{"id":1463,"date":"2023-07-11T23:22:55","date_gmt":"2023-07-11T21:22:55","guid":{"rendered":"https:\/\/carnet-critique.com\/?p=1463"},"modified":"2024-04-13T06:00:20","modified_gmt":"2024-04-13T04:00:20","slug":"la-mort-dans-les-nouvelles-orientales-de-marguerite-yourcenar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/2023\/07\/11\/la-mort-dans-les-nouvelles-orientales-de-marguerite-yourcenar\/","title":{"rendered":"LA MORT DANS LES NOUVELLES ORIENTALES DE MARGUERITE YOURCENAR"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0:<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La mort est une isotopie visible dans les <em>Nouvelles Orientales<\/em> de Marguerite Yourcenar. Elle y raconte plusieurs histoires au sein desquelles \u02bal\u2019obscur ennemi\u02ba fait objet de narration. Les fables aux titres \u00e9vocateurs (<em>Le lait de la mort, K\u00e2li d\u00e9capit\u00e9e, La veuve Aphrodissia,<\/em> etc.) g\u00e9n\u00e8rent des fictions centr\u00e9es sur le deuil, la damnation, l\u2019existence tourment\u00e9e. Les r\u00e9cits aux allures de contes font d\u00e9couvrir la mort sous les facettes du merveilleux et du mythologique. L\u2019\u00e9crivaine utilise le processus du voyage pour faire d\u00e9couvrir des l\u00e9gendes de l\u2019Orient sous une encre nouvelle avec un style captivant l\u2019imaginaire du lecteur. Elle instaure dans ses r\u00e9cits une dynamique narrative qui fait appr\u00e9cier le pas lent de l\u2019humanit\u00e9 vers la fin programm\u00e9e\u00a0; et cela, \u00e0 travers la repr\u00e9sentation du corps souffrant, du pouvoir br\u00fblant, de la vieillesse \u00e9touffante, de la jeunesse bris\u00e9e. Il importe donc de savoir quelles sont les formes de repr\u00e9sentation de la mort dans les <em>Nouvelles Orientales<\/em> de Marguerite Yourcenar. En partant de cette directive de recherche, l\u2019article vise \u00e0 \u00e9tudier la mort symbolique, la mort tragique, la mort insolite et la mort h\u00e9ro\u00efque.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>Mots-cl\u00e9s\u00a0: <\/strong><em>Mort, Nouvelle, Corps, Vieillesse, \u00a0Deuil, Souffrance<strong>.<\/strong><\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>Abstract:<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Death is a visible isotopy in <em>Les Nouvelles Orientales<\/em> of Marguerite Yourcenar. She tells several stories in which the obscure enemy is the subject of narration. Fables with evocative titles \u00a0(<em>Le lait de la mort, K\u00e2li d\u00e9capit\u00e9e, La veuve Aphrodissia,<\/em> etc.) generate contre fictions on mourning, damnation, tormented existence. Stories with the appearance of tales make death discover under the facets of marvelous and mythological. The writer uses the process of trip to make discover legends of the east under a new ink with a style captivating the imagination of the reader. It establishes in its stories a narrative dynamic which makes appreciate the slow step of humanity towards the end programmed; and this, through the representation of the suffering body, of burning power, suffocating old age, and broken youth. It is therefore important to know what are the forms of representation of death in <em>Les Nouvelles Orientales<\/em> by Marguerite Yourcena. Starting from this research directive, the article scientific aims to study symbolic death, tragic death, unusual death and heroic death.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>Keywords: <\/strong>Death, New, Body, Old age, Mourning, Suffering<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cet article traite de la mort dans les <em>Nouvelles Orientales<\/em>. Pour avoir une pleine conscience de cet objet sensible de recherche, il faille d\u00e9buter par une r\u00e9flexion sur le th\u00e8me en question. Savoir \u00ab\u00a0qu\u2019est-ce que la mort\u00a0?\u00a0\u00bb n\u2019est jamais une t\u00e2che simple. S\u2019il est vrai que cette interrogation demande une r\u00e9ponse concr\u00e8te, les philosophes Jules Vuillemin, Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch et Jacques Derrida s\u2019accordent partiellement sur la r\u00e9ponse. Marguerite Yourcenar, quant \u00e0 elle, utilise la nouvelle pour instruire sur le fait que la mort est la synth\u00e8se et non l\u2019antith\u00e8se de la vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En 1948 un livre au titre bien r\u00e9serviste\u00a0fut \u00e9dit\u00e9 : <em>Essai sur la signification de la mort.<\/em> L\u2019auteur, Jules Vuillemin, dans sa tentative d\u2019appr\u00e9hender le sens de la mort, reconnait la difficult\u00e9 \u00e0 saisir un tel objet de recherche, qui traverse plusieurs sciences telles que la biologie, la sociologie, la th\u00e9ologie et la philosophie. Que signifie la mort\u00a0? Elle est l\u2019entretien ultime que l\u2019\u00eatre a avec le monde avant un voyage \u00e0 l\u2019itin\u00e9raire d\u00e9crit vaguement malgr\u00e9 l\u2019\u00e9volution des r\u00e9flexions scientifiques sur cette part \u00e9trange de la vie. L\u2019homme \u00e9tant caract\u00e9ris\u00e9 par son \u00ab\u00a0imagination de l\u2019avenir\u00a0et du possible \u00bb (Vuillemin, 1948\u00a0: 9) trouve dans la mort une mystique, une inconnue que la religion permet d\u2019anticiper avec plus de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. En cela, l\u2019homme s\u2019applique \u00e0 des pratiques pour que la mort ne soit pas un point final \u00e0 la vie, mais surtout un autre \u00ab\u00a0lieu d\u2019invention de soi\u00a0\u00bb (<em>Ibid.\u00a0<\/em>: 268). L\u2019homme tend naturellement vers une fin programm\u00e9e qu\u2019il faut accepter avec grandeur d\u2019\u00e2me.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette hauteur d\u2019esprit face au tr\u00e9pas est communiqu\u00e9e par Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch. Il enseigne que \u00ab\u00a0la mort est un ph\u00e9nom\u00e8ne biologique, comme la naissance, la pubert\u00e9 et le vieillissement\u00a0\u00bb (1977\u00a0: 12). Il n\u2019y a donc pas de raison \u00e0 en avoir peur\u00a0: la mort est la suite logique de la vie. Cependant, elle est souvent diabolis\u00e9e dans les m\u00e9dias pour capter plus d\u2019attentions (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 16). Or, la mort n\u2019est rien de plus qu\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 biologique qui permet de rappeler \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 une finitude souvent difficile \u00e0 comprendre tant l\u2019Homme sain d\u2019esprit aime la vie. En raison de cette finalit\u00e9, il cherche \u00e0 faire de sa vie un moment de pl\u00e9nitude par la r\u00e9flexion, l\u2019acquisition, la relation. En esp\u00e9rant une mort naturelle, l\u2019\u00eatre social est incertain du jour de son d\u00e9part pour l\u2019au-del\u00e0 puisque la mort intervient au \u00ab\u00a0temps kairologique originaire\u00a0\u00bb (Ciocan, 2014\u00a0: 169), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 une date ind\u00e9termin\u00e9e \u00e0 l\u2019avance.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019attente ne saurait lui causer aucun trouble selon Jacques Derrida. Le philosophe voit la mort sous la loupe de la m\u00e9taphysique de Nietzsche. En prenant appui sur le penseur allemand, Derrida estime que la mort est un \u00ab\u00a0sommeil salutaire\u00a0\u00bb. Le d\u00e9sir d\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019homme est d\u00e8s lors une absurdit\u00e9 car la mort fait grandement partie de la vie. Il se refuse \u00e0 opposer la vie \u00e0 la mort \u00e0 travers l\u2019expression commune \u00ab\u00a0la vie et la mort\u00a0\u00bb, mais il pense que \u00ab\u00a0la vie <em>est<\/em> la mort\u00a0\u00bb. Derrida interroge le probl\u00e8me d\u2019opposition en inventant le concept \u00ab\u00a0la vie la mort\u00a0\u00bb, expression sans conjonction de coordination. En effet, la \u00ab\u00a0philosophie de la vie\u00a0\u00bb mise en place par le penseur con\u00e7oit que la mort naturelle c\u00e8de la place \u00e0 la vie spirituelle. La mort est une seconde vie. Elle n\u2019est pas seulement une rupture biologique. Elle peut \u00eatre aussi une rupture psychique. Autrement dit, l\u2019homme peut \u00eatre mort tout en \u00e9tant en vie et \u00eatre en vie tout en \u00e9tant mort (Derrida, 2019\u00a0: 10-90). La pr\u00e9sence de la mort ne doit pas conduire au renoncement de la vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Marguerite Yourcenar tergiverse moins sur le sens de la mort. Elle fait de ce th\u00e8me une r\u00e9alit\u00e9 pensable sous le prisme de la plume litt\u00e9raire. L\u2019\u00e9crivaine rend le chemin de l\u2019in\u00e9vitable plus abordable \u00e0 travers les figures mythologiques mises en fiction dans ses <em>Nouvelles Orientales<\/em>. Elle \u00e9crit l\u2019\u0153uvre en puisant les histoires dans le patrimoine immat\u00e9riel de la Chine, de l\u2019Inde, de l\u2019Albanie, de la Gr\u00e8ce. Mireille Blanchet-Douspis confie que Marguerite Yourcenar varie les moyens de constitution des intrigues dans ses \u0153uvres. Pourtant, une constante demeure\u00a0: l\u2019\u00e9crivaine est friande de la cr\u00e9ation de \u00ab\u00a0mythes litt\u00e9raires\u00a0\u00bb (2014\u00a0: 17) tout en jouant avec le \u00ab\u00a0caract\u00e8re \u00e9nigmatique de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 76) pour r\u00e9v\u00e9ler les richesses orales des pays qu\u2019elle visite en personne ou en lecture guid\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En privil\u00e9giant l\u2019esth\u00e9tique de la reconstitution, Yourcenar redonne un souffle particulier \u00e0 la Nouvelle au XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle. En effet, ce genre litt\u00e9raire dont l\u2019\u00e2ge d\u2019or est le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, selon P\u00e9dro M\u00e9ndez (2011\u00a0: 9), est toujours en qu\u00eate de reconnaissance. Il se positionne dans les pratiques litt\u00e9raires sans v\u00e9ritablement prendre la premi\u00e8re place en termes d\u2019\u00e9dition et de commercialisation. En d\u00e9pit de cette marginalit\u00e9, la Nouvelle a l\u2019art de proposer un \u00ab univers narratif\u00a0\u00bb (2011\u00a0: 13) impactant l\u2019\u00e2me humaine gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e9cits centr\u00e9s sur la progression rapide vers le d\u00e9nouement. C\u2019est pourquoi Panagiota Karpouzou a pu dire qu\u2019elle est une \u00ab\u00a0forme br\u00e8ve de la prose litt\u00e9raire\u00a0\u00bb avec \u00ab\u00a0une \u00e9criture proche de l\u2019oral\u00a0\u00bb dans laquelle l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9nonciation ironique\u00a0\u00bb est l\u2019un des contextes phares de communication (2001\u00a0: 6).\u00a0 Marguerite Yourcenar ne se limite pas \u00e0 ce seul registre communicatif. Elle harmonise une polyvalence de registres pour approcher au mieux les r\u00e9actions naturelles de \u00a0l\u2019homme dans son existence. \u00c0 ce propos, les situations tragique, path\u00e9tique, lyrique, \u00e9pique et fantastique se succ\u00e8dent au sein des textes pour capter les enjeux d\u2019une narration explicite sur la mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour le d\u00e9montrer, la m\u00e9thode th\u00e9matique est ad\u00e9quate vu que, selon Daniel Bergez, \u00ab\u00a0le th\u00e8me est en effet susceptible de renvoyer aussi bien \u00e0 un \u02bacontenu\u02ba qu\u2019\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 formelle\u00a0\u00bb (1998\u00a0: 102). Le choix de cette m\u00e9thode est effectu\u00e9 en raison du r\u00e9seau significatif qui se cr\u00e9e autour de la mort dans chaque nouvelle racont\u00e9e dans les diff\u00e9rents r\u00e9cits. La r\u00e9p\u00e9tition avec variation de ce th\u00e8me provoque un effet de pr\u00e9sence massive qui ne saurait passer inaper\u00e7u en lisant le contenu des r\u00e9cits. Le th\u00e8me de la mort se mat\u00e9rialise par des formulations de titres, des expressions verbales et discursives, des situations repr\u00e9sentatives. Dans le cadre de cette analyse, il est logique de savoir quelles sont les formes de repr\u00e9sentation de la mort dans les <em>Nouvelles Orientales<\/em> de Marguerite Yourcenar. En partant de cette question tacite, l\u2019article vise directement \u00e0 \u00e9tudier la mort symbolique, la mort tragique, la mort insolite et la mort h\u00e9ro\u00efque.<\/span><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong> La mort symbolique<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Les <em>Nouvelles Orientales<\/em> donnent l\u2019occasion au langage symbolique de se manifester par la force des images et des situations sortant du cadre ordinaire. En effet, les r\u00e9cits y ont plus ou moins un contact avec le r\u00e9alisme magique. Certains passages d\u00e9fient les lois de la rationalit\u00e9 et cela est de nature \u00e0 susciter une r\u00e9flexion accrue sur des faits symboliques.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il est \u00e9vident pour Paul Ric\u0153ur que \u00ab\u00a0le symbole donne \u00e0 penser\u00a0\u00bb (1960\u00a0: 324). Un tel point de vue trouve sa confirmation chez Marguerite Yourcenar. L\u2019\u00e9crivaine utilise \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 les signes symboliques pour attiser l\u2019imagination de son lecteur. Le r\u00e9cit <em>Comment Wang-F\u00f4 fut sauv\u00e9<\/em> laisse planer un myst\u00e8re sur la m\u00e9thode de lib\u00e9ration du personnage \u00e9ponyme. Le Vieux-peintre dans les ge\u00f4les de l\u2019Empereur se met \u00e0 peindre son dernier tableau avant que le Ma\u00eetre C\u00e9leste ne le fasse ex\u00e9cuter. Seul, devant sa peinture, il voit revenir son disciple Ling qui fut d\u00e9capit\u00e9 par un soldat. Un dialogue s\u2019entame\u00a0: \u00ab\u00a0&#8211; Je te croyais mort. &#8211; Vous vivant, dit respectueusement Ling, comment aurais-je pu mourir\u00a0?\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 25). Apr\u00e8s l\u2019\u00e9change, \u00ab\u00a0le peintre Wang-F\u00f4 et son disciple Ling disparurent \u00e0 jamais sur cette mer de jade bleu que Wang-F\u00f4 venait d\u2019inventer\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 27).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La mort symbolique intervient dans le fait que le disciple revienne d\u2019entre les morts gr\u00e2ce \u00e0 la peinture de son ma\u00eetre et par cette m\u00eame peinture, ils s\u2019\u00e9chappent d\u2019une ex\u00e9cution imminente. Si \u00e0 la base, \u00ab\u00a0la mort est le voyage qui s\u00e9pare pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb (Vuillemin, 1948\u00a0: 105), ici, elle est source de r\u00e9unification, car dans la pens\u00e9e chinoise antique, \u00ab\u00a0c\u2019est au pays des morts que se trouvent les sources de la vie\u00a0\u00bb (Granet, 2013\u00a0: 15). Apr\u00e8s la mort de Ling, celui-ci acquiert un \u00e9tat divin lui permettant de la transcender en vertu d\u2019une puissance spirituelle accessible apr\u00e8s la mort pour les personnes au c\u0153ur pur. Le tableau de peinture est \u00ab\u00a0l\u2019objet symbolique\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1982\u00a0: 203) qui permet au mort de revenir \u00e0 la vie en donnant \u00e0 l\u2019homme l\u2019id\u00e9e que la mort est une continuit\u00e9 de l\u2019existence pour ceux qui ont v\u00e9cu intens\u00e9ment leur passion. Ils sont en situation d\u2019apoth\u00e9ose gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u0153uvre d\u2019art qui leur donne acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 (Eba, 2023\u00a0: 404).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Une autre mort symbolique est lisible dans le texte intitul\u00e9 <em>K\u00e2li d\u00e9capit\u00e9e<\/em>. L\u2019histoire de la d\u00e9esse K\u00e2li est racont\u00e9e avec une po\u00e9sie du langage dont Marguerite Yourcenar est experte. Elle se sert du discours descriptif pour communiquer les valeurs symbolique et p\u00e9dagogique du mythe. Au niveau symbolique, il s\u2019agit de l\u2019histoire d\u2019une d\u00e9esse jalous\u00e9e par d\u2019autres dieux. En effet, \u00ab\u00a0les dieux jaloux guett\u00e8rent K\u00e2li un soir d\u2019\u00e9clipse, dans un c\u00f4ne d\u2019ombre, au coin d\u2019une plan\u00e8te complice. Elle fut d\u00e9capit\u00e9e par la foudre\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 123). Regrettant leur acte, ils redonnent vie \u00e0 la d\u00e9esse en lui adjoignant un nouveau corps, celui d\u2019une prostitu\u00e9e. Or, le corps h\u00f4te pousse la d\u00e9esse \u00e0 la d\u00e9bauche sexuelle, aux caresses interdites dans les quartiers mal fam\u00e9s (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 125). Cette d\u00e9gradation de rang conduit K\u00e2li \u00e0 devenir une tueuse en s\u00e9rie (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 126). Quel enseignement tirer d\u2019une telle l\u00e9gende populaire indienne\u00a0? La r\u00e9ponse est donn\u00e9e par un sage que K\u00e2li rencontre dans la for\u00eat\u00a0: \u00ab\u00a0&#8211; Nous sommes tous incomplets, dit le Sage. Nous sommes tous partag\u00e9s, fragments, ombres, fant\u00f4mes sans consistance. Nous avons tous cru pleurer et cru jouir depuis des s\u00e9quelles de si\u00e8cles\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 127). La l\u00e9gende de K\u00e2li est racont\u00e9e au lecteur-auditeur pour justifier la nature fragment\u00e9e de l\u2019homme soumis aux vices et aux vertus du monde. La mort symbolique de la d\u00e9esse d\u00e9chue fait comprendre la dualit\u00e9 humaine et la qu\u00eate constante de soi qui animent toute l\u2019humanit\u00e9 imparfaite. L\u2019histoire incroyable de cette divinit\u00e9 donne une tonalit\u00e9 tragique au r\u00e9cit.<\/span><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\" start=\"2\">\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong> La mort tragique<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le tragique trouve un souffle nouveau dans les <em>Nouvelles Orientales<\/em>. Il est une situation o\u00f9 la mort est la conclusion d\u2019une vie d\u2019illusion. La fin douloureuse des h\u00e9ros, des anti-h\u00e9ros et des personnages comparses se donne \u00e0 lire dans plusieurs r\u00e9cits dont deux ont fait l\u2019objet de s\u00e9lection. Il s\u2019agit de <em>La veuve Aphrodissia\u00a0<\/em>et de <em>Comment Wang-F\u00f4 fut sauv\u00e9<\/em>. Cl\u00e9ment Rosset soustrait la situation au tragique pour parler de processus. Le tragique n\u2019est pas simplement dans la situation, mais il est bien plus pr\u00e9sent dans le processus. La mort ne donne pas acc\u00e8s au tragique, c\u2019est plut\u00f4t la mani\u00e8re de mourir qui actionne les m\u00e9canismes du tragique (1960\u00a0: 7). Si tel est le cas, la mort est toujours pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de tourment, de violence, d\u2019auto-violence avant de se donner en spectacle. La mort tragique est de ce fait spectaculaire.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>La veuve Aphrodissia\u00a0<\/em>semble confirmer la version de Cl\u00e9ment Rosset dans la mani\u00e8re de concevoir la philosophie du tragique. Dans l\u2019histoire, <em>Aphrodissia\u00a0<\/em>est veuve, amante et victime d\u2019une mort tragique au m\u00eame titre que \u00ab\u00a0Kostis le Rouge\u00a0\u00bb, le meurtrier de son d\u00e9funt mari, le vieux pope. Elle est donc amoureuse de son bourreau, un tueur sanguinaire\u00a0: \u00ab\u00a0on l\u2019appelait Kostis le Rouge [\u2026] parce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait charg\u00e9 la conscience d\u2019une bonne quantit\u00e9 de sang vers\u00e9\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 105). Il s\u2019est rendu coupable de plusieurs meurtres et cela a conduit \u00e0 sa traque \u00e0 la suite de laquelle il fut d\u00e9capit\u00e9 par les paysans exasp\u00e9r\u00e9s de son comportement (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 1963\u00a0: 113). Le personnage attire sur lui les malheurs qu\u2019il a longtemps caus\u00e9s dans l\u2019impunit\u00e9. Alors intervient le revers de ses actions. Il est l\u2019objet d\u2019une mort sanglante annonc\u00e9e dans le village comme une f\u00eate et une lib\u00e9ration. Avant sa mort, il s\u2019est senti comme l\u2019animal chass\u00e9 et terr\u00e9 dans la peur. Les coups et blessures ont rendu sa mort lente et douloureuse avant la d\u00e9capitation finale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La t\u00eate affich\u00e9e comme un troph\u00e9e de chasse \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village est signe de victoire mais aussi de tristesse, car Aphrodissia est la seule qui souffre en silence de la mort de celui qu\u2019elle a appris \u00e0 aimer. Dans un courage \u00e0 l\u2019image d\u2019Antigone, elle d\u00e9cide de retirer la t\u00eate du piquet pour l\u2019adjoindre au corps de Kostis afin de l\u2019enterrer d\u00e9cemment (<em>Ibid.<\/em>\u00a0: 115). Dans son acte, elle fut surprise. Apr\u00e8s un temps de course-poursuite sur la pente, \u00ab\u00a0Aphrodissia plongea dans l\u2019ab\u00eeme et dans le soir emportant avec elle la t\u00eate barbouill\u00e9e de sang\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 117). Elle avait l\u2019espoir aveugle de donner une demeure d\u00e9cente \u00e0 son bien-aim\u00e9. Mais l\u2019action d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e qu\u2019elle a tent\u00e9 d\u2019accomplir est la faute qui officialise sa dynamique vers la mort. Elle \u00e9tait en proie \u00e0 une lutte interne et externe. Au premier niveau, les \u00e9motions telles que l\u2019amour et la piti\u00e9 ont inhib\u00e9 en elle la peur et la raison pour laisser s\u2019\u00e9vacuer le courage de la parole donn\u00e9e. Au second niveau, en voulant \u00e9viter le jugement populaire, elle se pr\u00e9cipite vers le jugement divin. La mort-d\u00e9livrance peut \u00eatre suppos\u00e9e dans ce cas si inconsciemment elle voulait rejoindre son amant pour retrouver la paire qui faisait d\u2019elle une personne \u00e9quilibr\u00e9e. En face du corps de la d\u00e9funte, l\u2019horreur et la piti\u00e9 sont les variables de la grille \u00e9motionnelle.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La nouvelle <em>Comment Wang-F\u00f4 fut sauv\u00e9<\/em> figure une mort tragique sur un personnage secondaire, \u00e0 savoir la femme de Ling. En effet, Wang-F\u00f4 invit\u00e9 chez son futur disciple, \u00ab\u00a0la peignit en costume de f\u00e9e parmi les nuages du couchant, et la jeune femme pleura, car c\u2019\u00e9tait un pr\u00e9sage de mort\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 14). Le tableau peint est un anxiog\u00e8ne pour la femme de Ling qui envisage sa mort. Ce tableau est l\u2019objet symbolique de pr\u00e9monition du tragique, lequel intervient au moment inattendu\u00a0: \u00ab\u00a0un matin, on la trouva pendue aux branches du prunier rose\u00a0: les bouts de l\u2019\u00e9charpe qui l\u2019\u00e9tranglait flottaient m\u00eal\u00e9s \u00e0 sa chevelure\u00a0; elle paraissait plus mince encore que d\u2019habitude, et pure comme les belles c\u00e9l\u00e9br\u00e9es par les po\u00e8tes des temps r\u00e9volus\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 14). La femme de Ling s\u2019est donn\u00e9 la mort par pendaison. Elle est devenue la f\u00e9e dans les nuages repr\u00e9sent\u00e9e en peinture. Le m\u00e9canisme tragique r\u00e9v\u00e8le une situation d\u00e9pressive qui symbolise une souffrance interne de grande envergure mais silencieuse. La violence de la solitude voyant Ling accorder plus d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la peinture qu\u2019\u00e0 sa vie de couple instaure en elle une fragilit\u00e9 psychologique activatrice d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9nergie pulsionnelle de mort\u00a0\u00bb (Baudrillard, 1980\u00a0: 227). Elle souffre dans son for int\u00e9rieur de la cruaut\u00e9 de l\u2019indiff\u00e9rence. L\u2019inconfort qu\u2019elle ressent face au rejet la contraint \u00e0 attirer les regards par l\u2019exposition de son corps apr\u00e8s l\u2019acte tragique. Cependant, \u00ab\u00a0l\u2019impression macabre\u00a0\u00bb (Vuillemin, 1948\u00a0: 158) n\u2019est pas de nature \u00e0 \u00e9branler la passion de l\u2019artiste et de son disciple\u00a0: \u00ab\u00a0Wang-F\u00f4 la peignit une derni\u00e8re fois, car il aimait cette teinte verte dont se recouvre la figure des morts. Son disciple Ling broyait les couleurs, et cette besogne exigeait tant d\u2019application qu\u2019il oubliait de verser des larmes\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 14). Le tragique intervient quand l\u2019art fait tr\u00e9passer la vie. La souffrance interne de la femme de Ling \u00e9tait vaine\u00a0: l\u2019espoir aveugle de visibilit\u00e9 n\u2019a pas donn\u00e9 place \u00e0 un regard de compassion\u00a0; plut\u00f4t un regard admiratif de la sc\u00e8ne tragique. L\u2019autodestruction \u00e9motionnelle est une tension n\u00e9vrotique d\u2019existence qui peut conduire \u00e0 une mort insolite.<\/span><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\" start=\"3\">\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong> La mort insolite<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La mort insolite est celle qui survient dans des conditions \u00e9tranges pour la pens\u00e9e rationnelle tout en sachant qu\u2019il n\u2019existe pas une seule mani\u00e8re de mourir. Elle formalise la v\u00e9rit\u00e9 de la vie, \u00e0 savoir les hommes sont mortels \u00e0 tout moment. Ils le savent, mais n\u2019y pensent pas constamment \u00e0 moins d\u2019atteindre l\u2019\u00e2ge de la vieillesse o\u00f9 la pens\u00e9e de la mort est une pression existentielle. Elena Cassin consid\u00e8re \u00e0 juste titre que \u00ab\u00a0la mort fait partie des ph\u00e9nom\u00e8nes normaux, surtout lorsqu\u2019elle survient \u00e0 un \u00e2ge m\u00fbr\u00a0\u00bb (1990\u00a0: 455). Elle n\u2019est pourtant pas facile \u00e0 anticiper.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le personnage Genghi montre bien que la mortalit\u00e9 est une fatalit\u00e9. En effet, <em>Le dernier amour du prince Genghi<\/em> est l\u2019histoire d\u2019un prince qui a pris la d\u00e9cision radicale de mourir avant son heure\u00a0: \u00ab\u00a0lorsque Genghi le Resplendissant, le plus grand s\u00e9ducteur qui ait jamais \u00e9tonn\u00e9 l\u2019Asie, eut atteint sa cinquanti\u00e8me ann\u00e9e, il s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il fallait commencer \u00e0 mourir\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 61). L\u2019\u00e2ge de la vieillesse approchant, Genghi ressent la nostalgie de la beaut\u00e9 physique pass\u00e9e sous les trappes du temps. Il d\u00e9cide de camoufler les signes ext\u00e9rieurs de la maturit\u00e9 d\u2019\u00e2ge en allant vivre comme un ermite dans la for\u00eat. Le fait de s\u2019\u00e9clipser des relations sociales est le moyen de conserver dans l\u2019esprit de ses conqu\u00eates et de ses contemporains l\u2019image du bel jeune homme qu\u2019il fut\u00a0: \u00ab\u00a0il savait cette fois que ne lui serait plus r\u00e9serv\u00e9 que le r\u00f4le de vieillard, et \u00e0 ce personnage il pr\u00e9f\u00e9rerait celui de fant\u00f4me\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 61). Le temps est une punition divine qui l\u2019emp\u00eache d\u2019avoir l\u2019\u00e9ternelle jeunesse. Il ne se r\u00e9sout pas \u00e0 adopter la marche du vieillard. La vie narcissique qu\u2019il m\u00e8ne le pousse \u00e0 une mort insolite\u00a0: la r\u00e9clusion volontaire \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce type de mort rend aveugle sur les possibilit\u00e9s de l\u2019avenir, mais gangr\u00e8ne l\u2019\u00e9tat \u00e9motionnel de regrets sur ce qui ne sera plus. L\u2019instinct de finitude se d\u00e9multiplie \u00e0 travers l\u2019obsession croissante sur les imperfections du nouveau corps, celui de l\u2019\u00e2ge avanc\u00e9. La mobilit\u00e9 est r\u00e9duite, la beaut\u00e9 est \u00e9vanescente, les actions s\u2019amenuisent, les gloires se rar\u00e9fient pour celui qui consid\u00e8re la vieillesse comme le fardeau du temps. L\u2019itin\u00e9raire de la mort par exclusion volontaire du groupe social est parsem\u00e9 de solitude, de tristesse, de contrition. Sur son lit de mort, le prince Genghi tient des propos sur le statut \u00e9ph\u00e9m\u00e8re de la vie : \u00ab\u00a0&#8211; Je vais mourir. [\u2026] Je ne me plains pas d\u2019un sort que je partage avec les fleurs, avec les insectes, avec les astres. Dans un univers o\u00f9 tout passe comme un songe, on s\u2019en voudrait de durer toujours\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 72). Il a pass\u00e9 la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de sa vie dans ses souvenirs et dans l\u2019\u00ab acceptation de la mort prochaine\u00a0\u00bb (Ari\u00e8s, 1977\u00a0: 34). En fin de compte, la mort de Genghi est le retour de celui-ci \u00e0 la nature. Il est le pendant de Corn\u00e9lius Berg, un autre personnage des <em>Nouvelles Orientales<\/em> tomb\u00e9 en d\u00e9pression et en vagabondage. La vieillesse a emport\u00e9 son talent d\u2019artiste peintre (Yourcenar, 1963\u00a0: 140)\u00a0: les portraits ne sont plus parfaits avec les mains qui tremblent. Il s\u2019appr\u00eate \u00e9galement \u00e0 mourir dans l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 cause de la mis\u00e8re et de la maladie (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 141).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Il y a des morts qui surviennent sans aperception imm\u00e9diate. Les signes annonciateurs sont invisibles jusqu\u2019au d\u00e9nouement final. <em>La fin de Marko Krali\u00e9vitch<\/em> est un cas palpable de situation o\u00f9 avant-la-mort\u00a0aucun signe ne pr\u00e9sageait une fin atroce et ironique. Dans l\u2019histoire que raconte Marguerite Yourcenar, Marko Krali\u00e9vitch est c\u00e9l\u00e8bre pour la force, la bravoure et la brutalit\u00e9 qui d\u00e9terminent son caract\u00e8re au quotidien. Comme \u00ab\u00a0la chaine du destin ne peut jamais \u00eatre bris\u00e9e\u00a0\u00bb (Coomaraswamy, 2001\u00a0: 63), Marko Krali\u00e9vitch rencontre \u00ab\u00a0un petit vieux assis sur un banc\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 133) avec lequel il rentre en combat. Seul \u00e0 donner des coups, Marko \u00ab\u00a0s\u2019essoufflait. Tout \u00e0 coup, il tr\u00e9bucha et tomba comme une masse\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 135). L\u2019impression d\u2019une ironie du sort est assez nette dans la s\u00e9quence \u00e9pique. Marko va mourir par accident. Cela est un d\u00e9shonneur pour le guerrier qu\u2019il est.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Philippe Ari\u00e8s renseigne que dans les soci\u00e9t\u00e9s anciennes, la mort subite \u00e9tait vue comme le r\u00e9sultat d\u2019une mal\u00e9diction (1977\u00a0: 34). \u00c0 ce titre, Marko Krali\u00e9vitch est l\u2019objet d\u2019une mort pr\u00e9matur\u00e9e en public. Agonisant, il avoue des crimes pass\u00e9s sous silence\u00a0: \u00ab\u00a0la fille que je courtisais, et qui m\u2019a dit \u00e7a, [\u2026], je lui ai coup\u00e9 le bras droit. Et il y avait aussi les prisonniers que j\u2019ai fait \u00e9gorger, bien qu\u2019on e\u00fbt promis\u2026\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 135). L\u2019aveu se fait dans un langage symbolique (Ric\u0153ur, 1960\u00a0: 17). L\u2019on peut penser qu\u2019il paye pour toutes les mis\u00e8res qu\u2019il a fait subir \u00e0 ses victimes et ses promesses non tenues. La condition mortelle de celui qui se croyait tout puissant a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re improbable. Il est mort par lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9lan de son propre geste offensif est la cause de sa fin devant ceux qui l\u2019admiraient et le craignaient. Le message \u00e0 Marko Krali\u00e9vitch agonisant suscite interrogation\u00a0: \u00ab\u00a0&#8211; Ne te mets pas \u00e0 faire tes comptes, dit le vieux. C\u2019est toujours trop t\u00f4t ou trop tard, et \u00e7a ne sert \u00e0 rien.\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 135). La s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 s\u00e9nile en face de la brutalit\u00e9 grotesque commande d\u2019orienter la force sous toutes ses formes vers l\u2019h\u00e9ro\u00efsme.<\/span><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\" start=\"4\">\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong> La mort h\u00e9ro\u00efque<\/strong><\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans la conception g\u00e9n\u00e9rale, le h\u00e9ros est le personnage investi d\u2019une mission qu\u2019il m\u00e8ne avec \u00ab\u00a0passion\u00a0\u00bb. Il est caract\u00e9ris\u00e9 par une \u00ab\u00a0vertu dominante\u00a0\u00bb qui peut \u00eatre le courage, l\u2019amour, le don de soi en toutes circonstances. Ainsi, il prend une place importante dans le \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb social dans lequel il \u00e9volue (Ripoll, 1998\u00a0: 18). Marko, le h\u00e9ros \u00e9ponyme dans <em>Le sourire de Marko,\u00a0<\/em>aide \u00e0 saisir l\u2019intensit\u00e9 dramatique de la souffrance h\u00e9ro\u00efque. Il est dot\u00e9 d\u2019un mental hors du commun. Cette force psychologique lui permet de supporter les tortures physiques de l\u2019ennemi en se faisant passer pour mort\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Les bourreaux prirent des clous et un marteau sur l\u2019\u00e9tabli d\u2019un radoubeur de barques, et ils perc\u00e8rent les mains du jeune Serbe, et ils travers\u00e8rent ses pieds de part en part. Mais le corps du supplici\u00e9 demeura inerte\u00a0: aucun fr\u00e9missement n\u2019agitait ce visage qui semblait insensible, et le sang m\u00eame ne suintait de sa chair ouverte que par gouttes lentes et rares, car Marko commandait \u00e0 ses art\u00e8res comme il commandait \u00e0 son c\u0153ur (Yourcenar, 1963\u00a0: 38).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Apr\u00e8s les clous, \u00ab\u00a0les bourreaux prirent de la braise dans le fourneau d\u2019un calfat, et ils trac\u00e8rent un large cercle sur la poitrine du nageur glac\u00e9 par la mer \u00bb (<em>Ibid<\/em>.\u00a0: 39). Les supplices n\u2019ont pas pu faire r\u00e9agir le h\u00e9ros. Il est conscient que la vie lui sera sauve en prenant la posture de cadavre. La d\u00e9gradation de la situation n\u2019est pas de nature \u00e0 \u00e9branler la conviction d\u2019\u00e2me du personnage-h\u00e9ros. C\u2019est \u00e0 travers ce genre d\u2019exp\u00e9rience que la renomm\u00e9e se bonifie et se propage en histoire et mythe. La neutralit\u00e9 \u00e9motionnelle en situation de crise devient une marque identitaire de tout un peuple gr\u00e2ce au courage d\u2019un seul dont la vie devient une fiction sociale.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Des h\u00e9ros il en existe plusieurs dans les mythes de toutes les soci\u00e9t\u00e9s. Ils constituent des mod\u00e8les explicatifs de valeur \u00e0 suivre pour le commun des mortels. Leurs \u00ab\u00a0fant\u00f4mes\u00a0\u00bb (Kerbrat, 2000\u00a0: 6) sont toujours invoqu\u00e9s dans les r\u00e9cits populaires. Les ballades balkaniques du Moyen-\u00e2ge invitent \u00e0 conserver en m\u00e9moire le courage d\u2019une m\u00e8re au comportement h\u00e9ro\u00efque. Dans <em>Le lait de la mort<\/em>, Marguerite Yourcenar retranscrit l\u2019histoire d\u2019une femme enferm\u00e9e dans les fondations d\u2019une tour de garde \u00e9lev\u00e9e par trois fr\u00e8res. Le sort a voulu que ce soit la femme du jeune fr\u00e8re cadet qui soit port\u00e9e en sacrifice pour respecter le rituel en vigueur\u00a0: emmurer une personne vivante pour soutenir une fortification. Au moment de l\u2019enfermement, elle pleure pour son fils qui restera sans m\u00e8re. Elle prend alors une d\u00e9cision\u00a0: \u00ab\u00a0tant qu\u2019il me restera quelques gouttes de vie, elles descendront jusqu\u2019au bout de mes deux seins pour nourrir l\u2019enfant que j\u2019ai mis au monde, et le jour o\u00f9 je n\u2019aurai plus de lait, il boira mon \u00e2me\u00a0\u00bb (Yourcenar, 1963\u00a0: 55). Elle a accept\u00e9 son destin avec r\u00e9silience et est devenue au fil de l\u2019histoire la figure de l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me et de l\u2019amour inconditionnel d\u2019une m\u00e8re pour son enfant. L\u2019\u00e9preuve qui scelle sa vie est la catalyse qui la positionne comme mod\u00e8le de vie. Elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 la seule victime de cette tradition, mais son histoire est celle qui est rest\u00e9e dans le patrimoine immat\u00e9riel serbe comme source f\u00e9conde utilis\u00e9e pour qualifier l\u2019h\u00e9ro\u00efsme maternel. La mort de cette h\u00e9ro\u00efne dans ce r\u00e9cit entraine souvent \u00e0 la lecture une situation d\u2019incoh\u00e9rence vis-\u00e0-vis des traditions antiques et m\u00e9di\u00e9vales. Celle autour de qui l\u2019histoire se fixe n\u2019est pas en situation de gloire mais de d\u00e9ch\u00e9ance et m\u00eame de mort. Essentiellement deux id\u00e9es sont \u00e0 retenir\u00a0: d\u2019une part, les superstitions meurtri\u00e8res des soci\u00e9t\u00e9s anciennes et de l\u2019autre, l\u2019h\u00e9ro\u00efsme au sens f\u00e9minin face au sacrifice du genre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>Conclusion<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La mort est repr\u00e9sent\u00e9e dans les <em>Nouvelles Orientales<\/em>. Au moins quatre formes sont visibles dans les r\u00e9cits que Marguerite Yourcenar met en alchimie dans une \u0153uvre dont la dynamique des r\u00e9impressions d\u00e9montre la richesse de forme et de fond. Les donn\u00e9es factuelles \u00e9clairent la mort dans ses formes symbolique, tragique, insolite et h\u00e9ro\u00efque. Ces cat\u00e9gories agencent une co-construction significative de la finalit\u00e9 biologique de l\u2019homme. Si pour Carles Besa, \u00ab\u00a0la mort signifie, donne \u00e0 voir et impose la cl\u00f4ture\u00a0\u00bb (2003\u00a0: 162), en ce qui nous concerne, elle favorise l\u2019ouverture d\u2019esprit sur la \u00ab\u00a0<em>diano\u00efa<\/em>\u00a0\u00bb, la pens\u00e9e pure de l\u2019action humaine avant le tr\u00e9pas. Marguerite Yourcenar aide \u00e0 formaliser une telle pens\u00e9e \u00e0 travers la fonction \u00e9ducative rest\u00e9e en filigrane dans la narration des contes et l\u00e9gendes. En sus, l\u2019artiste combat la mortalit\u00e9 avec son \u0153uvre d\u2019art en instruisant que la souffrance rappelle l\u2019attachement \u00e0 la vie, la vieillesse inaugure la beaut\u00e9 du pass\u00e9 et la r\u00e9silience face \u00e0 la mort est une d\u00e9cision. Les <em>Nouvelles Orientales<\/em> initialement \u00e9dit\u00e9es en 1938 ont fait l\u2019objet de r\u00e9vision en 1963 et 1978. Le style d\u2019\u00e9criture a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9 dans les r\u00e9cits pour r\u00e9pondre \u00e0 des exigences esth\u00e9tiques d\u2019\u00e9merveillement, d\u2019\u00e9motion, de m\u00e9ditation et de pol\u00e9mique. Les r\u00e9\u00e9ditions ne sont pas de simples mises sous presse, mais la possibilit\u00e9 pour Yourcenar de modifier les histoires en cr\u00e9ant du neuf \u00e0 partir des premiers mod\u00e8les. L\u2019\u00e9crivaine exploite au mieux le gisement mythologique de plusieurs espaces g\u00e9ographiques dont la Chine, la Serbie, la Gr\u00e8ce, le Japon.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>Bibliographie :<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">ARI\u00c8S Philippe, <em>L\u2019homme devant la mort<\/em>, Paris, Seuil, 1977.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BAUDRILLARD Jean, <em>L\u2019\u00e9change symbolique et la mort<\/em>, Paris, \u00c9ditions Gallimard, 1980.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BERGEZ Daniel et al., <em>Initiation aux M\u00e9thodes Critiques pour l\u2019analyse litt\u00e9raire, <\/em>Paris<em>, <\/em>Dunod, 1998.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BESA Carles, \u00ab\u00a0<em>Les Nouvelles Orientales<\/em> de Marguerite Yourcenar\u00a0: du texte des nouvelles aux nouvelles comme texte\u00a0\u00bb in <em>Litt\u00e9ratures 48-49<\/em>, 2003, pp. 141-166\u00a0; doi\u00a0: <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3406\/litts.2003.2218%20Consult\u00e9%20le%2013\/04\/2023\">https:\/\/doi.org\/10.3406\/litts.2003.2218 Consult\u00e9 le 13\/04\/2023<\/a><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BLANCHET-DOUSPIS Mireille, <em>L\u2019id\u00e9ologie politique de Marguerite Yourcenar d\u2019apr\u00e8s son \u0153uvre romanesque<\/em>, Amsterm, Rodopi, 2014.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BLANCHET-DOUSPIS Mireille, <em>L\u2019influence de l\u2019histoire contemporaine dans l\u2019\u0153uvre de Marguerite Yourcenar<\/em>, Amsterdam, Rodopi, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BOURDIEU Pierre, <em>Langage et pouvoir symbolique<\/em>, Paris, Fayard, 1982.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CASSIN Elena, \u00ab\u00a0Le mort\u00a0: valeur et repr\u00e9sentation en M\u00e9sopotamie ancienne\u00a0\u00bb in <em>La mort, les morts dans les soci\u00e9t\u00e9s anciennes<\/em>, Gherardo Gnoli et Jean-Pierre Vernant (Dir.), Paris, \u00c9ditions de la Maison des sciences de l\u2019homme, 1990.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CIOCAN Cristian, <em>Heidegger et le probl\u00e8me de la mort<\/em>, Bucarest, Springer, 2014.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">COOMARASWAMY Ananda K., <em>La signification de la mort<\/em>, Milan, Arch\u00e8, 2001.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">EBA Axel Richard, \u00ab\u00a0La mort \u00e0 rebours\u00a0: Marcel Proust \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9ternit\u00e9 dans <em>\u00c0 l\u2019ombre des jeunes filles en fleurs <\/em>et <em>Le temps retrouv\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb in <em>Infundibulum Scientific<\/em>, n\u00b04, 2023, pp.394-405.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">GRANET Marcel, <em>La vie et la mort. Croyances et doctrines de l\u2019antiquit\u00e9 chinoise<\/em>, Paris, Ink Book, 2013.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">JANK\u00c9L\u00c9VITCH Vladimir, <em>La Mort, Paris, <\/em>Flammarion, 1977.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">JARCZYK Gwendoline, <em>Au confluent de la mort. L\u2019universel et le singulier dans la philosophie de Hegel<\/em>, Paris, Ellipses, 2002.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">KARPOUZOU Panagiota, <em>La po\u00e9tique de l\u2019ironie dans la nouvelle du XIXe si\u00e8cle<\/em>, Lille, Septentrion, 2001.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">KERBRAT Marie-Claire, <em>Le\u00e7on sur l\u2019h\u00e9ro\u00efsme<\/em>, Paris, PUF, 2000.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">M\u00c9NDEZ P\u00e9dro et Palacios Concepci\u00f3n, <em>La nouvelle au XIX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle\u00a0: Auteurs mineurs<\/em>, Bern, Peter Lang, 2011.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">RIC\u0152UR Paul, <em>Finitude et Culpabilit\u00e9s<\/em>, Paris, Aubier, 1960.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">RIPOLL Fran\u00e7ois,\u00a0 <em>La morale h\u00e9ro\u00efque dans les \u00c9pop\u00e9es latines d\u2019\u00e9poque flavienne\u00a0: tradition et innovation<\/em>, Paris, \u00c9ditions Peeters Louvain, 1998.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">ROSSET Cl\u00e9ment, <em>La philosophie tragique<\/em>, Paris, PUF, 1960.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">VUILLEMIN Jules, <em>Essai sur la signification de la mort<\/em>, Paris, PUF, 1948.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">YOURCENAR Marguerite, <em>Nouvelles Orientales<\/em>, Paris, Gallimard, 1963.<\/span><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1463?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1463?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La mort est une isotopie visible dans les Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar. 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