{"id":1452,"date":"2023-07-11T18:32:29","date_gmt":"2023-07-11T16:32:29","guid":{"rendered":"https:\/\/carnet-critique.com\/?p=1452"},"modified":"2024-04-13T06:16:05","modified_gmt":"2024-04-13T04:16:05","slug":"representations-de-la-mort-dans-les-sursitaires-delias-canetti","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/2023\/07\/11\/representations-de-la-mort-dans-les-sursitaires-delias-canetti\/","title":{"rendered":"REPRESENTATIONS DE LA MORT DANS LES SURSITAIRES D\u2019ELIAS CANETTI : Conna\u00eetre son \u00ab\u00a0instant\u00a0fatal\u00a0\u00bb\u00a0: source d\u2019apaisement ou d\u2019angoisse\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Satisfaits\u00a0! Satisfaits\u00a0!\u00a0\u00bb. Le mot r\u00e9p\u00e9t\u00e9 comme une litanie par \u00ab le ch\u0153ur des in\u00e9gaux\u00a0\u00bb dans <em>Les Sursitaires <\/em>(<em>Die Befristeten,<\/em> 1952), troisi\u00e8me et derni\u00e8re pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de l\u2019\u00e9crivain bulgare d\u2019origine juive et d\u2019expression allemande Elias Canetti (1905-1994), d\u00e9voile le sentiment g\u00e9n\u00e9ral des membres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gie par une \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb qui pr\u00e9d\u00e9termine et communique \u00e0 chaque individu l\u2019instant pr\u00e9cis de sa mort. Le \u00ab\u00a0prologue sur l\u2019ancien temps\u00a0\u00bb, \u00e9poque o\u00f9 personne ne connaissait son \u00ab\u00a0instant fatal\u00a0\u00bb, apprend au lecteur\/spectateur que la mort \u00e0 une heure incertaine est vue par les personnages de ce drame (contre-)utopique comme un cauchemar. Comme l\u2019explique le Capsulant, \u00ab\u00a0l\u2019inspecteur des morts\u00a0\u00bb qui conna\u00eet \u00ab\u00a0l\u2019instant\u00a0\u00bb de chaque individu, affich\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une capsule que ce dernier doit porter autour du cou sa vie durant, et qui est le seul \u00e0 \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 l\u2019ouvrir apr\u00e8s son d\u00e9c\u00e8s, les gens comprennent qu\u2019un certain nombre d\u2019ann\u00e9es assur\u00e9es vaut mieux qu\u2019un capital de vie ind\u00e9termin\u00e9 et non assur\u00e9. La s\u00e9curit\u00e9 et l\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 repose sur le respect de chacun pour son \u00ab\u00a0instant\u00a0\u00bb, qui, ainsi que son \u00e2ge, ne doit pas \u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9. De m\u00eame, il est interdit de vivre sans capsule, ce qui fait de l\u2019auteur de ce crime un \u00ab\u00a0assassin\u00a0\u00bb, selon le glissement de sens du mot. Toutefois, le protagoniste Cinquante, <em>alter ego<\/em> de Canetti et, comme lui, un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0ennemi de la mort\u00a0\u00bb, met en doute la v\u00e9racit\u00e9 de la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb et d\u00e9couvre qu\u2019elle est mensong\u00e8re. Cette d\u00e9couverte, en l\u00e9gitimant la r\u00e9volte de ceux qui ne sont pas satisfaits de ladite loi et qui trouvent en Cinquante leur repr\u00e9sentant, entra\u00eene la chute du syst\u00e8me aux traits totalitaires.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cet article se propose d\u2019analyser la repr\u00e9sentation de la mort dans <em>Les Sursitaires<\/em> mettant en avant les points de contact entre l\u2019histoire fictionnelle et l\u2019histoire r\u00e9elle, ainsi que le contraste entre la place du deuil dans l\u2019\u0153uvre dramatique et dans l\u2019\u0153uvre th\u00e9orique et autobiographique d\u2019Elias Canetti. Il se divise en quatre parties : dans la premi\u00e8re, nous \u00e9tudions la \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb, ainsi que l\u2019institutionnalisation et l\u2019instrumentalisation de la mort dans la pi\u00e8ce\u00a0; dans la deuxi\u00e8me, nous examinons la place du deuil dans le drame\u00a0; dans la troisi\u00e8me, nous analysons les in\u00e9galit\u00e9s\u00a0provoqu\u00e9es par le r\u00e9gime et dans la quatri\u00e8me, nous nous concentrons sur des malentendus\u00a0qui se succ\u00e8dent \u00e0 la chute du syst\u00e8me.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><u>De l\u2019interdiction \u00e0 la \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb de la mort. <\/u><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><u>L\u2019institutionnalisation et l\u2019instrumentalisation du tr\u00e9pas<\/u><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 320px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00ab La bri\u00e8vet\u00e9 de la vie nous rend mauvais. Il faudrait \u00e0 pr\u00e9sent s\u2019assurer qu\u2019une vie plus longue nous rendrait moins mauvais. \u00bb <\/em><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">(Elias Canetti, <em>Le Territoire de l\u2019homme<\/em>)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Je ne comprends pas que l\u2019\u00eatre humain ne se pr\u00e9occupe pas davantage du secret de la dur\u00e9e de sa vie. Tout fatalisme, en fait, se concentre en cette seule question\u00a0: la dur\u00e9e vitale de l\u2019homme est-elle pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e ou r\u00e9sulte-t-elle seulement du d\u00e9roulement de sa vie\u00a0? L\u2019homme na\u00eet-il dou\u00e9 d\u2019une certaine quantit\u00e9 de vie, mettons 60 ans, ou bien cette quantit\u00e9 est-elle ind\u00e9termin\u00e9e, de sorte que ce m\u00eame homme, apr\u00e8s une jeunesse identique, peut toujours atteindre 70 ans ou mourir \u00e0 40<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019extrait ci-dessus \u00e9voque l\u2019une des principales raisons qui ont inspir\u00e9 l\u2019\u00e9criture des <em>Sursitaires\u00a0<\/em>: l\u2019int\u00e9r\u00eat et la curiosit\u00e9 d\u2019Elias Canetti pour le \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb de la dur\u00e9e de la vie humaine<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Dans la derni\u00e8re de ses \u0153uvres dramatiques peu nombreuses, mais autrement riches, \u00e9crite apr\u00e8s la fin de la Seconde Guerre mondiale, la bombe atomique et la Shoah et consid\u00e9r\u00e9e par l\u2019auteur comme \u00ab\u00a0un manuel de la mort\u00a0\u00bb, cette question, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9e dans le titre original<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> de la pi\u00e8ce, <em>Die Befristeten<\/em>, qui se traduit comme \u00ab\u00a0ceux qui ont un d\u00e9lai fix\u00e9\u00a0\u00bb, appara\u00eet d\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne. Le prologue &#8211; qui sugg\u00e8re que l\u2019intrigue du drame, plac\u00e9 dans un cadre spatio-temporel ind\u00e9termin\u00e9, doit avoir lieu dans l\u2019avenir &#8211; nous apprend que dans \u00ab\u00a0l\u2019ancien temps\u00a0\u00bb l\u2019instant fatal de chaque personne n\u2019\u00e9tait pas connu, mais heureusement ce temps d\u2019incertitudes, un temps de \u00ab\u00a0sauvages\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0brutes<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb est r\u00e9volu, comme le montre le dialogue entre l\u2019Un et l\u2019Autre\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019UN. &#8211; Il faut dire\u00a0: nous avons fait quelques pas, depuis.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019AUTRE. &#8211; Quelques pas\u00a0? On ne put m\u00eame pas parler d\u2019hommes, avant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019UN. &#8211; Et pourtant, les gens peignaient, \u00e9crivaient et faisaient de la musique. Il y avait [\u2026] des grands esprits.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019AUTRE. &#8211; C\u2019est ridicule. Le dernier savetier de chez nous est plus philosophe, car il sait ce qui va lui arriver. Il peut r\u00e9partir \u00e0 sa guise le temps qu\u2019il a \u00e0 vivre. Il peut sans angoisse faire des projets, assur\u00e9 qu\u2019il est de la dur\u00e9e de son existence. [\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019UN. &#8211; Je consid\u00e8re la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019i<em>nstant <\/em>comme le plus grand progr\u00e8s dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Poussant \u00e0 l\u2019extr\u00eame l\u2019institutionnalisation de la mort, motif que l\u2019on peut observer d\u00e9j\u00e0 dans <em>Com\u00e9die des vanit\u00e9s<\/em> (<em>Kom\u00f6die der Eitelkeit<\/em>, 1934), o\u00f9 le gouvernement, afin d\u2019en finir avec le p\u00e9ch\u00e9 de la vanit\u00e9, stipule que les auteurs des moindres infractions aux lois sont passibles d\u2019\u00eatre punis avec la peine de mort, <em>Les Sursitaires<\/em> nous pr\u00e9sente un univers o\u00f9 la mort, au-del\u00e0 d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0interdite\u00a0\u00bb, semble repr\u00e9senter une \u00ab\u00a0affaire\u00a0\u00bb d\u00e9j\u00e0 r\u00e9gl\u00e9e, ma\u00eetris\u00e9e. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 les gens sont apparemment satisfaits de connaitre leurs \u00ab\u00a0instants\u00a0\u00bb de mort, il ne faut pourtant en parler. Chaque personne a pour nom le nombre d\u2019ann\u00e9es qu\u2019elle a \u00e0 vivre et elle ne doit pas, ainsi, r\u00e9v\u00e9ler son \u00e2ge \u00e0 qui que ce soit<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, vu que cette r\u00e9v\u00e9lation permettrait aux autres de d\u00e9couvrir l\u2019heure de sa mort. Le mot \u00ab\u00a0\u00e2ge\u00a0\u00bb devient donc un tabou, car il ne faut pas (re)plonger la population dans un \u00e9tat d\u2019inqui\u00e9tude, ce qui repr\u00e9senterait un pas en arri\u00e8re dans l\u2019\u00e9volution de cette soci\u00e9t\u00e9, o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s semble \u00eatre li\u00e9e \u00e0 un contr\u00f4le ou bien \u00e0 une ma\u00eetrise par le gouvernement de toutes les questions qui affligent la population, m\u00eame celle de la mort. \u00c0 ce propos, la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb nous fait penser \u00e0 la volont\u00e9 humaine d\u2019avoir un contr\u00f4le sur le destin ou, comme les suicid\u00e9s, sur le terme de la vie.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Or, le secret qui entoure l\u2019\u00e2ge des individus et leurs \u00ab instants \u00bb, ainsi que cette \u00ab maitrise \u00bb de la mort, devenue un probl\u00e8me du pass\u00e9, nous renvoie \u00e9galement \u00e0 l\u2019interdiction de la mort, ainsi que de la vieillesse, de la maladie et du deuil dans le monde occidental contemporain<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. C\u2019est comme si cette maitrise en repr\u00e9sentait le dernier stade ou la derni\u00e8re \u00e9tape d\u2019un processus qui, caract\u00e9ris\u00e9 dans les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents par des transformations assez lentes, conna\u00eet un changement radical de l\u2019attitude de l\u2019homme devant la mort. Si entre le XVI<sup>e<\/sup> et le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, la mort devient \u00ab\u00a0une rupture<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb et qu\u2019\u00e0 partir du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle l\u2019homme occidental tend \u00e0 lui donner un sens nouveau, \u00ab\u00a0 en l\u2019exaltant, la dramatisant, la voulant impressionnante et accaparante<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb, vers la fin du XIX<sup>e<\/sup> et notamment dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, comme le note Philippe Ari\u00e8s\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[D]epuis environ un tiers de si\u00e8cle, nous assistons \u00e0 une r\u00e9volution brutale des id\u00e9es et des sentiments traditionnels [\u2026]. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne [&#8230;] absolument inou\u00ef. La mort, si pr\u00e9sente autrefois, tant elle \u00e9tait famili\u00e8re, va s\u2019effacer et dispara\u00eetre. Elle devient honteuse et objet d\u2019interdit<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Comme l\u2019explique Ari\u00e8s, la mort devient progressivement\u00a0sale, inconvenante, m\u00eame ind\u00e9cente, et dans les zones les plus techniquement avanc\u00e9es du monde occidental apparait un type nouveau du mourir caract\u00e9ris\u00e9 par un grand refus ou par une expulsion de la mort de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0:\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Rien n\u2019avertit plus dans la ville que quelque chose s\u2019est pass\u00e9 : l\u2019ancien corbillard noir et argent est devenu une banale limousine grise, insoup\u00e7onnable dans le flot de circulation. <\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La soci\u00e9t\u00e9 ne fait plus de pause\u00a0: la disparition d\u2019un individu n\u2019affecte plus sa continuit\u00e9.\u00a0 Tout se passe dans la ville comme si personne ne mourait plus<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cette \u00ab\u00a0crise de la mort\u00a0\u00bb est \u00e9galement discut\u00e9e par Edgar Morin\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La science ouvre la conscience sur des ab\u00eemes qui s\u2019ouvrent les uns sur les autres [\u2026] \u2026 Les civilisations sont mortelles. L\u2019humanit\u00e9 est promise \u00e0 la mort. [\u2026] Tout renvoie donc l\u2019individu solitaire \u00e0 une solitude de plus en plus mis\u00e9rable au creux d\u2019un n\u00e9ant sans limite.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019individualit\u00e9 se d\u00e9sagr\u00e8ge \u00e0 son tour. La mort ach\u00e8ve la nihilisation. Absurde le monde, absurde la mort, absurde l\u2019individu. (\u2026) Tout est absurde. Le cercle de mort se referme<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Faisant objet d\u2019une interdiction, la mort doit \u00eatre exclue, bannie ou cach\u00e9e de l\u2019espace public. Bien qu\u2019elle demeure omnipr\u00e9sente dans l\u2019esprit et dans la vie priv\u00e9e des <em>sursitaires<\/em>, et que dans le drame, comme dans le monde r\u00e9el, elle provoque encore des sentiments d\u2019inqui\u00e9tude &#8211; par exemple, chez l\u2019enfant Soixante-dix, qui ne sait pas combien de temps il lui reste avec sa m\u00e8re Trente-deux -, elle doit \u00eatre chass\u00e9e de la vie quotidienne. La m\u00e8re de Soixante-dix n\u2019est pas cens\u00e9e r\u00e9v\u00e9ler son \u00e2ge m\u00eame \u00e0 son fils, \u00e0 qui elle promet simplement qu\u2019il recevra encore plus d\u2019une centaine de bises de sa maman<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. On meurt, ainsi, isol\u00e9, l\u2019\u00ab\u00a0instant public\u00a0\u00bb &#8211; \u00a0le spectacle de la mort en public, devant tout le peuple &#8211; n\u2019est \u00e9voqu\u00e9 par le Capsulant que sous forme d\u2019une menace de punition faite \u00e0 Cinquante, ce qui nous permet de d\u00e9duire que la mort en isolement constitue la norme, et la mort publique, une exception. \u00c0 cet \u00e9gard, il est int\u00e9ressant de noter que dans le drame le gouvernement cache la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la population &#8211; ce qui constitue l\u2019un des instruments de domination mis en place par les r\u00e9gimes totalitaires &#8211; de la m\u00eame fa\u00e7on que dans notre soci\u00e9t\u00e9 occidentale contemporaine l\u2019entourage du mourant commence \u00e0 cacher la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ce dernier avec le d\u00e9but de la m\u00e9dicalisation qui transf\u00e8re la mort de la maison \u00e0 l\u2019h\u00f4pital<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">On assiste ainsi, dans le drame comme dans le monde r\u00e9el, \u00e0 une tentative d\u2019\u00e9vacuation du sens et de la charge dramatique de la mort. Voir la mort, ainsi qu\u2019en \u00eatre \u00e9mu, devient inconvenant\u00a0; la mort doit d\u00e9sormais, d\u2019une part, \u00eatre cach\u00e9e et isol\u00e9e, d\u2019autre part, ne pas provoquer des \u00e9motions fortes ou bien ne pas perturber la tranquillit\u00e9 des sursitaires satisfaits de conna\u00eetre leurs \u00ab\u00a0instants\u00a0\u00bb.\u00a0 La population accepte avec r\u00e9signation de mourir \u00e0 une heure pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e par la loi et semble v\u00e9ritablement heureuse de conna\u00eetre son instant de mort, ce qui permet \u00e0 chacun de mieux planifier sa vie en fonction du nombre d\u2019ann\u00e9es dont il\/elle dispose et semble attester que le \u00ab\u00a0quota\u00a0\u00bb de vie que chacun re\u00e7oit est assur\u00e9 \u2013 autrement dit, qu\u2019on ne va pas trouver la mort avant son \u00ab\u00a0instant\u00a0\u00bb &#8211; et qu\u2019on a enfin un contr\u00f4l\u00e9 sur la fatalit\u00e9. De la mort banalis\u00e9e des premiers drames d\u2019Elias Canetti, on passe ainsi, dans <em>Les Sursitaires<\/em>, \u00e0 la mort (apparemment) \u00ab\u00a0maitris\u00e9e\u00a0\u00bb, qui, bien qu\u2019elle ne soit r\u00e9ellement d\u00e9sir\u00e9e, semble une mort heureuse, sans angoisse, tranquille, gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance de l\u2019instant fatal. Nous serions tent\u00e9s de dire que cette mort partage tout de m\u00eame certains trais avec la \u00ab\u00a0mort apprivois\u00e9e\u00a0\u00bb identifi\u00e9e par Ari\u00e8s dans la p\u00e9riode qui s\u2019\u00e9tend du VI<sup>e<\/sup> au XIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, une mort qui ne surprend pas le mourant qui, la sentant venir, l\u2019accepte comme une n\u00e9cessit\u00e9 du destin. Bien que les sursitaires ne sentent pas leurs instants venir, et qu\u2019ils ne partagent pas la m\u00eame familiarit\u00e9 festive avec la mort que les hommes du pass\u00e9, ils connaissent (ou bien pensent conna\u00eetre) la date de leur disparition, qui n\u2019est pas, ainsi, subite, et ils acceptent cette mort programm\u00e9e par une loi qu\u2019ils consid\u00e8rent comme sacr\u00e9e<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> &#8211; m\u00eame si, comme nous le verrons, le sentiment g\u00e9n\u00e9ral des membres de la population \u00e0 ce sujet ne fait pas unanimit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">N\u00e9anmoins, comme nous le verrons, cette \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb de la mort n\u2019est qu\u2019une utopie, et ce syst\u00e8me id\u00e9al r\u00e9gi par la \u00ab\u00a0Sainte Loi<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0\u00bb pr\u00e9sente de graves probl\u00e8mes, dont le principal constitue la cible de la critique canettienne\u00a0: l\u2019instrumentalisation de la mort. En effet, l\u2019ensemble de l\u2019\u0153uvre d\u2019Elias Canetti, comme nous le constatons \u00e0 travers la lecture de <em>Masse et puissance<\/em>, par exemple, n\u2019a pour but que condamner cette instrumentalisation qui dans <em>Les Sursitaires<\/em> semble atteindre son apog\u00e9e. La r\u00e9signation malsaine \u00e0 la mort programm\u00e9e n\u2019est pas accept\u00e9e par Cinquante, qui ne peut pas partager l\u2019avis de ceux qui associent la connaissance de \u00ab\u00a0l\u2019instant\u00a0\u00bb au progr\u00e8s \u2013 ici nous serions tent\u00e9s de dire que cette r\u00e9signation collective \u00e0 la mort programm\u00e9e et cette acceptation passive de la population aux sentences de mort stipul\u00e9es par le gouvernement se rapproche de l\u2019id\u00e9e du suicide, qui &#8211; il va de soi &#8211; est condamn\u00e9e par Canetti. En plus, l\u2019action du gouvernement pour g\u00e9rer le \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb de la mort n\u2019est pas \u00e9tique et semble d\u00e9voiler une pathologie sociale, vu que personne ne devrait avoir le droit, comme le pensent \u00e0 tort certains hommes de pouvoir, de jouer \u00e0 \u00eatre Dieu et de d\u00e9cider du terme de la vie d\u2019autrui, et qu\u2019elle se heurte au droit de chacun de vivre \u00ab\u00a0autant de temps qu\u2019il veut\u00a0\u00bb, comme le d\u00e9fend Cinquante, l\u2019<em>alter ego <\/em>de l\u2019\u00e9crivain<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><u>Pas de place pour le deuil\u00a0?<\/u><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CINQUANTE. \u2013 [\u2026] Vous avez perdu votre enfant\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 JEUNE FEMME. &#8211; Oui.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 CINQUANTE. &#8211; Et vous n\u2019\u00eates pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 JEUNE FEMME. &#8211; Non. Pas du tout.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 CINQUANTE. &#8211; Comment cela\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 JEUNE FEMME. &#8211; Je savais quand il mourrait. Je l\u2019ai toujours su.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CINQUANTE. \u2013 Vous auriez aim\u00e9 pouvoir quelque chose contre\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">JEUNE FEMME. &#8211; On n\u2019y peut rien.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CINQUANTE. &#8211; Vous avez essay\u00e9\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">JEUNE FEMME. &#8211; Non. Personne ne fait \u00e7a.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CINQUANTE. &#8211; Mais si vous l\u2019aviez sauv\u00e9\u00a0? [\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">JEUNE FEMME, <em>\u00e9pouvant\u00e9e<\/em>. &#8211; C\u2019est du vol\u00a0! C\u2019est un crime\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CINQUANTE. &#8211; Pourquoi c\u2019est un crime\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">JEUNE FEMME. &#8211; C\u2019est un sacril\u00e8ge<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019extrait susmentionn\u00e9 des <em>Sursitaire<\/em>s, un dialogue entre Cinquante et une m\u00e8re \u00e0 l\u2019enterrement de son enfant, nous permet d\u2019identifier un ph\u00e9nom\u00e8ne que nous pourrions nommer une \u00ab\u00a0interdiction du deuil\u00a0\u00bb. Ce n\u2019est pas seulement le mourant qui doit se cacher pour rendre son dernier souffle, ce n\u2019est pas seulement l\u2019instant fatal de chacun qu\u2019il faut passer sous silence et qui doit rester inaper\u00e7u, invisible aux yeux de la soci\u00e9t\u00e9, le <em>souvenir <\/em>de la mort et du mort, ainsi que le chagrin provoqu\u00e9 par sa perte, doivent \u00e9galement dispara\u00eetre. La m\u00e8re de l\u2019enfant n\u2019ose pas regretter la mort de son fils, vu que, connaissant d\u00e9j\u00e0 son instant, elle \u00e9tait r\u00e9sign\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de son d\u00e9c\u00e8s pr\u00e9matur\u00e9. M\u00eame exprimer la tristesse d\u2019avoir perdu un \u00eatre qui lui \u00e9tait aussi cher semble aux yeux de la m\u00e8re un crime, un acte que l\u2019on peut lui reprocher. Ici il vaut la peine de souligner que la base des r\u00e9gimes totalitaires est constitu\u00e9e par l\u2019atomisation sociale qui pulv\u00e9rise les liens unissant les individus, qui deviennent ainsi indiff\u00e9rents au sort des autres membres de la collectivit\u00e9. Cette fragmentation des liens interpersonnels et du corps social, l\u2019isolement des individus et l\u2019absence de relations sociales, est obtenue \u00e0 travers l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime policier qui exerce une surveillance perp\u00e9tuelle dans toutes les sph\u00e8res de la vie de l\u2019individu, m\u00eame celle de sa pens\u00e9e, cherchant \u00e0 promouvoir l\u2019uniformisation de l\u2019opinion et \u00e0 imposer \u00e0 tous les citoyens l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une id\u00e9ologie hors de laquelle ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme ennemis de la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce sens, nous pouvons comprendre cette destruction de la libert\u00e9 qui interdit le deuil et l\u2019expression des \u00e9motions comme une strat\u00e9gie de domination mise en place par le gouvernement, qui vise justement \u00e0 emp\u00eacher que chaque individu se soucie de la mort de l\u2019autre, ce qui pourrait mettre en danger le maintien du syst\u00e8me<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. \u00a0\u00c0 ce propos, nous pourrions identifier encore d\u2019autres strat\u00e9gies de domination mises en place dans le drame par le gouvernement, comme l\u2019abolition de la v\u00e9rit\u00e9 fond\u00e9e sur la propagation de fausses nouvelles et la production du r\u00e9el, et la n\u00e9gation de la nature, stimul\u00e9e, entre autres, par la destruction de pulsion de vie, qui semble absente chez ceux qui, r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 l\u2019id\u00e9e de mourir \u00e0 l\u2019instant fix\u00e9 par la loi, montrent un \u00e9tat d\u2019apathie et de perte de l\u2019\u00e9lan vital<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cette \u00ab interdiction \u00bb du deuil dans le dernier drame canettien, qui semble mettre en sc\u00e8ne une soci\u00e9t\u00e9 plus \u00e9volu\u00e9e que la n\u00f4tre, nous renvoie \u00e0 la place du deuil dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale actuelle, o\u00f9 il semble, ainsi que le tr\u00e9pas, faire l\u2019objet d\u2019une interdiction &#8211; \u00e0 la suite d\u2019une mort isol\u00e9e, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, les c\u00e9r\u00e9monies d\u2019adieu ne mettent plus en place les m\u00eames rituels qu\u2019auparavant. Comme l\u2019explique Philippe Ari\u00e8s, <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[L]a soci\u00e9t\u00e9 moderne a priv\u00e9 l\u2019homme de sa mort et [\u2026] elle ne la lui rend que s\u2019il ne s\u2019en sert plus pour troubler les vivants.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Aujourd\u2019hui, \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 mill\u00e9naire du deuil, plus ou moins spontan\u00e9e ou impos\u00e9e selon les \u00e9poques, a succ\u00e9d\u00e9 au milieu du XX<sup>e\u00a0 <\/sup>si\u00e8cle son interdiction. [\u2026] Il ne convient plus d\u2019afficher sa peine ni m\u00eame d\u2019avoir l\u2019air d\u2019en \u00e9prouver<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Alors que dans le drame canettien le deuil est quasiment \u00e9vacu\u00e9, dans l\u2019\u0153uvre th\u00e9orique et autobiographique de l\u2019auteur, compos\u00e9e de trois volumes de m\u00e9moires et de plusieurs tomes de r\u00e9flexions -, il occupe une place privil\u00e9gi\u00e9e. En effet, \u00e0 contrecourant de son \u00e9poque, Canetti consacre sa vie enti\u00e8re \u00e0 une v\u00e9ritable\u00a0\u00e9criture de la mort et du deuil, le deuil de \u00ab\u00a0ses morts\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e2-dire, de tous les disparus qui lui \u00e9taient chers et qui il tient \u00e0 maintenir en vie en les gardant \u00e9ternellement dans sa m\u00e9moire. Dans ses \u00e9crits Canetti accorde un r\u00f4le capital au po\u00e8te, qui a selon lui une t\u00e2che extr\u00eamement importante\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La mort est le fait premier et le plus ancien, [\u2026] le fait unique. [\u2026] Elle est le superlatif tr\u00e8s r\u00e9el de tout\u00a0[\u2026]. Aussi longtemps qu\u2019il y aura la mort, tout dit sera un contredit, contre elle [\u2026]. Aussi longtemps qu\u2019il y aura la mort, aucune beaut\u00e9 ne sera belle, aucune bont\u00e9 ne sera bonne.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Les essais de s\u2019en accommoder [\u2026] ont \u00e9chou\u00e9. La constatation qu\u2019il n\u2019y a rien apr\u00e8s la mort [\u2026] a conf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la vie un sacre nouveau et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Le po\u00e8te, qui peut, par la force de ce que nous avons appel\u00e9 assez sommairement son vice, participer \u00e0 des vies nombreuses, participe aussi \u00e0 toutes les morts dont ces vies sont menac\u00e9es. Sa propre peur [\u2026] doit devenir peur de la mort de tous. Sa propre haine [\u2026] doit devenir haine de la mort de tous. C\u2019est cela, et rien d\u2019autre, sa contradiction au temps, qui est rempli de myriades et de myriades de morts<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Canetti consid\u00e8re le po\u00e8te comme un \u00ab\u00a0gardien des m\u00e9tamorphoses<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>\u00a0\u00bb \u00e0 travers lesquelles il essaie de redonner la vie aux disparus en les immortalisant par l\u2019\u00e9criture<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Il serait gardien non seulement des m\u00e9tamorphoses pr\u00e9sentes dans l\u2019h\u00e9ritage litt\u00e9raire de l\u2019humanit\u00e9, qu\u2019il doit chercher \u00e0 s\u2019assimiler, conserver et transmettre, mais \u00e9galement de celles qu\u2019il doit pratiquer lui-m\u00eame<a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a> en maintenant ouverts \u00ab\u00a0les acc\u00e8s <em>entre<\/em> les \u00eatres\u00a0\u00bb et en pouvant \u00ab\u00a0devenir\u00a0<em>n\u2019importe qui<\/em>, le plus infime, le plus na\u00eff, le plus impuissant m\u00eame<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a>\u00a0\u00bb. En \u00ab\u00a0accueillant\u00a0\u00bb tous ces personnages dans lesquels le po\u00e8te se m\u00e9tamorphose, il deviendrait, selon Canetti, un combattant de la mort\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Il y a l\u00e0 [\u2026] la puissance des personnages qui le tiennent occup\u00e9, qui ne l\u00e2chent pas l\u2019espace qu\u2019ils ont pu investir en lui. Ils r\u00e9agissent \u00e0 travers lui, comme s\u2019il \u00e9tait constitu\u00e9 par eux. Ils sont sa majorit\u00e9, articul\u00e9e et consciente\u00a0; ils sont, dans la mesure o\u00f9 ils vivent en lui, sa r\u00e9sistance contre la mort. [\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La vie multiforme qui passe en lui [\u2026] lui donne la force de s\u2019opposer \u00e0 la mort. [\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cela ne saurait \u00eatre l\u2019affaire du po\u00e8te, de livrer l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 la mort. [\u2026] M\u00eame si ceci appara\u00eet \u00e0 tout le monde comme une entreprise vaine, il cherchera \u00e0 l\u2019\u00e9branler\u00a0; et jamais [\u2026] il ne capitulera. Ce sera son orgueil, de r\u00e9sister aux messages du n\u00e9ant, qui deviennent toujours plus nombreux dans la litt\u00e9rature\u00a0; et de les combattre avec d\u2019autres moyens que les leurs<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ce \u00ab\u00a0devoir de m\u00e9moire\u00a0\u00bb trouve un \u00e9cho dans les r\u00e9cits de ceux qui ont surv\u00e9cu la plus grande des atrocit\u00e9s du lourd XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la Shoah. \u00ab\u00a0Dans un camp, l\u2019une des raisons de survivre, c\u2019est qu\u2019on peut devenir un t\u00e9moin<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a>.\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9clairage que nous propose Giorgio Agamben sur les prisonniers des camps de concentration de la Shoah, semble ajouter une nouvelle dimension ou \u00ab\u00a0fonction\u00a0\u00bb au deuil, lorsqu\u2019on fait le deuil des victimes d\u2019une telle atrocit\u00e9. Les rescap\u00e9s, qui ont surv\u00e9cu les d\u00e9plorables exp\u00e9riences et tortures qui leur ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es dans ces centres de mise \u00e0 mort en masse, permettent \u00e0 d\u2019autres, \u00e0 travers leur t\u00e9moignage, d\u2019apprendre en d\u00e9tail ce qui s\u2019est pass\u00e9 et de faire, comme eux, le deuil des personnes assassin\u00e9es. Ils pr\u00eatent une voix \u00e0 ceux qui n\u2019ont plus de voix et essaient de repr\u00e9senter l\u2019irrepr\u00e9sentable. Cette tentative d\u2019\u00ab\u00a0\u00e9largissement\u00a0\u00bb du deuil \u00e0 d\u2019autres personnes qui n\u2019ont pas forc\u00e9ment connu les morts, a un propos sp\u00e9cifique\u00a0: raconter, rem\u00e9morer, rendre l\u2019individualit\u00e9 \u00e0 chaque personne disparue avant son temps &#8211; pr\u00e9occupation partag\u00e9 par Canetti, pour qui il ne faut pas \u00ab\u00a0compter les morts\u00a0\u00bb -, et emp\u00eacher que cette terrible exp\u00e9rience se r\u00e9p\u00e8te.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><u>Le silence qui cache les in\u00e9galit\u00e9s<\/u><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 400px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00ab Tant qu\u2019il y aura la mort, la soumission n\u2019est pas possible. \u00bb <\/em><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>(<\/em>Elias Canetti<em>, Le Livre contre la mort)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Derri\u00e8re l\u2019apparente harmonie de la soci\u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e par la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb, qui semble avoir r\u00e9ussi \u00e0 \u00ab\u00a0ma\u00eetriser\u00a0\u00bb le \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb de la mort, se cache, n\u00e9anmoins, la r\u00e9volte silencieuse de ceux qui ne sont pas satisfaits du r\u00e9gime, dont l\u2019existence r\u00e9v\u00e8le qu\u2019il n\u2019y a pas de consensus dans l\u2019acceptation et la r\u00e9signation devant la mort chez les membres de cette soci\u00e9t\u00e9 aux traits totalitaires. La discr\u00e9tion de ceux qui ne sont pas contents de la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb, mais qui n\u2019osent pas d\u00e9sob\u00e9ir, donne une fausse impression d\u2019harmonie sociale &#8211; ne pas voir ou ne pas parler des probl\u00e8mes fait penser qu\u2019ils n\u2019existent pas. Pourtant, m\u00eame avant l\u2019action de Cinquante, qui, en d\u00e9masquant les mensonges de la loi, ouvre le chemin aux dissidents qui trouvent le soutien et le courage pour s\u2019exprimer, nous pouvons observer leur m\u00e9contentement. Par exemple, dans le dialogue de l\u2019Homme et de la Femme, o\u00f9 cette derni\u00e8re (qui s\u2019appelle Quarante-trois) r\u00e9v\u00e8le son m\u00e9pris pour les \u00ab\u00a0Quatre-vingt-huitards\u00a0\u00bb, qu\u2019elle trouve pr\u00e9tentieux, sans c\u0153ur et sans compassion\u00a0; dans celui de Cinquante et du gar\u00e7on Dix, qui se croit autoris\u00e9 \u00e0 tout faire du fait qu\u2019il devra mourir bient\u00f4t<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a>\u00a0; dans celui du Premier et du Second, o\u00f9 le Premier regrette ne pouvoir jamais mener \u00e0 bien ses projets du fait d\u2019avoir trop peu de temps de vie<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a>\u00a0; et dans celui des deux jeunes dames, o\u00f9 la Seconde se vante d\u2019avoir plus de temps que son amie<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a>. L\u2019exemple peut-\u00eatre le plus frappant se trouve dans le dialogue des jeunes messieurs, o\u00f9 le Second, jaloux du Premier, exalte le caract\u00e8re arbitraire et in\u00e9gal du r\u00e9gime\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">SECOND. &#8211; [\u2026] Tu \u00e9tais un Dieu\u00a0! Rien qu\u2019\u00e0 cause de ce maudit nom. Pourquoi faut-il que tu t\u2019appelles Quatre-vingt-huit et moi Vingt-huit\u00a0? Es-tu meilleur que moi, es-tu plus intelligent et plus travailleur\u00a0? Non, au contraire\u00a0: tu es plus b\u00eate, plus mauvais et plus paresseux. Mais c\u2019\u00e9tait toujours\u00a0: Quatre-vingt-huit par-ci, Quatre-vingt-huit par-l\u00e0<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a>\u00a0!<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Tous ne sont pas satisfaits de la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb, et la d\u00e9couverte de Cinquante a, entre autres, le m\u00e9rite de mettre \u00e0 nu se que le syst\u00e8me essaie de cacher\u00a0: les diff\u00e9rences (d\u2019opinion) entre les membres de la population.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La dur\u00e9e de vie, devenant un capital, favorise la cr\u00e9ation d\u2019une hi\u00e9rarchie dans laquelle les plus riches de vie se sentent souvent sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux qui vont mourir plus t\u00f4t. Le capital de vie repr\u00e9sente n\u00e9anmoins une monnaie non \u00e9changeable, ce qui rend la situation encore plus injuste. La peur de d\u00e9sob\u00e9ir \u00e0 la loi fait pourtant que la r\u00e9volte de ceux qui n\u2019acceptent pas les termes de la loi reste cach\u00e9e, refoul\u00e9e. Bien que, comme nous l\u2019avons constat\u00e9, nombreux soient ceux qui n\u2019approuvent pas la distribution arbitraire des \u00ab\u00a0quotas\u00a0\u00bb de vie, le silence \u00e0 propos des sujets tabou impos\u00e9 par les autorit\u00e9s dissout toute tentative de r\u00e9volution. Ce n\u2019est qu\u2019avec la d\u00e9couverte de Cinquante que les opposants trouvent la force et le soutien dont ils ont besoin pour exprimer plus ouvertement leur pens\u00e9e. Ici nous pouvons identifier la question de la manipulation des masses et de l\u2019ob\u00e9issance aveugle aux ordres, l\u2019un des th\u00e8mes principaux que Canetti explore dans <em>Masse et puissance<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Et tous ceux qui sont partis trop t\u00f4t<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a>\u00a0?\u00a0\u00bb Dans la question pos\u00e9e par Cinquante au Capsulant, on entend la voix de Canetti. L\u2019auteur, \u00ab\u00a0l\u2019ennemi perp\u00e9tuel de la mort\u00a0\u00bb comme le d\u00e9finit Marion Dufresne, ne se conforme pas \u00e0 l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de la mort, ce qui constitue l\u2019aspect majeur du \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb de la mort pour lui. Pour l\u2019\u00e9crivain, d\u2019origine juive, toute mort est pr\u00e9coce, toute personne disparue semble s\u2019\u00eatre \u00e9teinte avant son temps. Canetti se dresse contre <em>toute<\/em> mort, toute mort repr\u00e9sente pour lui un \u00ab\u00a0assassinat juridique\u00a0\u00bb, et Cinquante, son <em>alter ego<\/em> dans le drame, r\u00e9volt\u00e9 de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 du syst\u00e8me, interroge le Capsulant \u00e0 propos de la loi, puisque la d\u00e9termination de la dur\u00e9e des quotas de vie distribu\u00e9s aux diff\u00e9rents membres de la population est compl\u00e9tement arbitraire. Cinquante d\u00e9fend l\u2019id\u00e9e selon laquelle chacun devrait vivre autant de temps qu\u2019il veut &#8211; ici on peut bien entendre la critique de Canetti \u00e0 la mort inflig\u00e9e &#8211; et sa qu\u00eate de la v\u00e9rit\u00e9 permet de l\u00e9gitimer le discours des opposants du syst\u00e8me dont la voix restait \u00e9touff\u00e9e par les mensonges du discours officiel.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le comportement m\u00e9prisable des sursitaires qui sont plus riches de temps renvoie \u00e9galement \u00e0 un autre \u00e9l\u00e9ment central de l\u2019anthropologie canettienne discut\u00e9 dans ses \u00e9crits th\u00e9oriques, le plaisir de la survie. Ceux qui se vantent d\u2019avoir plus de temps de vie que les autres ressemblent, par cet aspect, \u00e0 la figure du survivant, qui, selon Canetti, \u00e9prouve une satisfaction \u00e0 voir que c\u2019est l\u2019autre, et pas lui, qui est mort. Bien que l\u2019auteur ne se dise pas exempt de ce sentiment<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a>, il le condamne, et, comme nous l\u2019avons vu, tels les rescap\u00e9s de la Shoah qui \u00e9prouvent un sentiment de culpabilit\u00e9 d\u2019avoir surv\u00e9cu tandis que d\u2019autres ont p\u00e9ri et croient souvent n\u2019avoir surv\u00e9cu que pour raconter leurs exp\u00e9riences, Canetti met \u00e9galement en valeur l\u2019importance de la pr\u00e9servation et la transmission de la m\u00e9moire et de l\u2019histoire des disparus<a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><u>\u00ab\u00a0On ne meurt plus\u00a0\u00bb\u00a0: la chute du syst\u00e8me donnant suite aux malentendus<\/u><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 400px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00ab L\u2019immortalit\u00e9 est la seule chose qui ne supporte pas d\u2019ajournement. \u00bb\u00a0<\/em><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"> (Karl Kraus, <em>Dits et contredits<\/em>)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">SECOND. <strong>&#8211;<\/strong> Que s\u2019est-il pass\u00e9\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">PREMIER. <strong>&#8211;<\/strong> Une foule innombrable [\u2026], tout d\u2019un coup un homme [\u2026] hurle\u00a0: \u00ab\u00a0Finies les capsules\u00a0! [\u2026]\u00a0\u00bb [\u2026] Un autre bondit et s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0On ne meurt plus maintenant\u00a0! Maintenant, on vit, aussi longtemps qu\u2019on veut\u00a0! Libert\u00e9\u00a0! Libert\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[\u2026]<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">SECOND. <strong>&#8211;<\/strong> Chacun, \u00e0 pr\u00e9sent, d\u00e9cidera seul combien de temps il vivra\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">PREMIER. <strong>&#8211;<\/strong> Il n\u2019y aura pas grand-chose \u00e0 d\u00e9cider. Chacun vivra \u00e9ternellement<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>.\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le dialogue entre les deux coll\u00e8gues \u00e0 la fin des <em>Sursitaires<\/em> met en relief le danger repr\u00e9sent\u00e9 par ce syllogisme trompeur, qui m\u00e8ne \u00e0 une fausse interpr\u00e9tation de la r\u00e9alit\u00e9. Vu que, comme le montre Cinquante, l\u2019int\u00e9rieur des capsules est vide et ne contient aucune date de mort, on d\u00e9duit que l\u2019absence de la date de \u00ab\u00a0l\u2019instant\u00a0\u00bb fatal signifie que l\u2019instant fatal n\u2019existe plus. Or, la d\u00e9couverte de Cinquante provoque la chute du syst\u00e8me, et l\u2019abolition de ses lois. N\u00e9anmoins, ce qui est aboli, c\u2019est la pr\u00e9d\u00e9termination de l\u2019instant de la mort, et non pas la mort elle-m\u00eame. Autrement dit, la sentence de mort qui pesait sur la t\u00eate &#8211; ou bien autour du cou &#8211; de chaque membre de la population, cens\u00e9 mourir \u00e0 un instant pr\u00e9cis d\u00e9termin\u00e9 par l\u2019\u00c9tat, n&rsquo;existe plus, mais la mort demeure, souveraine. La seule diff\u00e9rence, c\u2019est que, comme dans \u00ab\u00a0l\u2019ancien temps\u00a0\u00bb, l\u2019instant fatal devient de nouveau inconnu.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cette r\u00e9action d\u2019une partie de la population, outre renforcer le fait que l\u2019acceptation du r\u00e9gime n\u2019\u00b4\u00e9tait pas unanime, semble mettre en relief que la peur et l\u2019horreur de la mort<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a> existent encore, et que ces sentiments, du moins chez les opposants du r\u00e9gime, n\u2019a pas chang\u00e9 avec l\u2019interdiction de la mort, et sont rest\u00e9s seulement refoul\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cinquante regrette son comportement, vu qu\u2019il remet le peuple dans un \u00e9tat d\u2019angoisse, comme le montre son dialogue avec le Capsulant\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CINQUANTE. \u2013 J\u2019ai tellement honte. Mais c\u2019est de mon aveuglement que j\u2019ai le plus honte. [\u2026] Vous auriez d\u00fb m\u2019an\u00e9antir imm\u00e9diatement.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0Dans cette perspective, la chute du syst\u00e8me peut ressembler \u00e0 un pas en arri\u00e8re dans \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9volution\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 des sursitaires, vu qu\u2019elle entra\u00eene le r\u00e9tablissement de l\u2019ancienne \u00e8re d\u2019incertitudes. Pourtant, le fait que Cinquante ait des supporteurs, ainsi que les mots du Premier coll\u00e8gue, par exemple, nous montrent que la mort est loin d\u2019\u00eatre souhait\u00e9 ou d\u00e9sir\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Tout le monde en a assez de la mort. (\u2026) Les gens ont repris conscience de leur droit \u00e0 la vie<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ainsi, bien que Cinquante regrette ce qu\u2019il a fait en raison des cons\u00e9quences de sa d\u00e9couverte, qui remet le peuple en souffrance face \u00e0 la conscience d\u2019\u00eatre de nouveau confront\u00e9 \u00e0 la perspective de la mort \u00e0 un instant inconnu, il joue un r\u00f4le capital dans le drame dans la mesure o\u00f9 il aide \u00e0 mettre \u00e0 nu les faiblesses d\u2019un r\u00e9gime bas\u00e9 sur un mensonge qui essaie d\u2019\u00e9touffer le discours de ses opposants au profit de son maintien.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb de la mort, le pouvoir et le contr\u00f4le sur sa vie, ainsi que sur sa mort que chaque membre de cette soci\u00e9t\u00e9 croit avoir du seul fait de connaitre son instant fatal, n\u2019est qu\u2019une fausse apparence, car on ne le connait pas. De m\u00eame, l\u2019id\u00e9e que tout membre de la population serait content de conna\u00eetre son \u00ab\u00a0instant\u00a0\u00bb est fausse. Afin de montrer les effets n\u00e9gatifs sur l\u2019homme de la connaissance de son \u00ab\u00a0instant\u00a0\u00bb fatal et le danger qui repr\u00e9senterait une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 tout individu connait l\u2019heure de sa mot, Canetti nous pr\u00e9sente dans <em>Les Sursitaires<\/em> un drame qui, en m\u00eame temps qu\u2019il renvoie \u00e0 l\u2019interdiction de la mort dans le monde occidental contemporain, met \u00e9galement l\u2019accent sur la valeur de la vie. Nous pouvons identifier dans la croyance de certains \u00e0 ce syllogisme trompeur \u00e9voqu\u00e9 plus haut leur foi dans l\u2019utopie de l\u2019immortalit\u00e9 ch\u00e9rie par l\u2019auteur du drame ou bien son d\u00e9sir cach\u00e9 de rester en vie. Chaque voix qui se l\u00e8ve et s\u2019oppose aux dict\u00e9s de la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb et au syst\u00e8me de \u00ab\u00a0quotas\u00a0\u00bb de vie g\u00e9r\u00e9 par le Capsulant fait \u00e9cho au discours d\u2019Elias Canetti contre le tr\u00e9pas. La lutte de Cinquante pour que chaque personne puisse avoir le droit de vivre autant de temps qu\u2019elle veut n\u2019est autre que la lutte de l\u2019auteur juif contre le meurtre et la peine capitale, contre la mort programm\u00e9e, \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e, contre la d\u00e9termination enfin d\u2019un terme \u00e0 la vie, qui est aussi la lutte de son peuple &#8211; malgr\u00e9 le fait que Canetti rejette la dimension politique de son \u0153uvre, ainsi que les \u00e9tiquettes et toute tentative de syst\u00e9matisation de sa pens\u00e9e. Nous pourrions ainsi consid\u00e9rer <em>Les Sursitaires<\/em>, pi\u00e8ce que Canetti lui-m\u00eame consid\u00e8re comme centrale pour son \u0153uvre toute enti\u00e8re<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a>, comme un riche \u00e9chantillon d\u2019analyse qui en dit beaucoup non seulement sur les enjeux de la mort dans notre soci\u00e9t\u00e9, et sur les dangers qu\u2019y sont li\u00e9s, mais aussi sur sa pens\u00e9e et sur sa lutte contre la mort et contre son instrumentalisation.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00ab\u00a0Quand je dis que je veux combattre la mort, \u00e7a sonne dr\u00f4le, en tout cas incompr\u00e9hensible. Est-ce que cela signifie que je veux \u00e9chapper \u00e0 la mort ou m&rsquo;en cacher, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre\u00a0? C&rsquo;est le contraire. Ce que j&rsquo;essaie, c&rsquo;est de lui faire face, je ne me cache pas de la mort. Je veux toujours savoir exactement o\u00f9 elle se trouve, o\u00f9 elle me menace et surtout o\u00f9 elle menace les autres. Je souhaite prot\u00e9ger ceux que je connais, qui sont proches de moi (\u2026). Donc, c&rsquo;est juste le contraire de la censure. (\u2026). C&rsquo;est une tentative de ne jamais occulter la mort et de ne jamais se cacher d\u2019elle, de toujours la regarder dans les yeux<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\"><sup><strong>[40]<\/strong><\/sup><\/a>.\u00a0\u00bb<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Nous avons vu, \u00e0 travers notre analyse de la repr\u00e9sentation de la mort dans la pi\u00e8ce <em>Les Sursitaires<\/em>, que le dernier drame canettien entretient des rapports avec \u00ab\u00a0l\u2019interdiction\u00a0\u00bb de la mort et du deuil dans le monde occidental contemporain. Dans un premier temps, nous avons analys\u00e9 la \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb de la mort propos\u00e9e par la \u00ab\u00a0Sainte Loi\u00a0\u00bb\u00a0; dans un deuxi\u00e8me temps, nous avons \u00e9voqu\u00e9 la place du deuil dans l\u2019intrigue\u00a0; ensuite, nous avons examin\u00e9 les in\u00e9galit\u00e9s du r\u00e9gime et la r\u00e9volte refoul\u00e9e de ceux qui ne sont pas satisfaits de leurs capitaux de vie, et finalement, nous avons \u00e9tudi\u00e9 le danger repr\u00e9sent\u00e9 par le syllogisme trompeur de ceux qui veulent croire, apr\u00e8s la d\u00e9couverte de Cinquante, que la mort a \u00e9t\u00e9 abolie. En m\u00eame temps, nous avons essay\u00e9 de montrer les liens \u00e9troits qui existent entre <em>Les Sursitaires<\/em> (ainsi qu\u2019entre les deux premi\u00e8res pi\u00e8ces canettiennes et son roman) et son \u0153uvre en prose.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au contraire des sursitaires qui ob\u00e9issent aveuglement aux dict\u00e9s de la loi et acceptent avec r\u00e9signation l\u2019id\u00e9e de mourir \u00e0 un instant pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9, Canetti fait de sa vie un combat solitaire contre le tr\u00e9pas, dans lequel il ne capitule jamais, d\u00e9cid\u00e9 de ne pas se cacher de sa pire ennemie. Si l\u2019abolition de la mort et la conqu\u00eate de l\u2019immortalit\u00e9 restent une utopie, Canetti veut n\u00e9anmoins alerter sur le danger repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019instrumentalisation du tr\u00e9pas &#8211; dans <em>Les Sursitaires<\/em>, \u00e0 travers une tentative de \u00ab\u00a0ma\u00eetrise\u00a0\u00bb du ph\u00e9nom\u00e8ne l\u00e9tal qui, dans un premier temps apparemment efficace dans son but d\u2019apaiser la population, se montre fausse et criminelle, et ainsi, condamnable. En outre, le r\u00e9gime bas\u00e9 sur un mensonge et, ainsi, vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec, s\u2019effondre, ce qui provoque encore plus de d\u00e9g\u00e2ts, car la population retombe dans l\u2019\u00e9tat d\u2019angoisse et d\u2019inqui\u00e9tude des temps anciens et se voit encore plus d\u00e9stabilis\u00e9e qu\u2019avant. L\u2019anthropologie de Canetti est assez claire sur l\u2019avilissement de l\u2019homme provoqu\u00e9 par la mort\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Je pense que parmi tous les ph\u00e9nom\u00e8nes, l&rsquo;effet de la mort est le plus terrible, celui qui cause le plus de d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 l&rsquo;homme, celui qui le d\u00e9figure davantage ; parce que ce n&rsquo;est pas seulement que nous devons mourir &#8211; cela, nous le savons, puisque nous ne pouvons pas vraiment abolir la mort &#8211; pourtant il arrive que des gens se livrent \u00e0 la mort, acceptent trop facilement et trop vite que cela doit \u00eatre ainsi, ils se laissent corrompre tr\u00e8s vite par la mort et croient que, puisque la mort est dans le monde parce que nous ne pouvons pas l\u2019\u00e9viter, au moins nous pouvons l\u2019utiliser, nous pouvons l\u2019instrumentaliser. Les personnes qui aspirent \u00e0 d\u00e9tenir le pouvoir ont tendance \u00e0 employer les autres \u00e0 leurs fins, \u00e0 les envoyer en guerre pour accro\u00eetre leur propre pouvoir, cela se produit, on peut le voir depuis le d\u00e9but de l&rsquo;histoire, et chez nous, cela s&rsquo;est intensifi\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on vraiment catastrophique, qui a conduit le monde au bord de la ruine. C&rsquo;est, pour ainsi dire, le grand effet flagrant de la mort\u00a0: l&rsquo;utilisation de la mort par les puissants. Mais la m\u00eame chose se produit dans la vie ordinaire\u00a0: nous comptons sur la mort, nous consid\u00e9rons naturel d\u2019h\u00e9riter des biens des autres, par exemple\u00a0; beaucoup de gens attendent la mort d\u2019un autre pour h\u00e9riter, ils comptent donc toujours sur la mort<a href=\"#_ftn41\" name=\"_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><u>Notice bibliographique<\/u><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">AGAMBEN, Giorgio, <em>Ce qui reste d\u2019Auschwitz. L\u2019Archive et le t\u00e9moin Homo sacer III, <\/em>traduit de l\u2019italien par Pierre Alferri, Paris, Payot et Rivages, 1999.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">ARENDT, Hannah, <em>Les origines du totalitarisme\u00a0: Eichmann \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Paris, Galimard, 2002.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">ARIES, Philippe, <em>Essais sur l\u2019histoire de la mort en Occident<\/em>, Paris, Seuil, 1977.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>_____________, L\u2019homme devant la mort<\/em>, Paris, Seuil, 1977.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>_____________ (dir.), La mort aujourd\u2019hui, <\/em>colloque de Saint-Maximin, Marseille, Rivages, 1982.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BARNOUW, Dagmar<em>, <\/em>\u00ab Doubting death: On Elias Canetti\u2019s Drama \u201aThe Deadlined \u00bb, in <em>Mosaic: An Interdisciplinary Critical Journal v<\/em><em>ol. 7, <\/em><em>n<\/em>\u00b0<em>2<\/em>, Winnipeg, University of Manitoba, 1974.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BARTHES, Roland,\u00a0<em>Journal de deuil<\/em>, Paris, Seuil, 2009.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">BLONDELOT, Xavier,\u00a0<em>Une soci\u00e9t\u00e9 sans mort<\/em>, Paris, Champ social, 2020.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">CANETTI, Elias, <em>Th\u00e9\u00e2tre (Dramen)<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Fran\u00e7ois Rey et Heinz Schwarzinger, Paris, Albin Michel, 1986.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>______________, Dramen<\/em>, Frankfurt am Main, Fischer Taschenbuch Verlag, 1978 (\u00e9dition\u00a0originale : M\u00fcnchen, Carl Hanser Verlag, 1964).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">______________, <em>Le livre contre la mort<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Bernard Kreiss, Paris, Albin Michel, 2018.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>______________, Masse et puissance<\/em> (<em>Masse und Macht)<\/em>, traduit de l\u2019Allemand par Robert Rovini, Paris, Gallimard 1966 (\u00e9dition originale allemande\u00a0: Hamburg, Claassen Verlag, 1960).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>_____________, La Conscience des mots (Das Gewissen der Worte)<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Roger Lewinter, Paris, Albin Michel, 1984 (premi\u00e8re \u00e9dition allemande\u00a0: M\u00fcncher, Carl Hanser Verlag, 1976).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">______________, <em>\u00c9crits autobiographiques<\/em>, traduit par Michel-Fran\u00e7ois Demet, Armel Guerne, Bernard Kreiss et Walter Weideli, Paris, La Pochoth\u00e8que, Albin Michel, 1998.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>______________, Arrebatos verbales<\/em>. <em>D<\/em><a href=\"https:\/\/uzb.swisscovery.slsp.ch\/discovery\/fulldisplay?docid=alma990100976680205508&amp;context=L&amp;vid=41SLSP_UZB:UZB&amp;lang=de&amp;search_scope=DiscoveryNetwork&amp;adaptor=Local%20Search%20Engine&amp;tab=41SLSP_UZB_DN&amp;query=any%2Ccontains%2Carrebatos%20verbales\"><em>ramas, ensayos, discursos y conversaciones<\/em><\/a>, Barcelona, Debolsillo, 2013.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">DESPRET, Vinciane,\u00a0<em>Au bonheur des morts<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2017.<\/span><br \/><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">DREYER, Pascal\u00a0(dir.),\u00a0<em>Faut-il faire son deuil\u00a0?<\/em>, Paris, Autrement, 2009.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">DUFRESNE, Marion, <em>L\u2019ennemi de la mort. Le combat perp\u00e9tuel d\u2019Elias Canetti<\/em>, Berne, Peter Lang, 2014.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">GORER, Geoffrey,<em>\u00a0Ni pleurs ni couronnes, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de Pornographie de la mort<\/em>, traduit par H\u00e9l\u00e8ne Allouche, Paris, \u00c9ditions E.P.E.L.,1995.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">LEVI, Primo, <em>Si c\u2019est un homme<\/em>, Paris, Laffont, 2002.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">MALACHY, Th\u00e9r\u00e8se, <em>La mort en situation dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain. Ghelderode, Sartre, Beckett, Ionesco<\/em>, Paris, Nizet, 1982.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">MOLINI\u00c9, Magali,\u00a0<em>Soigner les morts pour gu\u00e9rir les vivants<\/em>, Paris, Les Emp\u00eacheurs de penser en rond, 2006.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">MORIN, Edgar, <em>L\u2019homme et la mort<\/em>, Paris, Seuil, 2002 (premi\u00e8re \u00e9dition\u00a0: 1970).<\/span><br \/><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">NANCY, Jean-Luc,\u00a0<em>L\u2019Intrus<\/em>, Paris, Galil\u00e9e, 2000.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">NATHAN, Tobie et DAGOGNET, Fran\u00e7ois,\u00a0<em>La Mort vue autrement<\/em>, Paris, Les Emp\u00eacheurs de penser en rond, 1999.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">ONFRAY, Michel, <em>Th\u00e9orie de la dictature<\/em>, Paris, Robert Laffont, 2019.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">RANCIERES, Jacques, <em>L\u2019Art et la m\u00e9moire des camps. Repr\u00e9senter, exterminer<\/em>, Paris, Seuil, 2001.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">SARRAZAC, <em>Jean-Pierre, Po\u00e9tique du drame moderne. De Henrik Ibsen \u00e0 Bernanrd-Marie Kolt\u00e8s<\/em>, Paris, Seuil, 2012.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">STEUSSLOFF, Axel Gunther, \u00ab Exkurs. Die metaphorische \u00dbberwindung des Todes im Akt des Schreibens \u00bb, in <em>Id.<\/em> (dir.), <em>Autorschaft und Werk Elias Canettis. Subjekt <\/em><strong>&#8211;<\/strong><em> Sprache <\/em><strong>&#8211; <\/strong><em>Identit\u00e4t, <\/em>W\u00fcrzburg, K\u00f6nigshausen und Neumann, 1994.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">TASSIN, \u00c9tienne, \u00ab\u00a0Hannah Arendt et la sp\u00e9cificit\u00e9 du totalitarisme\u00a0\u00bb, in <em>Revue Fran\u00e7aise d&rsquo;Histoire des Id\u00e9es Politiques n. 6. Dictature et totalitarisme<\/em>\u00a0: Colloque des 15 et 16 mai 1997 \u00e0 la Fondation Singer-Polignac (2<sup>e<\/sup> semestre de 1997), Paris, L\u2019Harmattan, 1997, pp. 367-388.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Canetti, Elias, <em>Th\u00e9\u00e2tre<\/em>, <em>(Dramen)<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Fran\u00e7ois Rey et Heinz Schwarzinger, Paris, Albin Michel, 1986, page de garde.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> L\u2019autre raison \u00e9tait la disparition de quelqu\u2019un qui lui \u00e9tait tr\u00e8s proche. L\u2019int\u00e9r\u00eat que Canetti portait \u00e0 la dur\u00e9e de la vie humaine, question qui est de nos jours \u00e0 la base de certaines recherches scientifiques, \u00e0 notre avis ne fait que souligner le caract\u00e8re pr\u00e9curseur de la pens\u00e9e de l\u2019auteur.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Cette id\u00e9e est \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9e, par exemple, dans le titre de la version br\u00e9silienne du texte, \u00ab Os que t\u00eam \u00e0 hora marcada\u00a0\u00bb (que nous pourrions traduire comme \u00ab ceux qui ont l\u2019heure fix\u00e9e \u00bb), ainsi que dans le titre de la version anglaise du drame, <em>The Numbered<\/em> (\u00ab Les num\u00e9rot\u00e9s \u00bb). N\u00e9anmoins, elle semble se perdre um peu dans la traduction fran\u00e7aise du titre, <em>Les Sursitaires<\/em> (que nous traduisons comme \u00ab ceux qui ont obtenu un sursis \u00bb).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Canetti, Elias, <em>op. cit<\/em>., p. 241.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Id.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Autrement dit, un individu peut r\u00e9v\u00e9ler son nom, qui indique l\u2019\u00e2ge de sa mort, mais pas l\u2019\u00e2ge qu\u2019il a, ce qui permettrait aux autres de d\u00e9couvrir l\u2019instant de sa mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> En ce qui concerne le vieillissement du corps et la maladie, il est int\u00e9ressant de noter comment cette interdiction s\u2019observe dans le monde virtuel des r\u00e9seaux sociaux, o\u00f9 l\u2019on se soucie g\u00e9n\u00e9ralement de ne pas montrer ses faiblesses et de publier des photos de soi sur lesquelles l\u2019on para\u00eet toujours jeune, en forme et actif.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ari\u00e8s, Philippe, <em>Essais sur l\u2019histoire de la mort en Occident<\/em>, Paris, Seuil, 1977, pp.46-47.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 46.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Ari\u00e8s, Philippe, <em>Essais sur l\u2019histoire de la mort en Occident<\/em>, p. 61. Voir \u00e9galement <em>Ibid.<\/em>, p. 212\u00a0: \u00ab\u00a0La mort a recul\u00e9 et elle a quitt\u00e9 la maison pour l\u2019h\u00f4pital.\u00a0; elle est absente du monde familier de chaque jour. L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui, faute de la voir assez souvent et de pr\u00e9s, l\u2019a oubli\u00e9e\u00a0: elle est devenue sauvage [\u2026]. \u00bb Voir aussi Blondelot, Xavier,\u00a0<em>Une soci\u00e9t\u00e9 sans mort<\/em>, Paris, Champ social, 2020.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> Ari\u00e8s, Philippe<em>, <\/em><em>L\u2019homme devant la mort<\/em>, Paris, Seuil, 1977, p. 562<em>.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Morin, Edgar, <em>L\u2019homme et la mort<\/em>, Paris, Seuil, 2002, pp. 339-340.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Canetti, Elias, <em>op. cit<\/em>., pp. 243-245.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Ari\u00e8s, Philippe<em>, Essais sur l\u2019histoire de la mort en Occident<\/em>, p. 61.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Il est int\u00e9resssant de noter que la loi des sursitaires semble avoir \u00e0 leurs yeux quelque chose de divin, d\u2019une instance sup\u00e9rieure.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> Nom suggestif qui donne l\u2019impression que la loi est inviolable \u2013 comme l\u2019affirme le Capsulant \u00e0 Cinquante, la loi est \u00ab sacr\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> \u00c0 propos de l\u2019opposition r\u00e9signation \u00e0 la mort <em>versus<\/em> lutte pour la vie, voir Levi, Primo, <em>Si c\u2019est un homme<\/em>, Paris, Laffont, 2002.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Canetti, Elias, <em>op. cit.<\/em>, pp. 272-274.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Voir Arendt, Hannah, <em>Les origines du totalitarisme\u00a0: Eichmann \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Paris, Galimard, 2002 ; Gill, Louis, \u00ab <em>L\u2019atomisation sociale\u00a0: condition de la domination totale<\/em> \u00bb, in <em>Spirale<\/em>, No. 176, janvier-f\u00e9vrier 2001, p. 16\u00a0; Tassin, \u00c9tienne, \u00ab\u00a0Hannah Arendt et la sp\u00e9cificit\u00e9 du totalitarisme\u00a0\u00bb, in <em>Revue Fran\u00e7aise d&rsquo;Histoire des Id\u00e9es Politiques <\/em>N. 6.<em> Dictature et totalitarisme<\/em>\u00a0: Colloque des 15 et 16 mai 1997 \u00e0 la Fondation Singer-Polignac (2<sup>e<\/sup> semestre de 1997), Paris, L\u2019Harmattan, 1997, pp. 367-388.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> et Onfray, Michel, <em>Th\u00e9orie de la dictature<\/em>, Paris, Robert Laffont, 2019.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Ari\u00e8s, Philippe, <em>Essais sur l\u2019histoire de la mort en Occident<\/em>, pp. 176-180.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> <em>Id., <\/em><em>La Conscience des mots (Das Gewissen der Worte)<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Roger Lewinter, Paris, Albin Michel, 1984.<\/span><\/p>\n<ol style=\"text-align: justify;\" start=\"22\">\n<li><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">22.<\/span><\/li>\n<\/ol>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a><em> Ibid.<\/em>, pp. 319-331.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> La responsabilit\u00e9 du po\u00e8te de (re)transmettre les histoires repr\u00e9sente pour Canetti une sorte de r\u00e9sistance par la litt\u00e9rature contre la mort, une victoire m\u00e9taphorique contre la mort \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture qui t\u00e9moigne de l\u2019immortalisation du sujet \u00e9crivain, ainsi que de celle de ses personnages, \u00e9ternis\u00e9s dans son \u0153uvre.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Voir <em>Ibid<\/em>., p. 326 : \u00ab Dans un monde (\u2026) qui accro\u00eet inconsid\u00e9r\u00e9ment les moyens de son autodestruction (\u2026)\u00a0; il para\u00eet essentiel que quelques-uns continuent, malgr\u00e9 tout, \u00e0 exercer ce don de la m\u00e9tamorphose.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Voil\u00e0 qui serait, \u00e0 mon sens, la t\u00e2che proprement dite des po\u00e8tes.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> <em>Id<\/em>. \u00c0 ce propos, voir <em>Ibid<\/em>., pp. 326-327 : \u00ab\u00a0Par la m\u00e9tamorphose seulement (\u2026) on parviendrait r\u00e9ellement \u00e0 sentir ce qu\u2019un \u00eatre est derri\u00e8re ses mots\u00a0; on ne pourrait saisir autrement la consistance r\u00e9elle de ce qu\u2019il y a l\u00e0 de vivant.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> <em>Ibid<\/em>., pp. 329-331.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> Agamben, Giorgio, <em>Ce qui reste d\u2019Auschwitz<\/em>. <em>L\u2019Archive et le t\u00e9moin. Homo sacer III, <\/em>traduit de l\u2019italien par Pierre Alferri, Paris, Payot et Rivages, 1999, p. 15.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> \u00c0 cause de son nom, qui d\u00e9termine qu\u2019il mourra \u00e1 l\u2019\u00e2ge de Dix ans. Voir Canetti, Elias, <em>Th\u00e9\u00e2tre<\/em>, pp. 263-266.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> Voir <em>Ibid<\/em>., pp. 266-270.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> Voir <em>Ibid<\/em>., pp. 277-280.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 310<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 305.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Il avoue l\u2019avoir d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> \u00c0 ce propos, voir <em>Id<\/em>., <em>Le Livre contre la mort<\/em>, traduit de l\u2019allemand par Bernard Kreiss, Paris, Albin Michel, 2018, p. 122\u00a0: \u00ab\u00a0Raconter, raconter, jusqu\u2019\u00e0 ce que personne ne meure plus. Mille et une nuits, un million et une nuits. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> <em>Id., Th\u00e9\u00e2tre<\/em>, pp.312-313. Cette r\u00e9plique ressemble \u00e0 une variation d\u2019une remarque que fait Canetti \u00e0 propos du \u00ab\u00a0Journal du Dr. Hachiya\u00a0\u00bb sur la satisfaction du peuple Japonais de la revanche contre leurs ennemis de guerre. Voir <em>I<\/em><em>d<\/em>., <em>La Conscience des mots<\/em>, p. 258 : \u00ab\u00a0Il est probable que, tant que dure l\u2019exaltation, beaucoup imaginent que, d\u00e9sormais, il ne leur faudrait plus mourir. \u00bb<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> \u00c0 propos de de la peur de la mort, qui commence entre la fin du XVIII<sup>e<\/sup> et le d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, voir Ari\u00e8s, Philippe, <em>Essais sur l\u2019histoire de la mort em Occident<\/em>, pp. 112-114.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> <em>Id., Th\u00e9\u00e2tre<\/em>, p. 313.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> Voir <em>Ibid<\/em>., quatri\u00e8me de couverture.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> Canetti, Elias<em>, <\/em>\u00ab\u00a0Extractos de conversaciones con Peter Laemmle (1994)\u00a0\u00bb, in <em>Id.<\/em>, <em>Arrebatos verbales<\/em> <a href=\"https:\/\/uzb.swisscovery.slsp.ch\/discovery\/fulldisplay?docid=alma990100976680205508&amp;context=L&amp;vid=41SLSP_UZB:UZB&amp;lang=de&amp;search_scope=DiscoveryNetwork&amp;adaptor=Local%20Search%20Engine&amp;tab=41SLSP_UZB_DN&amp;query=any%2Ccontains%2Carrebatos%20verbales\">dramas, ensayos, discursos y conversaciones<\/a>, Barcelona, Debolsillo, 2013, pp. 861<strong>&#8211;<\/strong>862 (Ma traduction).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref41\" name=\"_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a> <em>Ibid.<\/em>, pp. 860-861.<\/span><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1452?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1452?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Satisfaits\u00a0! 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