we refer to a concept borrowed from Dominique Maingueneau (2004), she is in a situation of enunciative paratopia, but also and above all of existential paratopia. Despite all this instability, she somehow manages to rebuild herself by making the most of otherness. In the light of imagology, deconstruction and intertextuality, we see how through her character Esm\u00e9, Francesca Marciano apprehends the stranger in its multiple facets, ceasing to see it exclusively as a threat, preferring to tame it to explore its treasures. To achieve this, we examine the faces of the Other in <em>L\u2019Africaine<\/em>, the mechanisms put in place to encounter otherness and the contribution of the Other to the (re)construction of self.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>Keywords : <\/strong>Identity, Otherness, imagology, paratopia, encounter, (re)construction of self.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Quelle que soit la repr\u00e9sentation que nous nous faisons de l\u2019Autre, il est cette entit\u00e9 complexe avec lequel nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 composer dans un univers o\u00f9 les contraires sont appel\u00e9s \u00e0 cohabiter de mani\u00e8re aussi pacifique que possible pour ne pas se d\u00e9vorer. L\u2019\u00e9tranger a toujours \u00e9t\u00e9 cette figure qui, en fonction des circonstances, peut nous faire peur ou nous rassurer. De ce fait, la d\u00e9finition que Julia Kristeva (1988\u00a0: 9) donne de ce concept est tr\u00e8s significative\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9trangement, l\u2019\u00e9tranger nous habite\u00a0: il est la face cach\u00e9e de notre identit\u00e9, l\u2019espace qui ruine notre demeure, le temps o\u00f9 s\u2019ab\u00eement l\u2019entente et la sympathie. De le reconna\u00eetre en nous, nous nous \u00e9pargnons de le d\u00e9tester en lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Que la figure de l\u2019\u00e9tranger soit anthropomorphe, toponymique, animale ou v\u00e9g\u00e9tale, bref, peu importe sa physionomie, elle peut \u00eatre pour nous une source d\u2019enrichissement ou devenir un danger pour notre identit\u00e9. C\u2019est ce deuxi\u00e8me aspect qui am\u00e8ne Jean-Paul Sartre, \u00e0 travers son personnage Garcin, \u00e0 \u00e9crire dans <em>Huis clos<\/em> (1947\u00a0: 93)\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019enfer, c\u2019est les autres\u00a0\u00bb. Toutefois, l\u2019h\u00e9ro\u00efne du roman <em>L\u2019Africaine<\/em> qui nous sert de support d\u2019\u00e9tude rame \u00e0 contre-courant de Garcin. Et pour cause, m\u00eame si elle reconna\u00eet le caract\u00e8re parfois mena\u00e7ant de l\u2019Autre, elle estime que les qualit\u00e9s de ce dernier sont certaines et peuvent \u00eatre tr\u00e8s enrichissantes pour l\u2019identit\u00e9. <em>L\u2019Africaine<\/em>, que nous abr\u00e9gerons par les initiales <em>AFR<\/em> tout au long de cette r\u00e9flexion, est le r\u00e9cit homodi\u00e9g\u00e9tique d\u2019Esm\u00e9, jeune Italienne qui, apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re Fernandino, a du mal \u00e0 surmonter le chagrin de cette lourde perte. Elle d\u00e9cide alors d\u2019explorer le monde pour tenter de rena\u00eetre. C\u2019est ainsi qu\u2019elle jette son d\u00e9volu sur l\u2019Afrique o\u00f9 elle ira s\u2019\u00e9tablir. Cette terre d\u2019accueil fait partie de la kyrielle de visages de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 que l\u2019h\u00e9ro\u00efne devra conqu\u00e9rir ou affronter afin de recoudre les fils de son \u00eatre et de son existence. Au prisme de ces multiples miroirs parfois d\u00e9formants mais surtout enrichissants, Esm\u00e9 essaie de redonner un sens \u00e0 sa vie. De ce fait, comment se pr\u00e9sentent les visages de l\u2019Autre dans ce roman\u00a0? Quelles sont les strat\u00e9gies d\u00e9ploy\u00e9es par la narratrice pour r\u00e9ussir la rencontre de l\u2019Autre\u00a0? En quoi l\u2019Autre constitue pour cette derni\u00e8re une richesse dans son combat pour la (re)construction de soi\u00a0?<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Pour clarifier ces questionnements, trois approches m\u00e9thodologiques nous guideront dans cet article. Il s\u2019agit de l\u2019imagologie et de l\u2019intertextualit\u00e9 issues du comparatisme, puis de la d\u00e9construction tir\u00e9e de la th\u00e9orie postcoloniale. Qu\u2019est ce qui justifie le choix de ces m\u00e9thodes\u00a0? En effet, l\u2019imagologie nous sera utile \u00e0 juste titre car elle d\u00e9signe \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9tude des repr\u00e9sentations de l\u2019\u00e9tranger dans la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb (Moura, 1998\u00a0: 35). Dans <em>L\u2019Africaine<\/em>, il est question effectivement de rencontre de l\u2019Autre, de regard port\u00e9 sur l\u2019\u00e9tranger, donc de repr\u00e9sentations\u00a0de l\u2019Autre et de l\u2019ailleurs. Nous verrons comment s\u2019exprime dans le r\u00e9cit l\u2019une ou l\u2019une des trois attitudes fondamentales ou mod\u00e8les symboliques d\u00e9velopp\u00e9s par Daniel-Henri Pageaux (1994\u00a0: 71-72) en ce qui concerne les relations entre l\u2019identit\u00e9 et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: la <em>manie<\/em>, la <em>phobie<\/em>\u00a0et la <em>philie<\/em>. Quant \u00e0 l\u2019intertextualit\u00e9, elle est d\u00e9finie comme le \u00ab\u00a0croisement dans un texte d\u2019\u00e9nonc\u00e9s pris \u00e0 d\u2019autres textes\u00a0\u00bb (Kristeva, 1969\u00a0: 115). Cette m\u00e9thode nous offre des cl\u00e9s de lecture du texte litt\u00e9raire en tant que dialogue entre plusieurs textes, \u00ab\u00a0absorption et transformation d\u2019autres textes\u00a0\u00bb, pour reprendre une formule ch\u00e8re \u00e0 Julia Kristeva (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 145). Seront \u00e9tudi\u00e9s principalement les r\u00e9f\u00e9rences aux \u00ab\u00a0textes\u00a0\u00bb \u00e9trangers et leur plus-value s\u00e9mantique dans le processus de r\u00e9surrection de l\u2019h\u00e9ro\u00efne. La d\u00e9construction, elle,\u00a0se donne pour mission de d\u00e9manteler l\u2019histoire officielle, les discours\u00a0dominants tout en proposant une r\u00e9\u00e9criture de l\u2019histoire et une reconfiguration du savoir \u00e0 travers une prise en compte effective de la pluralit\u00e9 des voix \u00e9nonciatrices \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire. Elle d\u00e9monte, \u00ab\u00a0comme le fait Edward Sa\u00efd\u00a0dans <em>Orientalisme<\/em>, la prose coloniale, c\u2019est-\u00e0-dire le montage mental, les repr\u00e9sentations\u00a0et formes symboliques ayant servi d\u2019infrastructure au projet imp\u00e9rial\u00a0\u00bb (Mbembe, 2006\u00a0: 118). Au vu des pr\u00e9jug\u00e9s raciaux sur l\u2019Afrique et les Africains qui traversent de temps en temps le roman de Francesca Marciano, la d\u00e9construction trouve tout son int\u00e9r\u00eat dans cette \u00e9tude.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Notre r\u00e9flexion s\u2019organisera autour de trois articulations\u00a0: nous examinerons d\u2019abord comment s\u2019expriment les diff\u00e9rents visages de l\u2019Autre dans <em>L\u2019Africaine<\/em>. Ensuite, nous montrerons que ces figures \u00e9trang\u00e8res, m\u00eame si elles paraissent parfois \u00e9tranges voire dangereuses, ne ralentissent pas l\u2019h\u00e9ro\u00efne dans le processus devant la mener \u00e0 leur rencontre. Enfin, une fois la qu\u00eate accomplie, nous verrons comment l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 devient pour l\u2019h\u00e9ro\u00efne un adjuvant dans sa (re)construction identitaire et sociale.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>1- Les visages de l\u2019Autre<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><em>L\u2019Africaine <\/em>de Francesca Marciano fait sans doute partie des romans de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies o\u00f9 la qu\u00eate de l\u2019Autre occupe le devant de la sc\u00e8ne. Au c\u0153ur de ce processus, il y a la narratrice homodi\u00e9g\u00e9tique et h\u00e9ro\u00efne Esm\u00e9 qui, face aux difficult\u00e9s qu\u2019elle \u00e9prouve au quotidien, tente de se red\u00e9finir par le biais de l\u2019Autre. Comme l\u2019affirme \u00e0 juste titre Daniel-Henri Pageaux (1994\u00a0: 60), \u00ab\u00a0toute image proc\u00e8de d\u2019une prise de conscience, si minime soit-elle, d\u2019un Je par rapport \u00e0 un Autre, d\u2019un Ici par rapport \u00e0 un Ailleurs\u00a0\u00bb. Le lecteur d\u00e9couvre alors dans le roman de Marciano une alt\u00e9rit\u00e9 aux multiples visages. Cette alt\u00e9rit\u00e9 multidimensionelle est le reflet m\u00eame de la fragmentation que la narratrice ressent dans son moi profond et qui se traduit au fil de son parcours.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Chez Marciano, l\u2019Autre est d\u2019abord d\u2019une pr\u00e9sence. Il s\u2019agit d\u2019une part des compagnons d\u2019aventure d\u2019Esm\u00e9 notamment les personnages f\u00e9minins (la fantasque Claire, la conseill\u00e8re et confidente Nicole, la guerri\u00e8re Iris Sorensen, la belle et intr\u00e9pide Morag) et les personnages masculins parmi lesquels ses deux amants (Adam et Hunter), Wilson et des hommes indig\u00e8nes du Kenya.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Du c\u00f4t\u00e9 des personnages f\u00e9minins, il y a d\u2019abord Claire qu\u2019Esm\u00e9 consid\u00e8re comme une amie, puis comme une rivale. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e de Claire au Kenya, c\u2019est Esm\u00e9 qui l\u2019accueille \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Nairobi (<em>AFR<\/em>, p. 12). Par la suite, elle affirme sous forme de pr\u00e9monition\u00a0: \u00ab\u00a0Elle vient vivre avec l\u2019homme dont je suis amoureuse, un homme que je n\u2019ai jamais su garder.\u00a0[\u2026] En effet, elle est <em>belle<\/em>. Elle a d\u00e9truit ma vie\u00a0\u00bb (<em>Id<\/em>.). Malgr\u00e9 les liens d\u2019amiti\u00e9 que les deux protagonistes essaient tant bien que mal de pr\u00e9server tout au long de l\u2019intrigue, un rapport de force s\u2019installe entre elles. Cette situation va s\u2019hypertrophier vers la fin de l\u2019action narrative lorsqu\u2019Esm\u00e9 d\u00e9couvre, m\u00e9dus\u00e9e, que Hunter dont elle est \u00e9perdument amoureuse a finalement d\u00e9cid\u00e9 de faire sa vie avec Claire\u00a0: \u00ab\u00a0Esm\u00e9. Je reviens m\u2019intaller \u00e0 Nairobi avec quelqu\u2019un. Elle s\u2019appelle Claire. [\u2026] Je tiens \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 elle\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 277). Ces aveux de Hunter lui tombent dessus comme un coup de massue. \u00ab\u00a0Claire. La syllabe qui a d\u00e9truit ma vie. [\u2026] Telle une toxicomane, j\u2019ai fini, je crois, par tirer la le\u00e7on des \u00e9v\u00e8nements\u00a0\u00bb, dit-elle, \u00e0 la fois r\u00e9sign\u00e9e et sto\u00efque (<em>Ibid<\/em>., p. 278 et p. 281).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Ensuite, il y a Nicole qui joue pour Esm\u00e9 le r\u00f4le de conseill\u00e8re sur divers plans\u00a0notamment les relations humaines, la vie africaine et l\u2019attitude \u00e0 adopter devant les \u00e9preuves de la vie. Avec Nicole comme mod\u00e8le, Esm\u00e9 apprend \u00e0 s\u2019adapter \u00e0 la vie africaine. Par exemple, c\u2019est avec Nicole que l\u2019h\u00e9ro\u00efne fait r\u00e9guli\u00e8rement les achats de biens mat\u00e9riels ou de consommation dans des espaces commer\u00e7ants de Nairobi. Cette activit\u00e9 est pour elle une passion car elle lui permet de retrouver un nouveau souffle de vie\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai trouv\u00e9 le moyen de d\u00e9penser des sommes astronomiques pour me procurer des choses dont je n\u2019ai aucun besoin. [Nicole et moi] faisons de la consommation de survie\u00a0\u00bb \u00a0(<em>Ibid<\/em>., pp. 46-47). Avec Nicole et Esm\u00e9 arpentant les espaces commer\u00e7ants pour des achats divers, on a presque affaire \u00e0 deux mod\u00e8les contemporains des protagonistes peints par Georges Perec dans <em>Les choses<\/em>, roman de 1965 dans lequel l\u2019auteur levait d\u00e9j\u00e0 un pan de voile sur les errements de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation naissante. Perec y parvient \u00e0 travers la mise en sc\u00e8ne de deux (anti)h\u00e9ros, J\u00e9r\u00f4me et Sylvie, absorb\u00e9s par les couleurs faussement chatoyantes de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, mais incapables d\u2019assouvir leurs d\u00e9sirs d\u00e9mesur\u00e9s. D\u2019o\u00f9 la note presque tragique sur laquelle le narrateur extradi\u00e9g\u00e9tique cl\u00f4t le roman de Perec (1965\u00a0: 132)\u00a0: \u00ab\u00a0Ils \u00e9taient \u00e0 bout de course, au terme de cette trajectoire ambigu\u00eb qui avait \u00e9t\u00e9 leur vie pendant six ans, au terme de cette qu\u00eate ind\u00e9cise qui ne les avait men\u00e9s nulle part, qui ne leur avait rien appris\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Iris Sorensen, elle, est une guerri\u00e8re doubl\u00e9e d\u2019une aventuri\u00e8re qui parcourt l\u2019Afrique pour trouver des sujets int\u00e9ressants qui pourraient lui permettre de meubler l\u2019un de ses passe-temps pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e0 savoir l\u2019\u00e9criture. Pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00ab\u00a0la version blanche d\u2019un Morane\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 94), elle arrive \u00e0 l\u2019improviste dans la vie du couple Esm\u00e9-Adam. Esm\u00e9 s\u2019inqui\u00e8te alors de ce qu\u2019Iris serait une amante d\u2019Adam avant de se rendre compte que les deux sont juste rest\u00e9s de bons amis apr\u00e8s avoir eu quelques moments d\u2019intimit\u00e9 dans un pass\u00e9 assez lointain. C\u2019est lorsqu\u2019Esm\u00e9 et Iris commencent \u00e0 se conna\u00eetre v\u00e9ritablement et \u00e0 entretenir une certaine complicit\u00e9 que cette derni\u00e8re meurt tragiquement dans un accident de voiture\u00a0: \u00ab\u00a0Iris est morte. [\u2026] Elle a eu un accident de voiture\u00a0\u00bb, annonce un interlocuteur au t\u00e9l\u00e9phone (<em>Ibid<\/em>., pp. 157-158). Avant sa disparition brusque, Iris comptait se rendre en Angleterre afin de changer d\u2019air, elle qui n\u2019avait en r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cu qu\u2019en Afrique. Esm\u00e9 lui proposait \u00e9galement de visiter son pays natal (l\u2019Italie) afin de go\u00fbter \u00e0 ses charmes uniques. H\u00e9las\u00a0!<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Un autre personnage f\u00e9minin et pas des moindres qui appara\u00eet tardivement dans l\u2019action narrative est Morag, une jeune dame \u00e0 la beaut\u00e9 irr\u00e9sistible qui, en plus, est connue pour ses exploits de chasse. Esm\u00e9 la rencontre lorsqu\u2019elle se rend, comme souvent, au camp o\u00f9 s\u00e9journent Adam et sa client\u00e8le passionn\u00e9e des safaris que ce dernier organise \u00e0 travers le Kenya. Son portrait valorisant montre qu\u2019elle repr\u00e9sente le visage de la beaut\u00e9 et de la bravoure\u00a0: \u00ab\u00a0Cette fichue Art\u00e9mis aux jambes interminables, [\u2026] elle est d\u2019un courage incroyable, quand on pense \u00e0 la misogynie qui r\u00e8gne dans le milieu de la chasse\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 256). Compte tenu de ses aventures cyn\u00e9g\u00e9tiques et de ses accomplissements dans ce domaine qui ne laissent personne indiff\u00e9rent au sein des deux communaut\u00e9s noire et blanche, cette Europ\u00e9enne est une v\u00e9ritable amazone de la faune africaine. En raison de sa proximit\u00e9 avec Adam, elle n\u2019inspirera jamais la confiance \u00e0 Esm\u00e9 qui craint qu\u2019Adam n\u2019ait succomb\u00e9 \u00e0 ses charmes.\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">L\u2019un des fils conducteurs de ces personnages f\u00e9minins ressort des rivalit\u00e9s amoureuses explicites, latentes ou inexistantes qu\u2019elles entretiennent, car elles semblent convoiter les m\u00eames hommes (Adam et Hunter). Dans cet imbroglio amoureux, Esm\u00e9 se pose en victime et regarde ses compagnons f\u00e9minins comme autant de rivales qui pourraient \u00e0 tout moment lui arracher ses amours (Adam et Hunter). Au final, c\u2019est l\u2019image de l\u2019Autre per\u00e7u comme un <em>locus terribilis<\/em> qu\u2019Esm\u00e9 laisse transpara\u00eetre des repr\u00e9sentations qu\u2019elle donne de la gent f\u00e9minine au fil de son discours. C\u2019est l\u2019illustration de la phobie au cours de laquelle la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re est d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e et \u00ab\u00a0tenue pour n\u00e9gative\u00a0\u00bb par l\u2019observateur (Pageaux, 1994\u00a0: 72).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Du cot\u00e9 des personnages masculins, les plus embl\u00e9matiques sont Adam et Hunter (les deux amants d\u2019Esm\u00e9). Adam est organisateur de safaris tandis que Hunter est correspondant de guerre. Esm\u00e9 va entretenir une relation amoureuse assez passionn\u00e9e avec Adam. Esm\u00e9 tombe sous le charme de celui-ci d\u00e8s leur premi\u00e8re rencontre comme en t\u00e9moigne ce portrait \u00e9logieux empreint de passion\u00a0: \u00ab\u00a0Sa voix \u00e9tait douce comme du velours. Dans la semi-obscurit\u00e9, sa tonalit\u00e9 me plaisait. [\u2026] Sa beaut\u00e9 me prit tellement au d\u00e9pourvu que je rougis\u00a0: je n\u2019\u00e9tais pas pr\u00eate de soutenir le regard d\u2019un homme aussi s\u00e9duisant\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, pp. 39-40). Une vraie fusion existe d\u00e9sormais entre les deux personnages, ce qui am\u00e8ne Adam \u00e0 pr\u00e9senter Esm\u00e9 \u00e0 ses parents et \u00e0 envisager la prendre pour \u00e9pouse. Lorsque Hunter s\u2019incruste dans leurs vies, l\u2019h\u00e9ro\u00efne voit ses certitudes s\u2019envoler. Elle admet aimer profond\u00e9ment Adam, mais avoue \u00e9prouver un attachement tout aussi grand pour Hunter qu\u2019elle trouve irr\u00e9sistible. Ainsi, bien que poursuivant sa relation amoureuse avec Adam, elle tombera \u00e9perdument amoureuse de Hunter avec qui elle conna\u00eetra d\u2019intenses moments d\u2019intimit\u00e9 sans jamais \u00e9veiller les soup\u00e7ons d\u2019Adam. C\u2019est sans doute la perte de leur enfant qui amplifiera chez Esm\u00e9 le sentiment qu\u2019Adam n\u2019est pas l\u2019homme id\u00e9al qu\u2019elle d\u00e9sire. Toutefois, elle restera \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s sans pour autant rompre d\u00e9finitivement avec Hunter. En fin de compte, Adam est le visage de l\u2019amour et Hunter celui de la passion.\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Wilson et Peter \u2013 r\u00e9sidents occidentaux du Kenya \u2013 ne sont pas en reste. Et pour cause, Lorsqu\u2019Esm\u00e9 perd de son enfant apr\u00e8s \u00e0 peine trois mois de grossesse, Wilson fait partie de ceux qui essaient de lui remonter le moral. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, Esm\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re de loin la solitude \u00e0 la compagnie, surtout en ces moments d\u2019angoisse profonde o\u00f9 Adam est aux \u00c9tats-Unis pour une s\u00e9rie de conf\u00e9rences et de tourn\u00e9es de promotion du safari aupr\u00e8s de sa nombreuse client\u00e8le am\u00e9ricaine. Il s\u2019agit \u00e9galement d\u2019une tourn\u00e9e \u00ab\u00a0pour pr\u00e9parer la prochaine saison touristique\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 129). \u00c0 la fin du r\u00e9cit, Peter est celui qui aide Esm\u00e9 go\u00fbter \u00e0 nouveau au bonheur en l\u2019amenant en promenade dans des espaces presque vierges de la nature kenyane. Durant leur parcours \u00e0 bord d\u2019un avion de tourisme, ils vont notamment survoler la vall\u00e9e du Grand Rift ainsi que le lac Naivasha, contempler des paysages \u00e0 couper le souffle et explorer des reliefs montagneux qu\u2019Esm\u00e9 d\u00e9couvre avec ravissement (<em>Ibid<\/em>., p. 288). Peter l\u2019aidera \u00e0 prendre conscience du chemin parcouru dans sa vie en d\u00e9pit des m\u00e9saventures v\u00e9cues, et donc \u00e0 ne pas tout jeter par la fen\u00eatre.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Quant aux hommes issus des populations indig\u00e8nes, trois sortent du lot\u00a0: Lenjo et Diani (des Moranes de la tribu Masais) avec qui Esm\u00e9 passe des moments m\u00e9morables en brousse \u00e0 faire des safaris, des randonn\u00e9es. Ils sont unis par une v\u00e9ritable convivialit\u00e9. Kilonzo, un autre indig\u00e8ne et ami d\u2019Esm\u00e9 et dont elle appr\u00e9cie particuli\u00e8rement la compagnie (<em>Ibid<\/em>., p. 123), exerce le m\u00e9tier de m\u00e9canicien. Ce dernier rend r\u00e9guli\u00e8rement service \u00e0 Esm\u00e9 en mettant sa voiture \u00e0 jour en cas de panne. Comme nous pouvons le constater, contrairement aux figures f\u00e9minines de l\u2019\u0153uvre, les personnages masculins, eux, trouvent gr\u00e2ce aux yeux d\u2019Esm\u00e9 et semble s\u2019illustrer par de nombreuses qualit\u00e9s malgr\u00e9 les d\u00e9faillances dont ils font parfois montre. La perception valorisante des personnages masculins par l\u2019h\u00e9ro\u00efne est un cas typique de philie, car \u00ab\u00a0la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re est vue, jug\u00e9e positivement. [\u2026] Alors que la \u00ab\u00a0phobie\u00a0\u00bb suppose l\u2019\u00e9limination, la mort symboliques de l\u2019Autre, la \u00ab\u00a0philie\u00a0\u00bb tente d\u2019imposer la voie difficile, exigeante qui passe par la reconnaissance de l\u2019Autre, vivant aux c\u00f4t\u00e9s du Je, en face du Je, ni sup\u00e9rieur, ni inf\u00e9rieur, singulier, irrempla\u00e7able\u00a0\u00bb (Pageaux, 1994\u00a0: 72).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">D\u2019autre part, les visages de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 chez Francesca Marciano prennent les allures d\u2019une Afrique certes exotique et propice aux r\u00eaveries, mais avec son lot de pr\u00e9jug\u00e9s ou de st\u00e9r\u00e9otypes qui \u00e9manent du regard de l\u2019observatrice Esm\u00e9. C\u2019est premi\u00e8rement une Afrique exotique o\u00f9 Esm\u00e9 d\u00e9couvre l\u2019illusion de la libert\u00e9 et la po\u00e9sie des grands espaces ouverts sur le lointain horizon\u00a0: \u00ab\u00a0Tant d\u2019espace autour de nous, et toujours la m\u00eame bande de babouins pour le parcourir. C\u2019est un terrain de jeu g\u00e9ant, le seul endroit au monde o\u00f9 l\u2019on puisse encore jouer comme des enfants qui font semblent d\u2019\u00eatre grands\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 15). \u00c0 un moment donn\u00e9 de l\u2019action, c\u2019est dans un style impressif recourant au tutoiement distanci\u00e9 et rappelant Michel Butor dans <em>La modification <\/em>(1957), qu\u2019Esm\u00e9 se d\u00e9double et parle \u00e0 son reflet pour lui rappeler la richesse des paysages kenyans, son attachement \u00e0 ce pays et sa d\u00e9termination \u00e0 profiter pleinement de ses charmes\u00a0: \u00ab\u00a0Tu t\u2019es dit que tu reviendrais un jour, bien s\u00fbr, mais seulement en touriste, pour rendre visite \u00e0 tes amis et \u00e0 tes ex, et pour revoir tous ces endroits que tu aimais tant\u00a0: les monts Chyulu, le lac Turkana, la plage de Lamu, la rivi\u00e8re Ewaso Nyiro\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 21). L\u2019Afrique fascine au m\u00eame moment qu\u2019elle fait peur\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment excitant. L\u2019Afrique incarnait le danger, les t\u00e9n\u00e8bres, la confrontation possible avec la mort. Et, comme nul ne l\u2019ignore, il n\u2019y a rien de plus \u00e9rotique que la peur\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 85). Comme on peut le constater, il s\u2019agit d\u2019une peur qui, au lieu de susciter chez le voyageur la crainte du danger, \u00e9veille plut\u00f4t sa curiosit\u00e9 et l\u2019incite \u00e0 poursuivre sa qu\u00eate. Cette image arbor\u00e9e par l\u2019Afrique aux yeux de l\u2019h\u00e9ro\u00efne correspond point par point \u00e0 la d\u00e9finition qu\u2019Esther Benbassa (2010\u00a0: 121-122) donne de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Figure de l\u2019\u00e9tranger, cet Autre vraiment autre, objet de curiosit\u00e9 et de d\u00e9sir, ou de r\u00e9pulsion et de crainte. Mais aussi figure du prochain, cet Autre familier, en qui l\u2019on se reconna\u00eet, et \u00e0 qui l\u2019on accorde plus ou moins spontan\u00e9ment sa confiance et son amiti\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Esm\u00e9, dans son instabilit\u00e9 psychologique et tourment\u00e9e par son triangle amoureux avec Adam et Hunter, dit entrevoir un visage moins idyllique de l\u2019Afrique o\u00f9 elle ne distingue \u00ab\u00a0ni traces de beaut\u00e9 ou d\u2019amour\u00a0\u00bb, avant de conclure\u00a0: \u00ab\u00a0Ce visage \u00e9tait plus dur, plus laid\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 120). La dangerosit\u00e9 de l\u2019Afrique prend place dans son subconscient et laisse entrevoir des regrets. L\u2019h\u00e9ro\u00efne avoue ne s\u2019\u00eatre rendu compte de cette situation que tardivement\u00a0: les \u00ab\u00a0actes m\u00e9caniques [\u2026] m\u2019ont entra\u00een\u00e9e dans un territoire plut\u00f4t dangereux, dont je ne sais plus comment m\u2019\u00e9chapper\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 127). Nous y d\u00e9couvrons un personnage dans un moment de profonde solitude comme cela arrive \u00e0 tous les h\u00e9ros. Les d\u00e9couverte des bidonvilles kenyans et la mis\u00e8re rampante qui y a fait son nid ne viendront qu\u2019empirer la situation que vit l\u2019h\u00e9ro\u00efne, laquelle voit l\u2019Afrique r\u00eav\u00e9e et paradisiaque se d\u00e9colorer \u00e0 ses yeux. C\u2019est le cas du bidonville appel\u00e9 Korokocho qu\u2019elle visite en compagnie de Hunter et du p\u00e8re Marco, un missionnaire italien\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Des\u00a0 enfants v\u00eatus de haillons crasseux, des femmes aux habits en lambeaux surgissaient de toutes parts. [\u2026] Tout semblait triste, comme si une main anonyme avait recouvert d\u2019une fine couche de gris les vives couleurs de l\u2019Afrique\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 192). En r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des anthropologues fran\u00e7ais bien connus, on pourrait presque parler de <em>Tristes Tropiques<\/em> (Claude L\u00e9vi-Strauss, 1955) ou encore de <em>La fin de l\u2019exotisme<\/em> (Alban Bensa, 2006).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Cette Afrique n\u2019\u00e9chappe pas par la suite au regard parfois d\u00e9formant d\u2019Esm\u00e9, posture qui actualise certains sch\u00e8mes de l\u2019id\u00e9ologie raciste en vigueur en Occident durant les ann\u00e9es et les si\u00e8cles qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la publication de <em>L\u2019Africaine<\/em>. \u00ab\u00a0J\u2019avais d\u00fb imaginer qu\u2019en Afrique tout le monde est inculte\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 40), affirme Esm\u00e9, stup\u00e9faite de d\u00e9couvrir la grande culture cin\u00e9matographique d\u2019Adam. Pr\u00e9cisons qu\u2019Adam a une double origine\u00a0: kenyane de m\u00e8re et \u00e9cossaise de p\u00e8re. Cette vision de l\u2019Autre par la narratrice rel\u00e8ve du st\u00e9r\u00e9otype d\u00e9fini par Ruth Amossy et Anne H. Pierrot (1997\u00a0: 34) comme \u00ab\u00a0une croyance, une opinion, une repr\u00e9sentation concernant un groupe et ses membres\u00a0\u00bb et sans aucun lien avec la v\u00e9rit\u00e9 ou la r\u00e9alit\u00e9 du groupe repr\u00e9sent\u00e9. Esther Benbassa (2010\u00a0: 632) rench\u00e9rit en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0Les st\u00e9r\u00e9otypes sont des croyances a priori, largement partag\u00e9es, quoiqu\u2019en rien confirm\u00e9es par une observation objective du r\u00e9el, sur les traits de personnalit\u00e9 et les comportements suppos\u00e9s typiques d\u2019un groupe donn\u00e9 d\u2019individus. Ils peuvent \u00eatre positifs ou n\u00e9gatifs, mais en g\u00e9n\u00e9ral ils sont plut\u00f4t n\u00e9gatifs\u00a0\u00bb. Un second pr\u00e9jug\u00e9 a trait \u00e0 l\u2019obscurantisme qui r\u00e9gnerait en Afrique et emp\u00eacherait toute possibilit\u00e9 de connaissance voire d\u2019\u00e9veil de ce continent\u00a0: \u00ab\u00a0Essayer de comprendre l\u2019Afrique, c\u2019est se sentir aspir\u00e9 par un trou noir. Plus on tente d\u2019explorer ces t\u00e9n\u00e8bres, moins on a de chances de ressortir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Mais, comme il n\u2019y a de toute fa\u00e7on pas de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, mieux vaut se tenir \u00e0 distance\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 104). \u00c0 en croire Francesca Marciano, l\u2019Afrique n\u2019a jamais pu acc\u00e9der \u00e0 la lumi\u00e8re. Fran\u00e7ois Guiyoba\u00a0(2004, en ligne) nous d\u00e9crit cette n\u00e9gation perp\u00e9tuelle de l\u2019Afrique en Occident au fil des si\u00e8cles avec la complicit\u00e9 des m\u00e9dias\u00a0:<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Symbole par excellence du Sud id\u00e9ologique, l\u2019Afrique est synonyme de l\u2019enfer alt\u00e9rien dont le caract\u00e8re st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 transpara\u00eet au travers d\u2019une litanie d\u2019affres \u00e9gren\u00e9es quasi-quotidiennement par les m\u00e9dias occidentaux. Ces affres ont pour noms, entre autres, la mis\u00e8re, les catastrophes naturelles, les guerres tribales, les dictatures, l\u2019anarchie et les maladies de toutes sortes. L\u2019Afrique reste d\u2019autant plus une marginalit\u00e9 que ces st\u00e9r\u00e9otypes\u00a0r\u00e9sistent m\u00eame \u00e0 la tendance mondialisante actuelle.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Dans cette perspective s\u2019inscrivent \u00e9galement les allusions faites par la narratrice au sujet de Karen Blixen dont elle admire les \u0153uvres au Kenya tout en louant la grande affection que cette \u00e9crivaine danoise avait pour les Noirs, notamment pour l\u2019une de ses domestiques, \u00ab\u00a0Kamante, son cuisinier bien aim\u00e9\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 66). <em>La ferme africaine<\/em> est une autobiographie de Karen Blixen\u00a0dans laquelle elle partage avec le lecteur sa vie au Kenya, au milieu de familles locales \u00e9tablies sur sa propri\u00e9t\u00e9 et aux alentours. Elle y a v\u00e9cu de 1914 \u00e0 1931. La lecture de ce r\u00e9cit donne \u00e0 voir une auteure exprimant son amour pour l\u2019Afrique et pour ses habitants, faisant de son roman un hymne \u00e0 la vie en Afrique, \u00e0 la beaut\u00e9\u00a0des \u00eatres et des choses qui pullulent sur le continent. Toutefois, cet amour prend \u00e9tonnamment les allures de l\u2019amour d\u2019un berger pour son troupeau en raison des multiples r\u00e9f\u00e9rences\u00a0au monde animal dans lequel Blixen puise ses ressources pour repr\u00e9senter le Noir (Fotsing Mangoua, 2006). Aucune cat\u00e9gorie sociale n\u2019\u00e9chappe aux comparaisons\u00a0animali\u00e8res auxquelles recourt Blixen pour peindre les Noirs\u00a0: les femmes, les hommes, les enfants, tout le monde est pris au pi\u00e8ge d\u2019un discours\u00a0dont les traits n\u00e9grophobes \u00e9mergent massivement du texte, avec un accent mis sur l\u2019animalisation des Noirs. Diverses comparaisons animali\u00e8res font alors leur entr\u00e9e en sc\u00e8ne. Ainsi, de son avis, les Noirs sont \u00ab\u00a0ombrageux et timides, pour peu qu\u2019on les effraie, se contractent exactement comme des animaux\u00a0\u00bb (<em>La ferme africaine<\/em>, p. 32). Lorsqu\u2019elle fait la rencontre de Kamante, un enfant Gikuyu, elle pr\u00e9sume\u00a0: \u00ab\u00a0Sans doute se terrait-il comme une b\u00eate malade\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 38). Plus tard, ayant vu Kamante r\u00e9apprendre \u00e0 courir apr\u00e8s une p\u00e9riode de maladie, Blixen notera qu\u2019\u00ab\u00a0il\u00a0ressemblait aux jeunes poulains dans leurs parcs\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 48). Le jeune Kamante deviendra ensuite son cuisinier. Il est \u00e0 cet \u00e9gard tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 pour ses services. Mais la mani\u00e8re dont Blixen exprime sa satisfaction est pour le moins singuli\u00e8re, car elle assimile Kamante \u00e0 un animal domestique\u00a0: \u00ab\u00a0Il lui arrivait de nous servir des sp\u00e9cialit\u00e9s Kikuyus, comme les patates douces grill\u00e9es ou la graisse de mouton fondue, \u00e0 la mani\u00e8re un peu de ces chiens qui, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu dans une maison civilis\u00e9e, apportent leurs os sur le tapis, en hommage\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 59). Kamante sera m\u00eame compar\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0une chauve-souris toute noire aux oreilles dress\u00e9es\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., pp. 61-62). Compte tenu de la repr\u00e9sentation\u00a0animali\u00e8re que Blixen donne du monde noir, son r\u00e9cit porte bien son titre\u00a0: <em>La ferme africaine. <\/em>Jean-Marc Moura (2006, en ligne) fustige ce ph\u00e9nom\u00e8ne en vigueur dans les r\u00e9cits de voyage et dans divers \u00e9crits occidentaux sur l\u2019ailleurs en ces termes\u00a0:<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Tous ces \u00e9crits, chacun \u00e0 sa fa\u00e7on, indiquent que le texte est le v\u00e9hicule, le signe et le narrateur de l\u2019autorit\u00e9 imp\u00e9riale. Il s\u2019agit d&rsquo;un ensemble, certes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, dont la vocation est de d\u00e9chiffrer des espaces \u00e9trangers et qui transf\u00e8re \u00e0 cet effet des m\u00e9taphores, des concepts, des notions familiers dans des contextes d\u00e9stabilisants parce que diff\u00e9rents. L\u2019\u00e9tranget\u00e9 despays colonis\u00e9s est ainsi rendue accessible par l\u2019usage de conventions d&rsquo;\u00e9criture \u00e0 la fois rh\u00e9toriques,syntaxiques et formelles<em>.<\/em><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Quoi qu\u2019on dise, l\u2019apologie de Blixen et de son amour pour les Noirs \u00a0n\u2019est pas arriv\u00e9e dans le roman de Marciano par hasard. C\u2019est bien le r\u00e9sultat du travail d\u2019\u00e9criture de l\u2019auteure. Par cons\u00e9quent, Francesca Marciano ne peut pas se dire innocente devant les arri\u00e8re-plans racistes de l\u2019\u00e9criture de Karen Blixen, surtout dans son roman <em>La ferme africaine<\/em> o\u00f9 le lecteur constate en fin de compte que l\u2019amour que Blixen pr\u00e9tend avoir pour les Africains n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 que l\u2019amour d\u2019une Europ\u00e9enne pour des \u00ab\u00a0b\u00eates\u00a0\u00bb, si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 sa propension \u00e0 animaliser les Africains dans son r\u00e9cit en les assimilant \u00e0 toutes sortes d\u2019esp\u00e8ces animales. Fotsing Mangoua (2006\u00a0: 135) nous en dit plus\u00a0: \u00ab\u00a0Le vocabulaire animalier fr\u00e9quemment convoqu\u00e9 dans les comparaisons relatives aux Noirs rel\u00e8ve un eurocentrisme nourri de tous les pr\u00e9jug\u00e9s raciaux qui ont marqu\u00e9 la relation entre Noir et Blanc. Ce vocabulaire ravale le Noir au rang de la b\u00eate et donne de lui l\u2019image construite par l\u2019Occident pour se conforter sa position dominante\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">L\u2019autre est ensuite une absence que la narratrice tente d\u2019appr\u00e9hender pour lui redonner vie et indirectement se refaire une certaine sant\u00e9\u00a0: son p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9, l\u2019image lointaine de sa m\u00e8re, son fr\u00e8re Teo qu\u2019elle per\u00e7oit de m\u00e9moire lorsqu\u2019elle est en Afrique ou encore ses amants lors des moments d\u2019\u00e9loignement. En effet, Esm\u00e9 relate son enfance aux c\u00f4t\u00e9s de son p\u00e8re Fernandino, un po\u00e8te italien de grande renomm\u00e9e. Elle le d\u00e9crit comme un passionn\u00e9 des livres, mais \u00e9galement comme un p\u00e8re tr\u00e8s aimant envers ses enfants, quoique parfois col\u00e9rique. De son p\u00e8re se d\u00e9gage un r\u00e9el sentiment de s\u00e9curit\u00e9 lorsqu\u2019on est aupr\u00e8s de lui, affirme Esm\u00e9. Pour toutes ces raisons, sa mort l\u2019a d\u00e9vast\u00e9e et a cr\u00e9\u00e9 en elle une plaie dont la cicatrisation s\u2019av\u00e8re difficile. En effet, son p\u00e8re meurt atteint entre autres de mutisme, au point d\u2019\u00eatre dans l\u2019incapacit\u00e9 de prononcer un seul mot, lui qui \u00e9tait pourtant de nature volubile\u00a0: \u00ab\u00a0Le comble de l\u2019absurde, c\u2019est que Fernandino est mort muet. [\u2026] Fernandino mourut comme un enfant sans langage contraint de g\u00e9mir pour attirer l\u2019attention des autres\u00a0\u00bb\u00a0 (<em>AFR<\/em>, p. 30).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Quant \u00e0 sa m\u00e8re, Esm\u00e9 nous offre de celle-ci un portrait peu \u00e9logieux et assez distant, comme si elle ne voulait pas en dire plus que ce que sa m\u00e8re \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9\u00a0: une m\u00e8re pr\u00e9sente physiquement, mais absente d\u2019esprit, une m\u00e8re myst\u00e9rieuse et insaisissable\u00a0; qui plus est, habit\u00e9e par un chagrin perp\u00e9tuel difficile \u00e0 appr\u00e9hender\u00a0: \u00ab\u00a0Elle avait l\u2019air submerg\u00e9e par un chagrin qui n\u2019avait rien \u00e0 voir avec nous et avec la vie que nous menions\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 27). Tout ce qu\u2019elle retient finalement de positif sur sa m\u00e8re c\u2019est son sens du raffinement et son caract\u00e8re r\u00eaveur. Pour tout dire, Esm\u00e9 n\u2019a pas v\u00e9ritablement connu la tendresse maternelle.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Son fr\u00e8re Teo\u00a0est l\u2019un des symboles de l\u2019absence depuis qu\u2019Esm\u00e9 s\u2019est \u00e9tablie au Kenya. Elle garde de Teo une image tr\u00e8s positive et aimerait \u00eatre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s \u00e0 tout moment afin de renouer avec les moments inoubliables v\u00e9cus dans leur enfance commune. Mais la distance est un frein \u00e0 la r\u00e9alisation de ce d\u00e9sir. Malgr\u00e9 tout, m\u00eame de m\u00e9moire, Esm\u00e9 n\u2019a jamais oubli\u00e9 Teo. Apr\u00e8s l\u2019une de leurs retrouvailles en Italie, elle le peint admirablement\u00a0: \u00ab\u00a0Teo est une version jeune du chevalier vieillissant, auquel il faut ajouter la d\u00e9licatesse et le regard r\u00eaveur de ma m\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 60).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Les amants de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, pendant les p\u00e9riodes de leur \u00e9loignement physique et spatial,\u00a0voient leurs statuts conna\u00eetre une m\u00e9tamorphose, passant de la pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019absence. Leurs absences sont dues aux m\u00e9tiers qu\u2019ils exercent et qui les am\u00e8nent \u00e0 se d\u00e9placer sans cesse, Adam en sa qualit\u00e9 d\u2019organisateur de safaris, Hunter en tant que reporter de guerre. Ce sont donc deux personnages itin\u00e9rants qui doivent se mouvoir r\u00e9guli\u00e8rement selon le cours des \u00e9v\u00e9nements. Que l\u2019\u00e9tranger soit une pr\u00e9sence ou une absence, qu\u2019il soit \u00e0 port\u00e9e de main ou fugace, Esm\u00e9 est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 aller \u00e0 sa rencontre.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>2- Les m\u00e9canismes de la qu\u00eate de l\u2019Autre<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Dans <em>L\u2019Africaine<\/em>, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 arbore de nombreux visages. N\u00e9anmoins, cette multitude de faces h\u00e9t\u00e9roclites n\u2019emp\u00eache pas l\u2019h\u00e9ro\u00efne de d\u00e9ployer des strat\u00e9gies visant \u00e0 aller \u00e0 leur rencontre, \u00e0 (re)nouer des liens avec tous ces protagonistes, qu\u2019ils soient anthropomorphes ou non. Elle s\u2019est sans doute rendue \u00e0 l\u2019\u00e9vidence que l\u2019enfermement dans sa tour d\u2019ivoire l\u2019\u00e9loignerait du monde et de la connaissance approfondie de celui-ci. En effet, le processus menant \u00e0 la rencontre de l\u2019Autre traduit \u00ab\u00a0l\u2019ad\u00e9quation de l\u2019homme et du monde ext\u00e9rieur, [\u2026] sa capacit\u00e9 infinie (ou tenue pour telle) de d\u00e9crire et de comprendre le monde, [\u2026] de parier sans cesse sur la possibilit\u00e9 de transformer l\u2019inconnu en connu et compris\u00a0\u00bb (Pageaux, 1994\u00a0: 32). Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9tranger\u00a0? Est-ce une r\u00e9alit\u00e9 totalement diff\u00e9rente de moi dont je dois me m\u00e9fier\u00a0? Ou une r\u00e9alit\u00e9 diff\u00e9rente que je dois essayer de comprendre et d\u2019accepter avec ses diff\u00e9rences\u00a0? L\u2019\u00e9tranger est-il un danger pour moi ou un enrichissement\u00a0? Le choix d\u2019Esm\u00e9 de ne pas s\u2019enfermer dans sa coquille nous donne une r\u00e9ponse affirmative \u00e0 ces questions. Ainsi, au premier plan des moyens mis en branle par l\u2019h\u00e9ro\u00efne figurent le voyage pour l\u2019Afrique, la description d\u2019une Afrique paradisiaque, les souvenirs d\u2019Europe, ses deux s\u00e9jours ponctuels dans son pays natal, la recherche de l\u2019amour parfait (d\u2019o\u00f9 son tiraillement, voire son d\u00e9chirement entre Adam et Hunter) et le recours aux intertextes.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, le voyage d\u2019Esm\u00e9 pour l\u2019Afrique constitue sans doute la premi\u00e8re \u00e9tape de la qu\u00eate qu\u2019elle a entreprise. En effet, la disparition de Fernandino l\u2019a plong\u00e9e dans une douleur et une solitude difficiles \u00e0 surmonter\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais que je ne me remettrai jamais de la mort de Fernandino. En fait, il me manque chaque jour davantage. Quand il \u00e9tait en vie, je regardais le monde par le filtre de son intelligence. [\u2026] \u00c0 pr\u00e9sent, sans lui, me revoil\u00e0 dans le brouillard\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 52). Son p\u00e8re \u00e9tait pour lui cet espoir auquel elle s\u2019accrochait pour \u00e9viter de chavirer. \u00ab\u00a0\u00c0 pr\u00e9sent, je me sentais d\u00e9munie, incapable d\u2019affronter la vie. [\u2026] Sans Fernandino, la beaut\u00e9, le travail intellectuel, le talent et la litt\u00e9rature n\u2019avaient plus aucun sens \u00e0 mes yeux\u00a0\u00bb, avoue-t-elle (<em>Ibid<\/em>., p. 32). Son go\u00fbt pour l\u2019aventure, le d\u00e9sir ardent de conqu\u00e9rir le monde et surtout d\u2019aller \u00e0 la d\u00e9couverte de l\u2019Afrique trouvent d\u00e8s lors leur fondement dans cette disparition de la figure parentale\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Il me fallait donc trouver un lieu o\u00f9 mon corps serait le seul outil n\u00e9cessaire \u00e0 la survie, un endroit o\u00f9 je pourrais mettre ma peur \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, plut\u00f4t que de retarder le moment du face \u00e0 face. Il me faudrait un tel lieu pour oser affronter l\u2019inconnu\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 31). En optant pour le voyage, Esm\u00e9 fait sienne cette mise au point de Daniel-Henri Pageaux (1994\u00a0: 30 et 32)\u00a0: \u00ab\u00a0Des toutes les exp\u00e9riences de l\u2019\u00e9tranger, le voyage est sans doute la plus directe, mais aussi la plus complexe. [\u2026] Pas de voyage sans projet d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment d\u00e9cid\u00e9 par un individu, m\u00eame si (surtout si) la joie de l\u2019inconnu \u00e0 d\u00e9couvrir se profile d\u00e8s le d\u00e9part et vient nourrir l\u2019app\u00e9tit de l\u2019impr\u00e9vu qu\u2019a tout voyageur\u00a0\u00bb. Au vu du choix de l\u2019h\u00e9ro\u00efne de conqu\u00e9rir le monde afin de le d\u00e9couvrir et de se red\u00e9couvrir en retour, on comprend mieux cette mise au point de Julia Kristeva (1988\u00a0: 25)\u00a0:<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00ab\u00a0Je est un autre\u00a0\u00bb de Rimbaud n\u2019\u00e9tait pas seulement l\u2019aveu du fant\u00f4me psychotique qui hante la po\u00e9sie. Le mot annon\u00e7ait l\u2019exil, la possibilit\u00e9 ou la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9tranger et de vivre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, pr\u00e9figurant ainsi l\u2019art de vivre d\u2019une \u00e8re moderne, le cosmopolitisme des \u00e9corch\u00e9s. L\u2019ali\u00e9nation \u00e0 moi-m\u00eame, pour douloureuse qu\u2019elle soit, me procure cette distance exquise o\u00f9 s\u2019amorce aussi bien le plaisir pervers que ma possibilit\u00e9 d\u2019imaginer et de penser, l\u2019impulsion de ma culture.\u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">La description valorisante qu\u2019elle fait du continent africain est la preuve que malgr\u00e9 quelques moments de d\u00e9paysement et de solitude dus \u00e0 son \u00e9loignement de son Europe et de son Italie natales, Esm\u00e9 a trouv\u00e9 en Afrique une bonne part du paradis perdu. En effet, l\u2019Afrique \u00e9pouse dans son esprit les caract\u00e9ristiques de tout v\u00e9ritable espace exotique. Elle ne se lasse donc pas de peindre ce paradis \u00e0 port\u00e9e de main et de tenter de l\u2019\u00e9treindre par les mots et les sens. C\u2019est le cas des vastes espaces africains dont le ciel est l\u2019une des caract\u00e9ristiques les plus embl\u00e9matiques\u00a0: \u00ab\u00a0Nulle part dans le monde on ne trouve un ciel aussi vaste. Il s\u2019\u00e9tend au-dessus de la t\u00eate comme un gigantesque parapluie et te coupe le souffle. Tu es \u00e9cras\u00e9e dans l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019air et de la terre ferme. [\u2026] Ici, l\u2019horizon n\u2019est plus une ligne droite, mais un cercle infini qui te fait tourner la t\u00eate\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 22). Et devant cette immensit\u00e9 qui se d\u00e9roule sans fin, \u00ab\u00a0tu te sens <em>humble<\/em>. Car l\u2019Afrique est l\u2019origine\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit-elle (<em>Ibid<\/em>., p. 23).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Les souvenirs d\u2019Europe aident Esm\u00e9 \u00e0 venir \u00e0 bout du d\u00e9paysement et de l\u2019\u00e9loignement de sa terre natale. Elle est habit\u00e9e par les souvenirs permanents de son p\u00e8re, de sa m\u00e8re, de son fr\u00e8re Teo ou encore de son enfance en Italie afin que son pass\u00e9 ne s\u2019\u00e9vanouisse pas dans le n\u00e9ant. Ainsi, par la po\u00e9tique du souvenir, l\u2019h\u00e9ro\u00efne tente de recoller les morceaux d\u2019un pass\u00e9 fragment\u00e9 par le temps et les \u00e9preuves de la vie. Lorsque Adam emm\u00e8ne Esm\u00e9 visiter Mombasa, une ville du Sud du Kenya, tout dans cette ville lui rappelle son Italie natale\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019eus l\u2019impression d\u2019\u00eatre retourn\u00e9e chez moi. Le lieu m\u2019\u00e9voqua le sud de l\u2019Italie, et je crus reconna\u00eetre quelque chose de l\u2019atmosph\u00e8re napolitaine. Malgr\u00e9 la chaleur, le vacarme et la d\u00e9gradation, la ville me parut vivante et cosmopolite\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., pp. 132-133). Les arts notamment la peinture italienne dont elle cite quelques repr\u00e9sentants locaux participent de ce processus. Aussi recommande-t-elle \u00e0 Iris\u00a0: \u00ab\u00a0Tu devrais passer quelque temps en Italie. Il faut que tu voies les tableaux de Pierro\u00a0 della Francesca, de Giotto, de Masaccio. Et que tu visites Venise, Florence, Palerme, Naples. Oh, oui, le Sud. Qu\u2019est-ce que \u00e7a va te plaire\u00a0!\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 154). L\u2019Italie est ainsi pr\u00e9sent\u00e9e comme un paradis de beaut\u00e9 et de l\u2019art.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Esm\u00e9 rapproche ensuite le souvenir de la r\u00e9alit\u00e9 imm\u00e9diate en s\u00e9journant \u00e0 deux reprises dans son pays natal. Le premier s\u00e9jour fait suite \u00e0 un \u00e9change t\u00e9l\u00e9phonique avec Louise, la troisi\u00e8me femme de son p\u00e8re. Par cet appel, Louise l\u2019invite \u00e0 revenir au pays afin de signer des papiers relatifs \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage litt\u00e9raire de son p\u00e8re, lesquels lui permettront d\u00e9sormais de toucher sa quote-part des royalties issues de la commercialisation ou de l\u2019exploitation de ses \u0153uvres. Esm\u00e9, qui consid\u00e8re depuis lors la distance la s\u00e9parant de l\u2019Italie comme un fardeau, bondit sur l\u2019occasion et retourne ponctuellement au pays. Malgr\u00e9 les \u00e9motions pour la plupart positives que lui procure l\u2019Afrique depuis qu\u2019elle y vit, le besoin de s\u2019\u00e9vader de ce lieu pour se reconnecter \u00e0 son Italie natale ne l\u2019a jamais quitt\u00e9e. Aussi note-t-elle\u00a0: \u00ab\u00a0Le <em>mal d\u2019Afrique<\/em>, c\u2019est le vertige, la corrosion, mais aussi la nostalgie. C\u2019est le d\u00e9sir de redevenir enfant, de retrouver l\u2019innocence\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 24). C\u2019est sur ces entrefaites qu\u2019aura lieu son premier s\u00e9jour en Italie. D\u00e8s son retour, elle d\u00e9jeune avec Teo dans un restaurant de son terroir o\u00f9 leur p\u00e8re \u00e9tait un client fid\u00e8le. Cela fait rena\u00eetre en elle la nostalgie de temps pass\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0Il faisait bon, dans le restaurant aux murs lambriss\u00e9s, parmi les manteaux mouill\u00e9s, et de nous rem\u00e9morer toutes les fois o\u00f9 nous avions d\u00e9jeun\u00e9 dans ce lieu nous rendait nostalgiques\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 60). Ce premier s\u00e9jour en Italie depuis son arriv\u00e9e au Kenya lui permet de revoir son fr\u00e8re Teo, de renouer avec ses terres, les parfums locaux et les \u00e9motions laiss\u00e9es longtemps en hibernation. Cependant, ce qui aurait pu la combler devient quasiment une occasion manqu\u00e9e, car l\u2019h\u00e9ro\u00efne ne songe qu\u2019\u00e0 repartir pour l\u2019Afrique et le fait savoir \u00e0 son fr\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Teo, je crois que je veux aller vivre en Afrique\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 61). Elle retournera effectivement en Afrique moins de deux mois plus tard.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">D\u00e8s son retour au Kenya, une nostalgie plus prononc\u00e9e de son pays s\u2019empare \u00e0 nouveau d\u2019elle. Lorsqu\u2019elle perd son b\u00e9b\u00e9, cette nostalgie s\u2019accentue et devient pour elle un exutoire pour noyer son chagrin\u00a0: \u00ab\u00a0Je te jure, Adam, j\u2019ai eu ma dose. Je crois que j\u2019ai envie de repartir chez moi. En Italie. Quitter ce pays. Je suis tellement fatigu\u00e9e de tout \u00e7a\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 175). Elle s\u00e9journera effectivement une seconde fois dans son pays\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais mon billet et je ne r\u00eavais que du doux printemps italien, loin des t\u00e9n\u00e8bres, des escargots et des grenouilles\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 265). Mais une fois sur place et apr\u00e8s avoir assouvi ses d\u00e9sirs d\u2019amour du pays natal, Esm\u00e9 se sent \u00e0 nouveau d\u00e9pays\u00e9e et ne r\u00eave que d\u2019Afrique qu\u2019elle souhaite rejoindre sans plus attendre\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Afrique occupait tous mes r\u00eaves. Chaque nuit, elle venait \u00e0 moi\u00a0: l\u2019espace, le silence, la fra\u00eecheur de l\u2019air matinal\u2026\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 271). \u00ab\u00a0J\u2019ai h\u00e2te de repartir. L\u2019Afrique me manque d\u00e9j\u00e0\u00a0\u00bb, confie-t-elle \u00e0 Teo (<em>Ibid<\/em>., p. 274). \u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">En outre, Esm\u00e9 voit en l\u2019amour l\u2019id\u00e9al \u00e9motionnel et relationnel par excellence qui lui permettra de surmonter ses peurs et de s\u2019accomplir autrement. La double relation amoureuse qu\u2019elle entretient avec Adam et Hunter t\u00e9moigne de sa ferme volont\u00e9 de r\u00e9aliser ce r\u00eave. Que ce soit avec Adam ou avec Hunter, Esm\u00e9 n\u2019a jamais l\u00e9sin\u00e9 sur les moyens pour se rassurer au sujet de la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019amour que l\u2019un ou l\u2019autre dit avoir pour elle. Cette qu\u00eate effr\u00e9n\u00e9e de l\u2019amour vrai se transforme en passion ravageuse et finit par devenir une obsession dans la mesure o\u00f9 l\u2019h\u00e9ro\u00efne se sent dans l\u2019incapacit\u00e9 de rompre avec l\u2019un ou avec l\u2019autre. Elle aurait pu par exemple mettre un terme d\u00e9finitif \u00e0 sa relation avec Hunter au motif que ce dernier l\u2019a laiss\u00e9e en planque \u00e0 maintes reprises. Mais elle va s\u2019accrocher jusqu\u2019au bout au point de se voir une nouvelle fois abandonn\u00e9e au bord de la route par Hunter qui a port\u00e9 son choix sur Claire pour construire une vie amoureuse stable.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Par ailleurs, les divers intertextes auquel recourt Francesca Marciano, \u00e9tant donn\u00e9 leur contribution au tissage textuel, participent indirectement au tissage des fils qui se sont d\u00e9nou\u00e9s dans la vie d\u2019Esm\u00e9. Pour Roland Barthes (1973), \u00ab\u00a0Tout texte est un intertexte\u00a0; d\u2019autres sont pr\u00e9sents en lui, \u00e0 des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables\u00a0: les textes de la culture ant\u00e9rieure et ceux de la culture environnante\u00a0; tout texte est un tissu nouveau de citations r\u00e9volues\u00a0\u00bb.Bon nombre de r\u00e9f\u00e9rences\u00a0intertextuelles et interm\u00e9diatiques contenues dans le r\u00e9cit de Marciano\u00a0traduisent l\u2019immense culture litt\u00e9raire de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, et donc de l\u2019auteure, car bien que ce roman soit homodi\u00e9g\u00e9tique, ce n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 que la culture de l\u2019auteure que nous d\u00e9couvrons \u00e0 travers le regard du personnage. Thiphaine Samoyault (2001\u00a0: 78) affirme justement que \u00ab\u00a0le recours \u00e0 l\u2019intertextualit\u00e9 appara\u00eet comme le moyen pour la litt\u00e9rature [\u2026] de marquer l\u2019\u00e9tendue de son univers\u00a0\u00bb. En dehors des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Karen Blixen \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment, <em>L\u2019Africaine<\/em> de Francesca Marciano foisonne d\u2019intertextes\u00a0relatifs \u00e0 la litt\u00e9rature, \u00e0 la mode, \u00e0 la presse, \u00e0 la peinture ou encore au cin\u00e9ma\u00a0: \u00ab\u00a0un film de David Lynch\u00a0\u00bb (p. 16), le roi Napol\u00e9on conqu\u00e9rant le monde (p. 17), <em>L\u2019Iliade<\/em> d\u2019Hom\u00e8re (p. 28), les sonnets de Shakespeare (p. 30), le peintre italien L\u00e9onard de Vinci (p. 33 et 96), <em>Les vertes collines d\u2019Afrique<\/em> d\u2019Ernest Hemingway (p. 35), \u00ab\u00a0l\u2019architecture baroque, les films de Truffaut\u00a0\u00bb (p. 57), <em>Le Guide du routard<\/em> (p. 63), \u00ab\u00a0un film de Schwarzenegger\u00a0\u00bb (p. 66), l\u2019actrice britannique Charlotte Rampling (p. 67), le \u00ab\u00a0Cin\u00e9aste am\u00e9ricain Kevin Steinberg, [\u2026] le sc\u00e9nario d\u2019un film avec Jack Nicholson\u00a0\u00bb (p. 68), le roman <em>Les Derniers sacrements<\/em> de John Harvey (p. 93), etc. La mode vestimentaire occidentale est \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9e\u00a0avec les Brooks Brothers (p. 36) et la marque Calvin Klein (p. 37). La presse occidentale n\u2019est pas en reste\u00a0: le magazine <em>Vogue<\/em> (pp. 46, 110, 111), le <em>Sunday Times<\/em> (p. 68), le <em>Guardian<\/em> (p. 68), le <em>Vanity Fair<\/em> (p. 73), l\u2019<em>Independent <\/em>(p. 82), <em>The Economist<\/em> (p. 117), etc. Ces r\u00e9f\u00e9rences diversifi\u00e9es, r\u00e9v\u00e9latrices d\u2019un autre voyage dans les textes, les arts et les autres modes d\u2019expression culturelle, s\u2019inscrivent en droite ligne avec cette mise au point de Daniel-Henri Pageaux (1994\u00a0: 38-39)\u00a0: \u00ab\u00a0Voyage dans les mots, dans le savoir, [\u2026] le voyage imaginaire, par la somme des connaissances sur laquelle il se construit et \u00e0 partir de laquelle il d\u00e9rive, propose un v\u00e9ritable itin\u00e9raire intellectuel, spirituel, un parcours critique, voire un parcours initiatique\u00a0\u00bb. Par le dialogue permanent des intertextes, Esm\u00e9 replonge dans un univers \u00e9pist\u00e9mologique diversifi\u00e9 qui lui sert de temps en temps d\u2019\u00e9chappatoire pour contourner la dure r\u00e9alit\u00e9 du quotidien.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">De nombreux ingr\u00e9dients suppl\u00e9mentaires sont mis \u00e0 contribution par Esm\u00e9 pour concr\u00e9tiser et tirer profit de la qu\u00eate de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Parmi ces ingr\u00e9dients, nous pouvons relever\u00a0:\u00a0 son sens de l\u2019hospitalit\u00e9 et de la convivialit\u00e9 envers les membres de communaut\u00e9 blanche et envers les indig\u00e8nes\u00a0; ses promenades \u00e0 travers le Kenya\u00a0; sa participation aux d\u00eeners et aux rencontres conviviales ou amicales organis\u00e9es au sein des membres de la communaut\u00e9 occidentale pr\u00e9sente au Kenya\u00a0; les moments d\u2019heureuse compagnie qu\u2019elle partage quelquefois avec les enfants de Nena et Peter \u2013 un ami tr\u00e8s cher qui lui sera d\u2019une grande aide sur son chemin de reconstruction identitaire et existentielle \u2013\u00a0; l\u2019attente de son b\u00e9b\u00e9 dont elle entrevoit la naissance comme la porte de sortie qui lui fera go\u00fbter enfin au bonheur tant esp\u00e9r\u00e9. Ainsi, les randonn\u00e9es et autres promenades pour observer les animaux deviennent pour elle un mode de vie\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019avais plus CNN pour m\u2019hypnotiser, et ne pouvais passer toute la journ\u00e9e sous la tente. J\u2019acceptai donc d\u2019aller faire une balade en voiture, avant le coucher du soleil, pour observer les animaux\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 35). De la m\u00eame mani\u00e8re, Esm\u00e9 passe des moments chaleureux empreints de complicit\u00e9 avec les enfants de Nena et Peter. Ces moments de pur bonheur vont cr\u00e9er en elle des \u00e9motions contrast\u00e9es, entre la tendresse et le d\u00e9chirement int\u00e9rieur\u00a0: \u00ab\u00a0Je les embrasse, les serre contre moi et respire la ti\u00e9deur de leurs petits corps encore engourdis par le sommeil. [\u2026] Je continue de pleurer pendant le petit d\u00e9jeuner. Il m\u2019est impossible de contenir mes larmes\u00a0: elles coulent sans tr\u00eave sur ma tartine beurr\u00e9e. Je ne sanglote pas\u00a0; je ne fais pas de bruit, je pleure en silence et, j\u2019esp\u00e8re, avec dignit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., pp. 77-78). Selon toute vraisemblance, les moments pass\u00e9s avec ces enfants ont fait revenir en surface le miroir de son enfance et lui ont fait se rem\u00e9morer des moments cultes qu\u2019elle aurait aim\u00e9 actualiser. Mais h\u00e9las\u00a0! Il convient de rappeler que lorsqu\u2019Esm\u00e9 tombe enceinte d\u2019Adam, elle voit en son futur enfant le symbole fort qui fera d\u2019elle l\u2019Africaine qu\u2019elle a toujours r\u00eav\u00e9 \u00eatre. Un immense bonheur l\u2019habite depuis qu\u2019elle a su qu\u2019une vie grandissait en elle\u00a0: \u00ab\u00a0Je souhaitais depuis mon arriv\u00e9e dans ce pays m\u2019int\u00e9grer et y plonger mes racines. \u00c0 pr\u00e9sent, j\u2019allais avoir un enfant en Afrique, et faire de ce continent ma terre natale. [\u2026] J\u2019allais devenir une m\u00e8re, une g\u00e9nitrice, sous l\u2019\u00e9clatant soleil d\u2019Afrique\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., pp. 140-141). Son bonheur aura donc \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e en raison de la perte pr\u00e9coce de son enfant apr\u00e8s \u00e0 peine trois mois de grossesse.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\u00c0 un moment donn\u00e9 de son parcours, Esm\u00e9 prend conscience de sa situation paratopique lorsqu\u2019elle se d\u00e9crit en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0La zone de transit\u00a0: je me trouvais \u00e0 pr\u00e9sent dans cette zone neutre, uniquement peupl\u00e9e d\u2019\u00eatres d\u00e9racin\u00e9s\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 64). Elle r\u00e9affirme ensuite son impossibilit\u00e9 de se stabiliser \u00e9motionnellement et socialement, et se rend compte que se tirer d\u2019affaire \u00e9quivaut en d\u00e9finitive \u00e0 un processus long et lent\u00a0: \u00ab\u00a0Il fallait apprendre \u00e0 vivre en dehors de l\u2019illusion\u2026 On ne rentrait jamais chez soi. Il n\u2019y avait ni racines ni arbre auxquels se raccrocher. [\u2026] Il fallait accepter d\u2019\u00eatre projet\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres, l\u00e0 o\u00f9 nul ne peut pr\u00e9voir ce qui va se passer\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 204). Ce que vit Esm\u00e9 \u00e9pouse parfaitement la paratopie spatiale dont parle Dominique Maingueneau (2004\u00a0: 52-53)\u00a0: \u00ab\u00a0Localit\u00e9 paradoxale, <em>paratopie<\/em>, qui n&rsquo;est pas l&rsquo;absence de tout lieu, mais une difficile n\u00e9gociation entre le lieu et le non-lieu, une localisation parasitaire, qui vit de l&rsquo;impossibilit\u00e9 m\u00eame de se stabiliser\u00a0\u00bb. Pourtant, l\u2019h\u00e9ro\u00efne ne s\u2019est jamais r\u00e9sign\u00e9e dans sa qu\u00eate permanente de la f\u00e9licit\u00e9, car elle aura su tirer parti de chacune des figures que lui aura fait d\u00e9couvrir l\u2019\u00e9tranger, mettant ainsi \u00e0 profit cet enseignement dont la paternit\u00e9 est le plus souvent attribu\u00e9e \u00e0 Antoine de Saint-Exup\u00e9ry\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui diff\u00e8re de moi, loin de me l\u00e9ser, m\u2019enrichit\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>3- L\u2019apport de l\u2019Autre \u00e0 la (re)construction de soi<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">L\u2019Autre redonne un sens \u00e0 la vie de l\u2019h\u00e9ro\u00efne Esm\u00e9, devenant ainsi source (re)construction de soi, donc de renaissance. Ses deux s\u00e9jours en terre natale, la red\u00e9couverte de son pays \u00e0 chacun de ses voyages de ressourcement, l\u2019Afrique et la magie de ses paysages \u00e9poustouflants, le cocktail d\u2019\u00e9motions (visuelles, olfactives\u2026) que lui fait ressentir ses randonn\u00e9es africaines, les relations sociales et surtout amoureuses d\u2019Esm\u00e9 en terre africaine ou encore les intertextes s\u00e9mantiquement marqu\u00e9s, constituent autant de bienfaits que l\u2019h\u00e9ro\u00efne puise dans sa rencontre avec l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 afin de recouvrer une certaine sant\u00e9 \u00e9motionnelle, sociale et par-dessus tout identitaire.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Son \u00e9loignement de sa terre natale (Italie) lui permet de mesurer davantage l\u2019importance du terroir et de savoir combien peut \u00eatre attachant le cordon ombilical qui nous lie \u00e0 nos racines. Ses deux s\u00e9jours en Italie deviennent une forme de th\u00e9rapie, car en renouant avec son fr\u00e8re Teo apr\u00e8s de longs mois d\u2019absence, Esm\u00e9 tente de recoller les morceaux du tissu familial fragment\u00e9 depuis la mort de leurs parents suivie de la distanciation sociale de la fratrie\u00a0: Teo r\u00e9sidant en Italie et Esm\u00e9 partie pour l\u2019Afrique. \u00ab\u00a0Quel plaisir d\u2019\u00eatre \u00e0 nouveau r\u00e9unis, de retrouver notre langage secret\u00a0!\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 266), s\u2019exclame-t-elle avec un immense soulagement, avant d\u2019ajouter en souvenir de son p\u00e8re qui demeure une source d\u2019inspiration intarissable pour elle\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 travers lui [Teo], c\u2019est Fernandino que je retrouvais\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 268). On voit ainsi la place centrale qu\u2019occupe la figure paternelle dans la reconstruction du personnage.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">De m\u00eame, ses promenades dans les rues de son pays et la visite des lieux historiques comme les mus\u00e9es d\u2019art locaux participent de ce processus de reconstruction identitaire. On le voit, Esm\u00e9 sait pertinemment qu\u2019une partie d\u2019elle-m\u00eame est rest\u00e9e attach\u00e9e \u00e0 sa terre natale et que malgr\u00e9 sa volont\u00e9 d\u2019explorer l\u2019ailleurs, cet autre \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb repr\u00e9sente une flamme qui doit \u00eatre rallum\u00e9e en permanence. De ses propres aveux, le bonheur qu\u2019elle a ressenti \u00e0 chacun de ses deux s\u00e9jours en Italie a quelque chose de sp\u00e9cial par rapport \u00e0 ce qu\u2019elle vit en Afrique\u00a0: \u00ab\u00a0Je respirai cet air au parfum des tilleuls en fleur, de mousse et de pain qu\u2019on sort du four, auquel se m\u00ealait l\u2019odeur d\u2019eau croupie s\u2019\u00e9levant du fleuve. Et tout cela me parut merveilleusement civilis\u00e9, et plein de gr\u00e2ce\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 267). Alors, n\u2019y aurait-il de bonheur que chez soi\u00a0? L\u2019attitude de l\u2019h\u00e9ro\u00efne semble y r\u00e9pondre par l\u2019affirmative. Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019Autre, m\u00eame si sa qu\u00eate finit parfois par nous ramener au bercail, nous permet de mieux nous retrouver et de prendre conscience de nos racines.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Les relations sociales participent \u00e0 leur mani\u00e8re de la th\u00e9rapie que recherche l\u2019h\u00e9ro\u00efne. Il s\u2019agit d\u2019abord de l\u2019amiti\u00e9 qui, malgr\u00e9 toutes les rivalit\u00e9s, existe \u00e0 temps et \u00e0 contretemps entre Esm\u00e9 et certain personnages f\u00e9minins notamment Claire, Nicole et Iris. Par exemple, Nicole aide Esm\u00e9 \u00e0 prendre davantage conscience de son mal \u00eatre en lui faisant notamment comprendre que ni l\u2019Afrique, ni personne n\u2019en est aucunement responsable\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois qu\u2019on ne fait que projeter ses n\u00e9vroses et en rendre responsable le continent entier\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 18). Nicole deviendra pour l\u2019h\u00e9ro\u00efne un mod\u00e8le d\u2019int\u00e9gration sur le sol africain, un miroir dans lequel elle projette son bonheur futur. Ses m\u00e9saventures amoureuses sont sans doute le point culminant de ses relations sociales, car elles lui permettent de se rendre compte de la complexit\u00e9 de l\u2019amour. Esm\u00e9 revit gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019amour qu\u2019elle ressent pour Adam\u00a0; surtout que ses ruptures r\u00e9p\u00e9t\u00e9es avec Hunter ont laiss\u00e9 en elle des plaies b\u00e9antes qui peinent \u00e0 cicatriser. Si l\u2019on se penche sur une \u00e9tude onomastique des d\u00e9signateurs Hunter et d\u2019Adam, on verra que leur choix par Francesca Marciano n\u2019est pas un fait du hasard. En effet, Hunter \u2013 <em>chasseur<\/em> en anglais \u2013 \u00e9voquerait un pr\u00e9dateur qui vogue d\u2019une proie \u00e0 une autre, qui abandonne la d\u00e9pouille de la proie pr\u00e9c\u00e9dente une fois qu\u2019il a trouv\u00e9 une nouvelle cible. Esm\u00e9 serait donc simplement l\u2019une de ses multiples proies, car leur relation n\u2019a jamais connu une r\u00e9elle stabilit\u00e9. Quant \u00e0 Adam, son nom \u00e9voque un paradis perdu si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la perception jud\u00e9o-chr\u00e9tienne des origines du monde\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il est vrai, je l\u2019ai toujours cru, que les noms ont une destin\u00e9e en soi, Adam n\u2019aurait pas pu s\u2019appeler autrement. Il \u00e9tait, \u00e0 mes yeux, le premier homme du monde, l\u2019homme aux bras \u00e9cart\u00e9s que L\u00e9onard de Vinci a repr\u00e9sent\u00e9 dans un cercle. L\u2019homme avec un grand H. En jargon babouin\u00a0: un m\u00e2le alpha\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 33). Au sujet d\u2019Adam qu\u2019elle trouve d\u00e9finitivement irr\u00e9sistible et voit en lui la personne dont l\u2019heureuse compagnie pourrait lui donner un peu d\u2019espoir, Esm\u00e9 d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Tout me fascinait en lui. [\u2026] Le seul moyen d\u2019apaiser mon angoisse serait que cet homme me prenne dans ses bras et m\u2019emporte\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., pp. 43-44). Elle voit donc en Adam un protecteur, le refuge id\u00e9al apr\u00e8s ses multiples d\u00e9convenues amoureuses avec Hunter. Elle a donc raison de souligner concernant Adam\u00a0: \u00ab\u00a0Il m\u2019avait gu\u00e9rie, il s\u2019\u00e9tait bien occup\u00e9 de moi. [\u2026] Je n\u2019avais plus besoin de remonter \u00e0 la surface\u00a0: j\u2019\u00e9tais d\u00e9sormais capable de respirer sous l\u2019eau\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 130 et p. 135). D\u00e8s lors, devant l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019apprivoiser Hunter et de vivre pleinement sa passion avec ce personnage insaisissable et fantasque, son amour pour Adam devient une partie de l\u2019antidote. D\u2019o\u00f9 son choix de rester \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s apr\u00e8s sa rupture d\u00e9finitive avec Hunter.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">L\u2019Afrique\u00a0est aussi pour Esm\u00e9 un espace euphorique, car elle contribue son \u00e9panouissement. C\u2019est un lieu exotique propice au r\u00eave et \u00e0 l\u2019\u00e9vasion, un v\u00e9ritable refuge pour les \u00e2mes en errance qui souhaitent retrouver un certain \u00e9quilibre existentiel. L\u2019Afrique et ses vastes espaces r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 Esm\u00e9 une bonne part de sa personnalit\u00e9, notamment son c\u00f4t\u00e9 itin\u00e9rant. Aussi rappelle-t-elle\u00a0: \u00ab\u00a0Mon destin a d\u00fb, avant tout, \u00eatre g\u00e9ographique\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 25). Elle est consciente de ce que pourrait lui apporter l\u2019Afrique en vue de sa renaissance. C\u2019est pour cette raison qu\u2019elle la trouve si fascinante et totalement irr\u00e9sistible\u00a0: \u00ab\u00a0Impossible de s\u2019imaginer qu\u2019on pourrait se lasser d\u2019un lieu aussi complexe. On a tellement envie d\u2019en faire partie, de le conqu\u00e9rir, d\u2019y survivre, d\u2019y hisser son pavillon\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 11). C\u2019est fort \u00e0 propos que Daniel-Henri Pageaux (1994\u00a0: 34) consid\u00e8re le voyage comme \u00ab\u00a0moyen de connaissance, ouverture sur le monde [et] exp\u00e9rience individuelle\u00a0\u00bb. Lors de son exploration des diff\u00e9rents lieux bucoliques kenyans, les odeurs et les sons \u00e9panouissants issus de la faune et de la flore locales sont pour Esm\u00e9 de v\u00e9ritables occasions de symbiose avec les \u00e9l\u00e9ments. Ce passage o\u00f9 elle raconte l\u2019une de ses rencontres avec les \u00e9l\u00e9phants est assez \u00e9vocateur\u00a0: \u00ab\u00a0Je fermai les yeux et reniflai leur odeur, attentive au bruit plaisant que les \u00e9l\u00e9phants faisaient en arrachant l\u2019herbe avec leurs trompes. Aucun bruit de pas\u00a0: je ne distinguais rien d\u2019autre que le vent, le son de l\u2019herbe arrach\u00e9e et l\u2019odeur de la pluie se rapprochant de nous\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 35). L\u2019observation des animaux ainsi qu\u2019une plong\u00e9e sensorielle dans les \u00e9motions olfactives issues de l\u2019environnement imm\u00e9diat procurent \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne une v\u00e9ritable paix int\u00e9rieure.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Par ailleurs, les promenades en pleine nature l\u2019aident \u00e0 se ressourcer, \u00e0 se red\u00e9couvrir et \u00e0 revivre avec plus de pl\u00e9nitude. Saisissant l\u2019Afrique dans sa totalit\u00e9, Esm\u00e9 affirme : \u00ab\u00a0L\u2019effet qu\u2019avait sur moi l\u2019Afrique\u00a0: elle remettait les choses \u00e0 leur place, ou plut\u00f4t \u00e0 la place qui aurait d\u00fb, d\u00e8s le d\u00e9part, \u00eatre la leur. Dans ce pays, l\u2019amour paraissait enfin n\u00e9cessaire, et c\u2019\u00e9tait un soulagement que d\u2019\u00e9prouver de la confiance\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 131). Elle entrevoit \u00e9galement la vie sauvage mais paisible et innocente dans lequel prosp\u00e8re le monde animal en Afrique. Dans sa contemplation de ce monde, elle r\u00eave de vivre le bonheur qu\u2019elle imagine exister parmi les animaux. C\u2019est ainsi qu\u2019apr\u00e8s sa premi\u00e8re rencontre avec Adam, et \u00e0 la suite d\u2019une nuit assez mouvement\u00e9e \u00e0 penser \u00e0 cet homme qui cristallise d\u00e9sormais son attention et ses pens\u00e9es, elle \u00e9voque avec passion un tableau vivant mettant en sc\u00e8ne des hippopotames\u00a0: \u00ab\u00a0Je me r\u00e9veillai le lendemain matin \u00e0 l\u2019aube, [\u2026] m\u2019installai au bord de la rivi\u00e8re pour regarder les hippopotames toujours assoupis sur la rive, vautr\u00e9s les uns sur les autres. Une famille heureuse, en somme. J\u2019aurais aim\u00e9 passer une nuit aussi belle que la leur\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 41). La magie que vit Esm\u00e9 se poursuit \u00e0 travers ce passage\u00a0: \u00ab\u00a0Les cheveux plaqu\u00e9s sur les tempes, je me p\u00e9n\u00e9trais de l\u2019espace, de la pluie, de l\u2019odeur des animaux et du riche parfum s\u2019\u00e9levant de la terre. [\u2026] Le jour se couchait et, autour de nous, l\u2019air se chargeait de sons comme une fosse d\u2019orchestre avant la r\u00e9p\u00e9tition\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 36 et p. 39). Le survol \u00e0 bord d\u2019un avion de tourisme des paysages environnant le mont Kilimandjaro fait certainement partie des moments inoubliables et magiques au cours desquels Esm\u00e9 aura touch\u00e9 du doigt la gu\u00e9rison tant esp\u00e9r\u00e9 si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 la description laudative et intens\u00e9ment \u00e9motionnelle qui s\u2019en d\u00e9gage\u00a0: \u00ab\u00a0Le paysage \u00e9tait renversant. \u00c0 mesure que la brume du matin se dissipait peu \u00e0 peu, on pourrait apercevoir la silhouette du Kilimandjaro se profiler plus nettement sur l\u2019horizon et distinguer son sommet enneig\u00e9. Au-dessous de nous, les collines verdoyantes, aussi lisses et fermes que des seins de femmes, formaient des vagues qui descendaient doucement vers la vaste plaine, comme un oc\u00e9an vert. On serait cru sur le toit du monde\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 180). C\u2019est toute une m\u00e9tonymie de l\u2019Afrique paradisiaque qui s\u2019offre \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne,\u00a0 car m\u00eame si elle per\u00e7oit le mont Kilimandjaro au loin, elle est \u00e9blouie par ce qu\u2019elle voit et boulevers\u00e9e par le cort\u00e8ge d\u2019\u00e9motions positives qui prennent possession de son \u00eatre. \u00a0<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">En quittant l\u2019Italie pour l\u2019Afrique, l\u2019h\u00e9ro\u00efne Esm\u00e9 esp\u00e9rait rompre avec le familier et faire corps\u00a0 avec l\u2019\u00e9tranger. Elle n\u2019ignorait pas non plus les d\u00e9fis qu\u2019il lui faudrait relever pour se r\u00e9aliser pleinement. Elle r\u00e9invente donc r\u00e9guli\u00e8rement son quotidien en Afriqueafin de se reconstruire. Pour rendre sa vie africaine supportable, elle doit s\u2019adapter \u00e0 son nouveau milieu\u00a0: pour ce faire, elle \u00e9paule parfois Adam dans l\u2019organisation des safaris, l\u2019accompagne lors de certaines randonn\u00e9es, participe r\u00e9guli\u00e8rement aux d\u00eeners avec la communaut\u00e9 blanche, partage la compagnie des hommes de m\u00e9dias et du monde du cin\u00e9ma aupr\u00e8s de qui elle acquiert de l\u2019exp\u00e9rience, exerce de petits m\u00e9tiers pour vaincre sa propre pr\u00e9carit\u00e9 et se refaire une sant\u00e9 professionnelle (accompagnatrice de safaris, agente publicitaire, reporter\u2026). Par exemple, apr\u00e8s six mois pass\u00e9s dans la brousse kenyane, elle \u00e9prouve le besoin de se rendre \u00e0 Nairobi pour chercher du travail\u00a0: \u00ab\u00a0Il \u00e9tait temps pour moi de retourner \u00e0 Nairobi et d\u2019y trouver du travail. Il me fallait trouver une bonne raison d\u2019exister. [\u2026] J\u2019avais d\u00e9sormais l\u2019Afrique dans la peau. Il me fallait \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9couvrir ma voie\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 100). Elle se voit notamment proposer par le magazine <em>Vogue<\/em> un boulot de reporter sur les correspondants de guerre\u00a0; ce qu\u2019elle accepte avec une grande satisfaction (<em>Ibid<\/em>., pp. 110-111). Chez <em>Vogue<\/em>, elle travaille sur les correspondants de guerre en Somalie o\u00f9 un conflit sanglant fait rage, particuli\u00e8rement \u00e0 Mogadiscio\u00a0; les journalistes y sont r\u00e9guli\u00e8rement cibl\u00e9s par les groupes arm\u00e9s.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Esm\u00e9 pr\u00e9conise donc l\u2019adaptation en terre africaine comme philosophie de (sur)vie\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Afrique est la patrie de la m\u00e9canique. [\u2026] Oubliez le progr\u00e8s. Ici, tout est question d\u2019entretien\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 79). On peut relever, pour le d\u00e9plorer, les pr\u00e9jug\u00e9s sur l\u2019immobilisme du continent africain qui \u00e9mergent de ce discours. Il est clair que pour Francesca Marciano, qui reprend les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux sur l\u2019incapacit\u00e9 des Africains \u00e0 suivre la marche du progr\u00e8s, l\u2019Afrique est rest\u00e9e ce \u00ab\u00a0c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres\u00a0\u00bb dont parlait Michel Conrad. Jean-Marc Moura (2006, en ligne) a donc raison de souligner\u00a0: \u00ab\u00a0Ces mythes justifiant la conqu\u00eate imp\u00e9riale se retrouvent dans des \u0153uvres qui exaltent l\u2019aventure en terre \u00e9trang\u00e8re. [\u2026] L\u2019imagination narrative a ainsi forg\u00e9 ses propres images et mythes de la domination imp\u00e9riale.\u00a0\u00bb L\u2019adaptation que recommande l\u2019h\u00e9ro\u00efne touche \u00e9galement \u00e0 la langue indig\u00e8ne et aux techniques de chasse, car il faut s\u2019acclimater assez t\u00f4t pour ne pas perdre pied sur une terre que les voyageurs connaissent \u00e0 peine. Ainsi, partant de sa propre exp\u00e9rience, Esm\u00e9 recommande\u00a0: \u00ab\u00a0Tout ce que vous faites, il faut que vous donniez l\u2019impression de l\u2019avoir fait toute votre vie, qu\u2019il s\u2019agisse de parler couramment la langue massai, de tuer les oiseaux au lance-pierre ou de capturer un rhinoc\u00e9ros au lasso\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 82). Au-del\u00e0 de la question linguistique, Esm\u00e9 entretient des liens assez amicaux avec les indig\u00e8nes d\u2019Afrique\u00a0: bonne compagnie, randonn\u00e9es sous bonne escorte, complicit\u00e9 sans borne, sourire bon enfant, tels sont quelques mots cl\u00e9s qui r\u00e9sument ses rapports avec les tribus locales, et sp\u00e9cifiquement les Moranes. Aussi peut-elle dire au sujet d\u2019une de ses promenades en compagnie de Diani et Lenjo, deux guerriers moranes\u00a0: \u00ab\u00a0Nous marchions en silence, nous contentant d\u2019\u00e9couter les bruits de la brousse et de sentir l\u2019air frais du matin caresser nos bras et nos jambes\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 89). Apr\u00e8s avoir savour\u00e9 longuement les charmes de la nature avec ces m\u00eame guerriers, elle partage cette sc\u00e8ne avec le lecteur\u00a0: \u00ab\u00a0Toujours agripp\u00e9s les uns aux autres, secou\u00e9s d\u2019un m\u00eame rire hyst\u00e9rique, nous avions l\u2019air des enfants en train de jouer\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 92).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Les intertextes et les figures artistiques qui se d\u00e9voilent du r\u00e9cit jouent un r\u00f4le non n\u00e9gligeable dans la d\u00e9marche th\u00e9rapeutique de reconstruction de la narratrice. On peut le voir notamment au moment de son arriv\u00e9e en Afrique o\u00f9, \u00e0 travers un intertexte historique, l\u2019h\u00e9ro\u00efne se pr\u00e9sente dans la posture de conqu\u00e9rante, s\u00fbre de son fait\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0C\u2019est que je me sentais forte\u00a0! On aurait dit Napol\u00e9on au d\u00e9but d\u2019une campagne\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 17). Pour renforcer son propos, elle indiquera plus tard\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait vraiment excitant. L\u2019Afrique incarnait le danger, les t\u00e9n\u00e8bres, la confrontation possible avec la mort. Et comme nul ne l\u2019ignore, il n\u2019y a rien de plus \u00e9rotique que la peur\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 85). En plus, les intertextes participent de la description des paysages idylliques que l\u2019h\u00e9ro\u00efne d\u00e9couvre en Afrique et qui font son bonheur. En Afrique, \u00ab\u00a0tu te crois devant un \u00e9cran g\u00e9ant, en train de regarder un bulletin m\u00e9t\u00e9o cosmique\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 22), dit-elle au sujet des vastes paysages s\u2019\u00e9tendant \u00e0 l\u2019infini et qui prennent possession du regard de tout observateur. Elle emprunte ainsi \u00e0 un intertexte m\u00e9diatique pour souligner son admiration devant le spectacle saisissant qu\u2019offrent les paysages africains.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">En outre, s\u2019\u00e9tant toujours sentie plus proche de son p\u00e8re que de sa m\u00e8re, Esm\u00e9 revient sur un \u00e9pisode de son enfance, non sans quelques regrets\u00a0: \u00ab\u00a0Nous l\u2019aimions \u00e0 la folie. Il \u00e9tait notre roi. Je vivais mon complexe d\u2019\u00c9lectre sans la moindre r\u00e9serve. Apr\u00e8s tout, je n\u2019avais personne d\u2019autre \u00e0 qui m\u2019attacher\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 28). L\u2019intertexte mythologique du complexe d\u2019\u00c9lectre est choisi \u00e0 dessein car il fait allusion \u00e0 une \u00e9tape de la vie au cours de laquelle les petites filles et m\u00eame les adolescentes recherchent davantage l\u2019attention de leur p\u00e8re au d\u00e9triment de leur m\u00e8re qu\u2019elles per\u00e7oivent comme une rivale. Et vu que la m\u00e8re d\u2019Esm\u00e9 n\u2019a pas fait grand-chose durant sa tendre enfance pour gagner son affection, l\u2019h\u00e9ro\u00efne s\u2019est sentie rejet\u00e9e et a naturellement trouv\u00e9 refuge dans les bras de son p\u00e8re. Au final, la mort de son p\u00e8re lui rappelle la fragilit\u00e9 de la vie et le caract\u00e8re \u00e9vanescent, futile, et presque inutile des objets du quotidien qu\u2019elle d\u00e9signe en recourant \u00e0 la m\u00e9taphore de la litt\u00e9rature et des autres arts (peinture, architecture, sculpture)\u00a0: \u00ab\u00a0La mani\u00e8re dont il mourut nous enseigna \u00e0 tous que les \u00e9tag\u00e8res bourr\u00e9es de livres que nous n\u2019avions pas le droit de vendre \u2013 les sonnets de Shakespeare, les quatrains de Dante, les tableaux de Piero della Francesca et les lois de la perspective de Brunelleshi \u2013 ne servaient \u00e0 rien\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 30).<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Certains intertextes sont pour Esm\u00e9 une source d\u2019inspiration, car elle puise dans ceux-ci pour b\u00e2tir sa propre r\u00e9alit\u00e9. On le d\u00e9couvre par le biais d\u2019une r\u00e9plique du personnage Peter lors d\u2019un \u00e9change avec Esm\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Blixen et Hemingway ont cr\u00e9\u00e9 la mythologie du lieu en communiquant leur vision romanesque\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 75). Compte tenu de la peinture \u00e9logieuse de ces auteurs par Esm\u00e9, on comprend ais\u00e9ment que leurs \u0153uvres, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019outils p\u00e9dagogiques, l\u2019ont guid\u00e9e dans sa propre repr\u00e9sentation exotique voire romanesque du continent africain. Comme le reconna\u00eet Daniel-Henri Pageaux (1994\u00a0: 38), \u00ab\u00a0le voyage imaginaire r\u00e9cup\u00e8re les \u00ab\u00a0\u00e0-c\u00f4t\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e9motifs de tout voyage, mais se transforme en une p\u00e9r\u00e9grination dans les livres, un voyage dans les mots \u00e0 partir desquels se d\u00e9veloppe, s\u2019\u00e9tire la fantaisie onirique et lexicale du voyageur-narrateur\u00a0\u00bb. Par exemple, Esm\u00e9 voue un v\u00e9ritable culte \u00e0 l\u2019\u00e9crivaine danoise Karen Blixen qu\u2019elle consid\u00e8re comme un mod\u00e8le qui devrait inspirer tout Occidental qui d\u00e9sire \u00e9pouser la vie africaine et s\u2019adapter aux r\u00e9alit\u00e9s locales. Ainsi, en dehors d\u2019Ernest Hemingway dont elle admire la po\u00e9tique romanesque et paysag\u00e8re, elle se d\u00e9lecte des textes de Blixen, notamment <em>La ferme africaine<\/em>\u00a0; se rend r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l\u2019institut de beaut\u00e9 de Karen pour se refaire les cheveux\u00a0; fait constamment ses achats dans le centre commercial de la femme de lettres danoise. Elle fait quasiment corps avec l\u2019\u00e9criture et la vie africaine de Karen Blixen. Il est \u00e9vident, comme l\u2019atteste Dominique Maingueneau (2004\u00a0: 77) que \u00ab\u00a0l\u2019Art n\u2019a pas d\u2019autre lieu que ce mouvement, l\u2019impossibilit\u00e9 de se fermer sur soi-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Les multiples autres r\u00e9f\u00e9rences intertextuelles qui pullulent dans le roman ne sont pas un fait du hasard. Qu\u2019il s\u2019agisse des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la litt\u00e9rature, \u00e0 la presse, \u00e0 l\u2019univers de la mode ou aux arts en g\u00e9n\u00e9ral (cin\u00e9ma, peinture, architecture\u2026), elles sont pour la narratrice autant de visages \u00e0 travers lesquels elle essaie de s\u2019identifier afin de corriger ses propres imperfections. \u00c0 titre d\u2019illustration, lors d\u2019un d\u00e9jeuner avec Nicole dans une gargote de Nairobi, le d\u00e9cor \u00e9clectique, assez bric-\u00e0-brac et peu soign\u00e9 des lieux, tr\u00e8s loin du d\u00e9cor des restaurants hupp\u00e9s, lui rappelle un film du cin\u00e9aste am\u00e9ricain David Lunch\u00a0: \u00ab\u00a0Les murs sont tapiss\u00e9s de panneaux de plastiques\u00a0; il y a des tas de ventilateurs et de mouches\u00a0: c\u2019est un d\u00e9cor sorti tout droit d\u2019un film de David Lunch. [\u2026] L\u2019id\u00e9e nous pla\u00eet d\u2019\u00eatre deux Blanches en train de d\u00e9jeuner du mauvais c\u00f4t\u00e9 de la ville\u00a0\u00bb (<em>AFR<\/em>, p. 16), dit-elle dans un style r\u00e9aliste et affectif qui montre qu\u2019elle se d\u00e9lecte de cette exp\u00e9rience originale. De la m\u00eame mani\u00e8re, elle voit en son p\u00e8re Fernandino une r\u00e9f\u00e9rence du monde litt\u00e9raire occidental\u00a0: \u00ab\u00a0En tant que po\u00e8te, mon p\u00e8re \u00e9tait un parfait repr\u00e9sentant du XXe si\u00e8cle europ\u00e9en. [\u2026] Je lui trouvais l\u2019allure d\u2019un chevalier m\u00e9di\u00e9val vieillissant\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., pp. 25-26). La vue des paysages \u00e0 couper le souffle qui font le charme du Kilimandjaro et de ses environs actualise dans la m\u00e9moire de l\u2019h\u00e9ro\u00efne l\u2019\u00e9crivain am\u00e9ricain Ernest Hemingway\u00a0: \u00ab\u00a0Les vertes collines d\u2019Afrique. C\u2019est de l\u00e0 que Hemingway a tir\u00e9 le titre de sa nouvelle, non\u00a0?\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>., p. 180). Sans doute a-t-elle d\u00e9gust\u00e9 auparavant les \u0153uvres d\u2019Hemingway et plus pr\u00e9cis\u00e9ment <em>Les vertes collines d\u2019Afrique<\/em> (1937) et <em>Les neiges du Kilimandjaro<\/em> (1957). Gr\u00e2ce \u00e0 sa d\u00e9couverte et sa contemplation g\u00e9ographique du Kilimandjaro, elle est pass\u00e9e du r\u00eave, de l\u2019imagination \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, car elle profite d\u00e9sormais de la po\u00e9sie des lieux. En effet, elle souhaite se d\u00e9barrasser d\u2019un moi encombrant pour laisser place \u00e0 un moi qui respire la joie de vivre. Et les intertextes, comme pr\u00e9sences de \u00ab\u00a0textes\u00a0\u00bb \u00e9trangers dans le texte d\u2019accueil, y auront particip\u00e9 \u00e0 plus d\u2019un titre.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p class=\"has-text-align-justify\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">Au demeurant, \u00e0 travers une h\u00e9ro\u00efne motiv\u00e9e par sa soif de rencontres et son ouverture \u00e0 l\u2019ailleurs, <em>L\u2019Africaine<\/em> de Francesca Marciano constitue un mod\u00e8le litt\u00e9raire en ce qui concerne la l\u2019apport de l\u2019Autre dans la (re)construction identitaire. Aucune figure de l\u2019\u00e9tranger n\u2019aura laiss\u00e9 Esm\u00e9 indiff\u00e9rente. L\u2019\u00e9tranger prend alors chez elle diverses colorations\u00a0: une Afrique fascinante et \u00e9trange\u00a0; un p\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 mais dont l\u2019image demeure omnipr\u00e9sente\u00a0; une Italie natale dont l\u2019\u00e9loignement renforce chez Esm\u00e9 l\u2019id\u00e9e de la retrouver pour l\u2019\u00e9treindre\u00a0; deux amants \u00e0 la fois pr\u00e9sents et absents qui permettront \u00e0 Esm\u00e9 de faire concomitamment l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019amour et de la passion\u00a0; des intertextes qui, au m\u00eame moment qu\u2019ils cr\u00e9ent des interactions entre <em>L\u2019Africaine<\/em> et les autres textes, permettent \u00e0 l\u2019h\u00e9ro\u00efne de construire des ponts entre elle et les figures mythologiques, m\u00e9diatiques et artistiques qu\u2019elle glorifie. Esm\u00e9 aura su explorer les tr\u00e9sors que peut contenir l\u2019\u00e9tranger afin de reb\u00e2tir son identit\u00e9 et sa vie prises dans l\u2019incertitude du pr\u00e9sent et des lendemains. T\u00e9moin d\u2019un monde o\u00f9 les replis identitaires sont devenus monnaie courante, Francesca Marciano, dans un r\u00e9cit qui ressemble \u00e9trangement \u00e0 une autobiographie voil\u00e9e, nous parle et nous demande par la m\u00eame occasion de dialoguer, de nous embrasser sans crainte, d\u2019accepter l\u2019Autre avec ses d\u00e9fauts, car c\u2019est la seule fa\u00e7on d\u2019apaiser les tensions entre les peuples. Les conflits de toutes sortes perdureront, empoisonneront et ensanglanteront davantage le monde si les humains continuent \u00e0 se regarder en chiens de fa\u00efence comme si notre plan\u00e8te \u00e9tait la chasse gard\u00e9e des uns en situation de privil\u00e9gi\u00e9s face aux autres consid\u00e9r\u00e9s comme de simples intrus \u00e0 \u00e9liminer. Nous devons sortir de cette spirale n\u00e9gative. Le pamphlet d\u2019Amin Maalouf (<em>Les identit\u00e9s meurtri\u00e8res<\/em>, 2001) sur ce qu\u2019est devenu le monde doit nous interpeller et nous amener \u00e0 changer de paradigme pour enfin promouvoir le langage de l\u2019amour, de la rencontre et du respect de l\u2019Autre dans sa diff\u00e9rence. D\u00e8s lors, cette recommandation de Julia Kristeva (1988\u00a0: 11) au sujet de l\u2019attitude \u00e0 adopter face \u00e0 l\u2019\u00e9tranger demeure d\u2019une br\u00fblante actualit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ne pas chercher \u00e0 fixer, \u00e0 chosifier l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de l\u2019\u00e9tranger. Juste la toucher, l\u2019effleurer, sans lui donner de structure d\u00e9finitive. [\u2026] S\u2019\u00e9vader de sa haine et de son fardeau, les fuir non par le nivellement et l\u2019oubli, mais par la reprise <em>harmonieuse<\/em> des diff\u00e9rences qu\u2019elle suppose et propage\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rence bibliographiques <\/strong><\/span><\/p>\r\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">\n\n\n\n<\/span><\/p>\r\n<ul class=\"wp-block-list\">\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">AMOSSY, Ruth et HERSCHBERG PIERROT, Anne, <em>St\u00e9r\u00e9otypes et clich\u00e9s<\/em>, Paris, Nathan, 1997.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">BARTHES, Roland, \u00ab\u00a0Th\u00e9orie du texte\u00a0\u00bb, in <em>Encyclop\u00e9die Universalis<\/em>, 1973.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">BENBASSA, Esther (dir.), <em>Dictionnaire des racismes, de l\u2019exclusion et des discriminations<\/em>, Paris, Larousse, 2010.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">BLIXEN, Karen, <em>La ferme\u00a0 africaine<\/em>, Paris, Gallimard, 1998.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">FOTSING MANGOUA, Robert, \u00ab\u00a0Vocabulaire animalier et repr\u00e9sentation du Noir dans <em>La ferme africaine<\/em> de Karen Blixen\u00a0\u00bb, in <em>Universit\u00e9, Recherche et D\u00e9veloppement<\/em>, Saint-Louis, n\u00b013, 2006, pp. 135-148.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">GUIYOBA, Fran\u00e7ois, \u00ab\u00a0Des Antipodes \u00e0 l\u2019\u0152coum\u00e8ne\u00a0: bilan et perspectives de l\u2019imagologie africaine en Occident\u00a0\u00bb, Communication lors du congr\u00e8s de l\u2019International Comparative Literature Association, 2004, in <em>Actes du 16<sup>e<\/sup> congr\u00e8s de l\u2019AILC<\/em>, Hong-Kong, en ligne, URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.byu.edu\/icla\/association\/publications.html\">http:\/\/www.byu.edu\/icla\/association\/publications.html<\/a> (consult\u00e9 le 17 ao\u00fbt 2015).<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><em>JOUVE, Vincent, <\/em><em>La po\u00e9tique du roman<\/em><em>, Paris, Armand Colin, 2007. <\/em><\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\"><em>KRISTEVA, Julia, <\/em><em>\u00c9trangers \u00e0 nous-m\u00eames<\/em><em>, Paris, Fayard, 1988.\u00a0 <\/em><\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">KRISTEVA, Julia, <em>S\u00e8m\u00e9i\u00f4tik\u00e8<\/em>.\u00a0<em>Recherches pour une s\u00e9manalyse<\/em><em>, Paris, Seuil, 1969.<\/em><\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MAALOUF, Amin, <em>Les identit\u00e9s meurtri\u00e8res<\/em>, Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale fran\u00e7aise, 2001.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MAINGUENEAU, Dominique, <em>Le discours litt\u00e9raire. Paratopie et sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation<\/em>, Paris, Armand Colin, 2004.\u00a0<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MARCIANO, Francesca, <em>L\u2019Africaine<\/em>, Paris, Belfond, 1999.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MBAH, Maurice, \u00ab\u00a0Ethnocentrisme occidental dans les r\u00e9cits de voyageurs en Afrique\u00a0\u00bb, <em>Revue Annales du patrimoine<\/em>, Universit\u00e9 de Mostaganem, N\u00b0 22, septembre 2022, pp. 121-140.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MBAH, Maurice, \u00ab\u00a0<em>Le terroriste noir de<\/em> Tierno Monemembo. Restitution de la v\u00e9rit\u00e9 historique en hommage aux tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais morts pour la France\u00a0\u00bb, in FOUELEFACK KANA, C\u00e9lestine Colette et NZESS\u00c9, Ladislas (dir.), <em>Patrimoine culturel africain\u00a0: mat\u00e9riau pour l\u2019histoire, outil de d\u00e9veloppement<\/em>, Paris, L\u2019Harmattan, 2017, pp. 321-334.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MBEMBE, A., \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que la pens\u00e9e postcoloniale\u00a0?\u00a0Entretien avec Achille Mbembe\u00a0\u00bb, in <em>Esprit<\/em>, n\u00b010, 2006, pp. 117-133.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MOURA, Jean-Marc, <em>L\u2019Europe litt\u00e9raire et l\u2019ailleurs<\/em>, Paris, PUF, 1998.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MOURA, Jean-Marc, <em>Litt\u00e9ratures francophones et th\u00e9orie postcoloniale<\/em><em>, <\/em>Paris, PUF, 1999.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">MOURA, Jean-Marc, \u00ab\u00a0Postcolonialisme et comparatisme\u00a0\u00bb, <em>Vox Poetica<\/em>, mis en ligne le 20 mai 2006, [en ligne] URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.vox-poetica.com\/slfgc\/bilio\/moura.html\">http:\/\/www.vox-poetica.com\/slfgc\/bilio\/moura.html<\/a> (consult\u00e9 le 20\/08\/2022).\u00a0 \u00a0<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">PAGEAUX, Daniel-Henri, <em>La litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9rale et compar\u00e9e<\/em>, Paris, Armand Colin, 1994.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">PAGEAUX, Daniel-Henri, \u00ab\u00a0Recherche sur l\u2019imagologie\u00a0: de l\u2019Histoire culturelle \u00e0 la Po\u00e9tique\u00a0\u00bb, in <em>Revista de Filologia Francesa<\/em> N\u00b08, Madrid, Servicio de Publicationes. Univ. Complutense, 1995, pp. 133-161.\u00a0<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">PEREC, Georges, <em>Les choses<\/em>, Paris, Julliard, 1965.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">SA\u00cfD, Edward, <em>L\u2019orientalisme. L\u2019Orient cr\u00e9\u00e9 par l\u2019Occident<\/em>, Paris, Seuil, 1980.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">SAMOYAULT, Tiphaine, <em>L\u2019intertextualit\u00e9. M\u00e9moire de la litt\u00e9rature<\/em>, Paris, Nathan, 2001.<\/span><\/li>\n\n\r\n\r\n\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino;\">SARTRE, Jean-Paul, <em>Huis clos <\/em>suivi de<em> Les mouches<\/em>, Paris, Gallimard, 1947.<\/span><\/li>\n\n<\/ul>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/898?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/898?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le pr\u00e9sent article a pour objectif de montrer comment Esm\u00e9, narratrice et h\u00e9ro\u00efne du roman L\u2019Africaine de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1980,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","om_disable_all_campaigns":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[],"class_list":["post-898","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-maurice-mbah"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Capture-decran-le-2024-04-13-a-07.27.55.png","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=898"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/898\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1981,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/898\/revisions\/1981"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1980"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}