{"id":1447,"date":"2023-07-11T18:07:45","date_gmt":"2023-07-11T16:07:45","guid":{"rendered":"https:\/\/carnet-critique.com\/?p=1447"},"modified":"2024-04-13T06:14:10","modified_gmt":"2024-04-13T04:14:10","slug":"lecriture-de-la-survivance-chez-herve-guibert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/2023\/07\/11\/lecriture-de-la-survivance-chez-herve-guibert\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9CRITURE DE LA SURVIVANCE CHEZ HERV\u00c9 GUIBERT"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">N\u00e9 \u00e0 Paris en 1955, Herv\u00e9 Guibert est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1991 apr\u00e8s un combat contre la maladie du sida. L\u2019\u00e9preuve de la d\u00e9s\u00e9gr\u00e9gation du corps suite \u00e0 l\u2019incubation du virus et de la mort in\u00e9luctable est affront\u00e9e par l\u2019\u00e9criture de la trilogie compos\u00e9e de <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em> (Guibert, 1990), <em>Le protocole compassionnel <\/em>(Guibert, 1991) et <em>Cytom\u00e9galovirus\u00a0: journal d\u2019une hospitalisation <\/em>(Guibert<em>,<\/em> 1992). Auteur dont la graphomanie r\u00e9affirme son talent litt\u00e9raire, Guibert est c\u00e9l\u00e8bre aussi dans le monde journalistique, cin\u00e9matographique et artistique. Outre ses articles dans <em>Le Monde<\/em> et <em>L\u2019Autre journal<\/em>, il est le co-auteur du sc\u00e9nario du film <em>L\u2019Homme bless\u00e9<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a><\/em> (Ch\u00e9reau et Guibert 1983) et r\u00e9alisateur du film retra\u00e7ant sa maladie <em>La pudeur ou l\u2019impudeur<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em>. Il est \u00e9galement l\u2019auteur de plusieurs chansons interpr\u00e9t\u00e9es par la chanteuse qu\u00e9b\u00e9coise Carole Laure. Les diff\u00e9rentes activit\u00e9s artistiques et litt\u00e9raires nous livre l\u2019image d\u2019un \u00e9crivain-artiste qui montre une pr\u00e9dilection \u00e0 la mise en sc\u00e8ne de son corps con\u00e7u comme objet esth\u00e9tique. Par ailleurs la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019auteur, r\u00e9affirm\u00e9e par la parution de <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, n\u2019exempte pas les critiques de certains lecteurs qui pointent du doigt un exc\u00e8s de voyeurisme, un go\u00fbt affich\u00e9 du scandale et un d\u00e9voilement incoercible de son intimit\u00e9 par l\u2019\u00e9vocation des sc\u00e8nes pornographiques et morbides. N\u00e9anmoins, nous pouvons consid\u00e9rer l\u2019\u00e9criture subversive de Guibert comme un signe avant-coureur de la litt\u00e9rature de l\u2019extr\u00eame contemporain qui a fait de l\u2019\u00e9mancipation du corps une th\u00e9matique \u00e0 revendication <em>queer<\/em> comme dans les \u00e9crits de Mathieu Riboulet (Riboulet, 2008) ou ceux de Nina Bouraoui (Bouraoui, 2021).\u00a0 \u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">S\u2019il y a une th\u00e9matique omnipr\u00e9sente dans les \u0153uvres autobiographiques d\u2019Herv\u00e9 Guibert, c\u2019est celle du corps\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mon corps est un laboratoire que j\u2019offre en exhibition, l\u2019unique acteur, l\u2019unique instrument de mes d\u00e9lires organiques<\/em>. \u00bb (Guibert 1977, 183-184) De l\u2019\u00e9criture de la jouissance sexuelle fr\u00f4lant la pornographie qui se r\u00e9pand dans les r\u00e9cits relatant l\u2019exp\u00e9rience homosexuelle de cet auteur, \u00e0 celle de la maladie amorc\u00e9e par le premier roman du cycle du sida, le rapport que Guibert entretient avec son corps est fonci\u00e8rement influenc\u00e9 par la d\u00e9couverte de sa s\u00e9ropositivit\u00e9. Bien que le lien entre \u00e9rotisme, corps et mort soit abord\u00e9 dans le premier recueil de l\u2019auteur, la d\u00e9couverte de sa s\u00e9ropositivit\u00e9 est appr\u00e9hend\u00e9e comme une \u00e9criture intime de l\u2019indicible de la maladie et de la mort. Si le premier volet de ses \u0153uvres c\u00e9l\u00e8bre les jouissances du corps comme dans <em>Le fou de Vincent <\/em>(Guibert, 1989), un roman qui retrace la passion de l\u2019auteur avec un \u00e9ph\u00e8be Vincent, la deuxi\u00e8me partie montre comment la maladie conditionne l\u2019appr\u00e9hension de ce corps d\u00e9sormais rong\u00e9 par le sida et vou\u00e9 \u00e0 la disparition imminente. Ainsi l\u2019ensemble des \u0153uvres autobiographiques de l\u2019auteur pourrait \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e dans une logique de cause \u00e0 effet dans la mesure o\u00f9 le sida n\u2019est que la cons\u00e9quence irr\u00e9vocable de la vie tumultueuse et des relations homosexuelles de l\u2019auteur. Par ailleurs <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em> constitue un aveu de la s\u00e9ropositivit\u00e9 et une forme de conjuration de la mort <em>fatum<\/em>. Ce r\u00e9cit devient d\u00e8s lors une \u0153uvre charni\u00e8re qui marque le revirement de la prose guibertienne dans l\u2019\u00e9criture de la maladie achev\u00e9e par le suicide de l\u2019auteur. Il en d\u00e9coule une appr\u00e9hension ambigu\u00eb du corps \u00e0 la fois objet de jouissance et rappel de la disparition, ce qui nous invite \u00e0 se questionner sur le rapport entre l\u2019\u00e9criture et la mort chez cet auteur. L\u2019\u00e9criture rev\u00eat-elle une fonction purgative qui cherche \u00e0 apprivoiser la mort ou se limite-t-elle \u00e0 une simple narration d\u00e9tach\u00e9e d\u2019une exp\u00e9rience de la maladie\u00a0? Faut-il appr\u00e9hender cette esth\u00e9tisation de la mort dans la continuit\u00e9 de la fascination que cette th\u00e9matique exerce, d\u00e8s la publication de <em>La mort propagande<\/em>, sur l\u2019auteur m\u00eame avant sa s\u00e9ropositivit\u00e9 ou, au contraire, comme la seule conjuration possible face \u00e0 la maladie et \u00e0 la mort\u00a0?<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions, nous allons nous int\u00e9resser dans un premier volet aux strat\u00e9gies scripturales et narratives d\u00e9ploy\u00e9es par l\u2019auteur afin d\u2019apprivoiser la mort. Nous allons nous int\u00e9resser, en deuxi\u00e8me lieu, \u00e0 l\u2019analogie plus ou moins implicite que l\u2019auteur effectue entre l\u2019univers m\u00e9dical et l\u2019univers concentrationnaire qui, se d\u00e9pouille de sa fonction r\u00e9siliente et devient un ultime rappel de la mort. Il en d\u00e9coule une \u00e9tude du rapport entre l\u2019\u00e9criture et la survivance dans la troisi\u00e8me partie de notre analyse.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>I- Apprivoiser la mort<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>1- <\/strong><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>\u00c9rotisme thanatique<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Dans <em>Les Larmes d\u2019\u00c9ros<\/em>, Georges Bataille souligne le rapport entre l\u2019\u00e9rotisme et la mort. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>C\u2019est [\u2026] du fait que nous sommes humains, et que nous vivons dans la sombre perspective de la mort, que nous connaissons la violence exasp\u00e9r\u00e9e, la violence d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de l\u2019\u00e9rotisme<\/em>\u00a0\u00bb (Bataille 1978, 62) Ing\u00e9nieuse \u00e0 alimenter plusieurs paradoxes, l\u2019\u00e9criture chez Herv\u00e9 Guibert cherche \u00e0 fixer le moment du court-circuitage path\u00e9mique qui donne lieu \u00e0 un d\u00e9r\u00e8glement des \u00e9motions. Il semble que le lien entre l\u2019\u00e9rotisme et la mort corrobore, sous la plume de cet auteur, \u00e0 transmuer l\u2019\u00e9criture en une exp\u00e9rience intime de l\u2019indicible \u00e9rotico-thanatique. Dans ce sens, l\u2019exp\u00e9rience \u00e9rotique est une pratique de l\u2019extr\u00eame sensuel et subversif comme disparition qui s\u2019apparente \u00e0 une m\u00e9taphore de la mort.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ce rapport complexe entre<em> \u00e9ros<\/em> et <em>thanatos<\/em> est v\u00e9cu \u00e0 m\u00eame le corps d\u00e8s la publication du premier r\u00e9cit de la trilogie du sida, <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em> et se laisse percevoir \u00e0 travers l\u2019opposition per\u00e7ue par le lecteur entre la beaut\u00e9 ang\u00e9lique de l\u2019auteur et la mise en sc\u00e8ne de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du corps malade et souffrant\u00a0que le public d\u00e9couvre suite \u00e0 son apparition \u00e0 l\u2019\u00e9mission <em>Apostrophes<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em> et \u00e0 la diffusion de son film documentaire <em>La Pudeur ou l\u2019impudeur<\/em>. Comme le souligne Ren\u00e9 De Ceccatty \u00e0 propos de l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le contraste entre sa beaut\u00e9 et sa maladie qu\u2019il r\u00e9v\u00e9lait fut le d\u00e9clencheur d\u2019un grand retentissement m\u00e9diatique<\/em>. \u00bb (De Ceccatty 2012, 18) Par ailleurs, il serait r\u00e9ducteur de cantonner le lien entre calvaire corporel et \u00e9criture dans la po\u00e9tique guibertienne. Si l\u2019exp\u00e9rience de la maladie constituait pour les romantiques une source d\u2019inspiration, la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence et la mutilation du corps deviennent dans la litt\u00e9rature postmoderne et celle de l\u2019extr\u00eame contemporain l\u2019embl\u00e8me d\u2019une production litt\u00e9raire et artistique qui fait de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et du difforme sa marque de fabrique et une revendication des nouveaux canons esth\u00e9tiques. La prose d\u2019Herv\u00e9 Guibert s\u2019inscrit dans cette m\u00eame perspective et elle s\u2019alimente de l\u2019opposition comme principal moteur d\u2019un sentiment perplexe d\u2019horreur et de fascination que l\u2019on retrouve dans la beaut\u00e9 du style de l\u2019auteur et la suavit\u00e9 de son \u00e9criture, mais qui s\u2019\u00e9vertue \u00e0 d\u00e9tailler des sc\u00e8nes obsc\u00e8nes, \u00e0 choisir des th\u00e9matiques subversives \u00e0 forte teneur pornographique et \u00e0 vouloir profaner un corps en faisant de lui l\u2019objet de toutes les exp\u00e9rimentations sexuelles et m\u00e9dicales. Loin de limiter ses r\u00e9cits \u00e0 une narration intimidante de l\u2019exp\u00e9rience de sa maladie, Herv\u00e9 Guibert nous livre une \u00e9criture limite qui ne dissocie pas l\u2019exp\u00e9rience thanatique de sa dimension \u00e9rotique comme le montrent les sc\u00e8nes des \u00e9bats avec Jules\u00a0suite \u00e0 la d\u00e9couverte de leur s\u00e9ropositivit\u00e9 :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cette \u00e9bauche de baise me semblait sur l\u2019heure d\u2019une tristesse intol\u00e9rable, j\u2019avais l\u2019impression que Jules et moi \u00e9tions \u00e9gar\u00e9s entre nos vies et notre mort, et [\u2026] que nous faisions le point, par cet encha\u00eenement physique, sur le tableau macabre de deux squelettes sodomites. [\u2026] Jules me fit jouir en me regardant dans les yeux. [\u2026] Je bloquai mon sanglot dans ma gorge en le faisant passer pour un soupir de d\u00e9tente. (Guibert 1990, 156)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le r\u00e9cit de Guibert proc\u00e8de par r\u00e9p\u00e9tition et d\u00e9clinaison des sc\u00e8nes \u00e9rotiques qui s\u2019apparentent \u00e0 une ritualisation du macabre de la maladie<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Par ailleurs, l\u2019\u00e9criture n\u2019est pas d\u00e9nud\u00e9e de sa fonction jouissive partag\u00e9e avec le lecteur. C\u2019est \u00e0 travers la tension entre qu\u00eate avort\u00e9e d\u2019euphorie \u00e9rotique et angoisse tragique de la mort que nous pouvons trouver des \u00e9chos dans l\u2019analyse de Georges Bataille et les travaux des auteurs comme Pierre Klossowski et Maurice Blanchot. Le d\u00e9chainement des \u00e9motions contradictoires qui se situent au-del\u00e0 des limites cherchent \u00e0 atteindre le sublime qui, au-del\u00e0 de la d\u00e9finition rh\u00e9torique, d\u00e9signe l\u2019abolition des fronti\u00e8res entre les \u00e9motions contradictoires. La confusion des sentiments se nourrit de l\u2019opposition entre l\u2019effusion d\u2019un <em>augmentum <\/em>\u00e9rotique comme premi\u00e8re source de vie et la m\u00e9lancolie thanatique qui s\u2019ouvre devant le narrateur d\u00e9sormais atteint du sida. L\u2019\u00e9criture dans <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em> est une r\u00e9p\u00e9tition compulsive des sc\u00e8nes \u00e9rotiques, qui sont un perp\u00e9tuel rappel de la premi\u00e8re cause de la maladie, afin de s\u2019affranchir de la mort et avoir une certaine souverainet\u00e9 sur elle. Maurice Blanchot \u00e9crit \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u00a0<em>[L\u2019] on ne peut que si l\u2019on reste ma\u00eetre de soi devant la mort, si l\u2019on a \u00e9tabli avec elle des rapports de souverainet\u00e9. <\/em>\u00bb (Blanchot 1988, 110) Il en r\u00e9sulte une absence totale du ressentiment ou de repentir comme le r\u00e9v\u00e8le la sc\u00e8ne du cur\u00e9 italien s\u00e9ropositif fascin\u00e9 par le corps du jeune Po\u00e8te nu \u00e0 travers laquelle Guibert semble faire un pied de nez \u00e0 tout discours moralisateur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>[Il] \u00e9tait \u00e9bloui, \u00e0 la fois mortifi\u00e9 et r\u00e9chauff\u00e9 par son \u00e9blouissement, pr\u00eat \u00e0 se prosterner [\u2026] et il pronon\u00e7a cette phrase\u00a0: \u2018\u2019Le diable n\u2019existe pas, c\u2019est une pure invention des hommes\u2019\u2019. <\/em>\u00bb (Guibert 1990, 141) Par ailleurs, la souverainet\u00e9 devant la mort qui sert de contrepoint \u00e0 un ressentiment moral n\u2019exclue pas la pr\u00e9sence implicite du registre religieux par le recours \u00e0 la passion christique pour d\u00e9peindre l\u2019agonie de Muzil, personnage qui renvoie \u00e0 Michel Foucault avec lequel Herv\u00e9 Guibert entretenait une relation d\u2019amiti\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>2- L\u2019agonie de Foucault<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le rapport tragique inh\u00e9rent \u00e0 la mort et celui du plaisir \u00e9rotique nous permet de faire une transposition entre le sentiment de douleur et du plaisir chez le lecteur. Comme l\u2019a soulign\u00e9 Nietzsche dans <em>La Naissance de la trag\u00e9die <\/em>(Nietzsche 1872), la tension dionysiaque associe le sacrificiel \u00e0 la souverainet\u00e9 que l\u2019on retrouve dans les travaux de Bataille. La jouissance de l\u2019\u00e9criture-lecture est aussi une transposition du plaisir \u00e9rotique comme le rappelle Barthes dans <em>Le Plaisir du texte<\/em> (Barthes 1973). Par ailleurs, un autre parall\u00e9lisme entre les analyses de Bataille et le texte guibertien nous permet de montrer comment la figuration de ce rapport s\u2019effectue \u00e0 travers le recours \u00e0 des images qui, se r\u00e9f\u00e9rer aux travaux de Didi-Huberman (Didi-Huberman 2002), alimentent un <em>pathos<\/em> archa\u00efque refoul\u00e9 chez l\u2019auteur-narrateur. La sc\u00e8ne de l\u2019agonie forme un lieu d\u2019interf\u00e9rence entre l\u2019image archa\u00efque refoul\u00e9e de la m\u00e8re de l\u2019auteur, qui a voulu avorter du b\u00e9b\u00e9 et du p\u00e8re violent et autoritaire qui exer\u00e7ait dans un abattoir. L\u2019auteur a int\u00e9rioris\u00e9, pendant son enfance, la sc\u00e8ne de la mort des b\u00eates ex\u00e9cut\u00e9es qui sont une projection de sa propre souffrance et de son rapport avec la mort. Guibert rapporte dans <em>Le Mausol\u00e9e des amants<\/em> (Guibert 2001) les circonstances de sa naissance\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">C\u2019est mon p\u00e8re qui l\u2019avait forc\u00e9e \u00e0 cet enfantement, [\u2026] et pendant ces neuf mois, son d\u00e9sir hyst\u00e9rique \u00e9tait de m\u2019expulser, [Ma m\u00e8re] se faisait tomber dans des escaliers pour me perdre. Lorsque enfant on m\u2019a extrait de son ventre, elle suppliait\u00a0: \u2018\u2019Pourvu qu\u2019il soit mort. Pourvu qu\u2019il soit mort-n\u00e9\u00a0!\u2019\u2019.\u00a0(Guibert 2001, 79)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0La survivance de ces sc\u00e8nes de naissance qui s\u2019ouvre sur l\u2019ab\u00eeme de la mort explique le recours, dans <em>Le Protocole compassionnel<\/em>, \u00e0 l\u2019<em>ekphrasis<\/em> \u00e9voquant la toile de Turner et \u00e0 la comparaison avec une b\u00eate \u00e9gorg\u00e9e qui fuit vainement la mort dans <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>. Ces \u00e9vocations renvoient implicitement \u00e0 la peinture rupestre de Lascaux repr\u00e9sentant le chaman-chasseur renvers\u00e9 par une bison bless\u00e9 dans un double transport extatique de jouissance sexuelle et de mort : \u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Tuner a peint \u2018\u2019La mort sur un cheval p\u00e2le\u2019\u2019, je repensais cette nuit \u00e0 cette image, elle me revenait tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment dans son galop, dans sa folie, j\u2019\u00e9tais moi-m\u00eame ce corps renvers\u00e9 sur sa monture, [\u2026] un abattoir de viande projet\u00e9 en avant par le mouvement, et qui d\u00e9s\u00e9quilibre l\u2019image. Le spectre, sur sa nudit\u00e9 de squelette, par un diad\u00e8me. (Guibert 1991, 176)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">J\u2019avais h\u00e2t\u00e9 de sortir de l\u00e0, je ne tenais sans doute pas sur mes jambes mais j\u2019avais envie de courir, de courir comme jamais, \u00e0 l\u2019abattoir chevalin la b\u00eate qu\u2019on vient de saigner au cou, sangl\u00e9e sous le flanc, continue de galoper, dans le vide. (Guibert 1990, 55)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00c0 travers le titre fort \u00e9nigmatique de <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, Herv\u00e9 Guibert dresse un processus d\u2019identification h\u00e9t\u00e9ropathique complexe (Laplanche et Pontalis 2007, 188) Un lecteur plus ou moins averti est en mesure de se poser la question sur l\u2019identit\u00e9 de la personne, cet \u2018\u2019ami\u2019\u2019 d\u00e9sign\u00e9 par le titre. S\u2019agit-il de Bill, l\u2019Am\u00e9ricain imposteur qui travaille dans un groupe pharmaceutique et qui a menti au narrateur en pr\u00e9tendant d\u00e9velopper un m\u00e9dicament contre le sida, du narrateur lui-m\u00eame qui n\u2019as pas r\u00e9confort\u00e9 Muzil agonisant \u00e0 son chevet de mort et qui a d\u00e9voil\u00e9 la cause de son d\u00e9c\u00e8s, du lecteur qui partage, en lisant, cette exp\u00e9rience sans pouvoir consoler le narrateur malade, ou encore le livre qui serait une veine tentative de la survie par l\u2019\u00e9criture\u00a0? L\u2019exp\u00e9rience autobiographique avec le sida et la mort est per\u00e7ue \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture imbriqu\u00e9e de la biographie de Muzil. Les affres de la maladie et de la mort de celui-ci ressuscitent chez le narrateur une image refoul\u00e9e de la mort accentu\u00e9e par la d\u00e9couverte de sa propre s\u00e9ropositivit\u00e9. En effet, d\u00e8s les premi\u00e8res pages du r\u00e9cit, le narrateur \u00e9voque la maladie de son ami\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Muzil, ignorant la teneur de ce qui le rongeait, l\u2019avait dit sur son lit d\u2019h\u00f4pital, avant que les savants le d\u00e9couvrent\u00a0: \u2018\u2019C\u2019est un machin qui doit nous venir de l\u2019Afrique.\u2019\u2019 Le sida, qui a transit\u00e9 par le sang des singes verts, est une maladie de sorciers, d\u2019envo\u00fbteurs. (Guibert 1990, 6)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Aussi, la d\u00e9couverte de la maladie de Muzil s\u2019apparente \u00e0 une substitution de l\u2019aura de l\u2019intellectuel par celle de la figure christique. Le raisonnement philosophique c\u00e8de la place \u00e0 la superstition et \u00e0 la peur de la maladie et de la mort chez un philosophe d\u2019ob\u00e9dience nietzsch\u00e9enne qui a fait du combat intellectuel et des prises de positions courageuses sa premi\u00e8re raison d\u2019\u00eatre. C\u2019est ce qui pourrait expliquer le choix de ce pseudonyme qui rappelle le titre <em>L\u2019homme sans qualit\u00e9<\/em>\u00a0de Robert Muzil (Muzil 1979). La lucidit\u00e9 intellectuelle et la sp\u00e9culation philosophique n\u2019ont plus cours quand il s\u2019agit de vivre cette exp\u00e9rience comme une fatalit\u00e9 in\u00e9luctable :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[M]aintenant qu\u2019il connaissait cette douleur Muzil la craignait par-dessus tout, \u00e7a se lisait d\u00e9sormais dans son \u0153il de panique d\u2019une souffrance qui n\u2019est plus ma\u00eetris\u00e9e \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps mais provoqu\u00e9e artificiellement par une intervention ext\u00e9rieure au foyer du mal sous pr\u00e9texte de le juguler [\u2026]. (Guibert 1990, 96)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Par ailleurs, le calvaire et la souffrance de Muzil pendant les jours qui pr\u00e9c\u00e8dent son d\u00e9c\u00e8s sont d\u00e9crit en invoquant le mythe de la passion christique. Le corps de Muzil dont la description ne manque pas de souligner la beaut\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Il faisait un temps splendide, Muzil \u00e9tait torse nu, je d\u00e9couvrais un corps magnifique, parfaitement muscl\u00e9, d\u00e9di\u00e9 et puissant [\u2026]<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 93), est stigmatis\u00e9 suite \u00e0 la ponction cervicale qui repr\u00e9sente m\u00e9taphoriquement la profanation de sa pens\u00e9e philosophique :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le surlendemain, dans le couloir, j\u2019aper\u00e7us Muzil derri\u00e8re la vitre, les yeux clos dans son drap blanc, on lui avait fait une ponction cervicale, il y avait la marque du trou sur son front. La veille il m\u2019avait demand\u00e9 la permission de fermer les yeux [\u2026], [il] avait seulement dit, comme un sphinx\u00a0: \u2018\u2019Tout red\u00e9marrera en 86 apr\u00e8s les l\u00e9gislatives.\u2019\u2019 Une infirmi\u00e8re me rattrapa dans le couloir et me dit que je n\u2019avais pas le droit d\u2019\u00eatre l\u00e0 sans autorisation pr\u00e9alable, [\u2026] on craignait qu\u2019un charognard prenne la photo de Muzil. (Guibert 1990, 105)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La narration de la s\u00e9ropositivit\u00e9 de Foucault et de son agonie entra\u00eene un sentiment confus de trahison et de la n\u00e9cessit\u00e9 de relater cette souffrance afin de se lib\u00e9rer des angoisses aliment\u00e9es par la similitude du sort avec le mourant. L\u2019\u00e9criture est v\u00e9cue comme une r\u00e9affirmation d\u2019un acte parricide de la part de l\u2019auteur-narrateur qui endosse la figure de Judas. Lors d\u2019une visite \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, le narrateur embrasse la main de Foucault. Cet acte d\u2019all\u00e9geance n\u2019est qu\u2019apparent car il consid\u00e8re ce corps somme source de contamination\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le lendemain j\u2019\u00e9tais seul dans la chambre avec Muzil, je pris longuement sa main [\u2026]. Puis j\u2019appliquai mes l\u00e8vres sur sa main pour la baiser. En rentrant chez moi, je savonnai ces l\u00e8vres, avec honte et soulagement, comme si elles avaient \u00e9t\u00e9 contamin\u00e9es [\u2026]. (Guibert 1990, 101)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Nous pouvons percevoir dans cet acte une allusion \u00e0 la trahison, par l\u2019\u00e9criture de ce r\u00e9cit, et la r\u00e9v\u00e9lation au grand public du secret de la maladie de Foucault. Loin de garder une fid\u00e9lit\u00e9 monacale \u00e0 cette confr\u00e9rie de s\u00e9ropositifs, le narrateur d\u00e9voile la maladie et l\u2019agonie de cette personne illustre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>II- Mort et atmosph\u00e8re concentrationnaire<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>2- Les revenants d\u2019Auschwitz<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La maladie de Muzil constitue, en outre, une d\u00e9couverte du milieu m\u00e9dical dans lequel les personnes s\u00e9ropositives sont implicitement assimil\u00e9es aux d\u00e9port\u00e9s d\u2019Auschwitz. Guibert d\u00e9nonce un parti pris pseudo-moral de la soci\u00e9t\u00e9 qui stigmatise les malades du sida\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Les autorit\u00e9s bavaroises recommandaient de tatouer un sigle bleu sur les fesses des personnes infect\u00e9es. <\/em>\u00bb (Guibert 1990, 160) Le combat contre le sida est per\u00e7u comme une guerre perdue d\u2019avance, mais que le narrateur doit poursuivre jusqu\u2019au bout de ses forces mentales et physiques. Guibert \u00e9crit dans <em>Cytom\u00e9galovirus\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>Ce journal-l\u00e0 devrait aussi \u00eatre un journal de guerre<\/em>. \u00bb (Guibert 1992, 18) Il proc\u00e8de, suite \u00e0 la d\u00e9couverte de sa s\u00e9ropositivit\u00e9, par une description analytique du tableau d\u2019Antonio Mancini intitul\u00e9 <em>Apr\u00e8s le duel<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><strong>[5]<\/strong><\/a><\/em> qui r\u00e9active un processus d\u2019empathie esth\u00e9tique, ou ce que Vischer appelle <em>einf\u00fchling<\/em>, augment\u00e9e par une identification \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du jeune homme repr\u00e9sent\u00e9 dans le tableau. Dans un autre passage, le narrateur compare des flacons d\u2019AZT utilis\u00e9s dans le traitement du sida, \u00e0 des minutions\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Depuis que je d\u00e9tenais ces munitions, [\u2026]la question \u00e9tait de savoir \u00e0 quelle posologie je devais commencer le traitement<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 228) Les r\u00e9cits de Guibert ne dissocient pas la correspondance entre souffrance psychique et corporelle caus\u00e9s par la maladie et chaos ext\u00e9rieur observ\u00e9 dans le milieu m\u00e9dical. Le narrateur m\u00e8ne la fronde contre le corps m\u00e9dical qui d\u00e9shumanise les personnes s\u00e9ropositives consid\u00e9r\u00e9es comme une engeance atteinte d\u2019une maladie inconnue, \u00ab\u00a0<em>un cancer qui touchait exclusivement les homosexuels<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 21) Cela confirme le parti pris de Muzil quant au rapport du patient avec le milieu m\u00e9dical :\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Muzil passa une matin\u00e9e \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour faire des examens, il me raconta \u00e0 quel point le corps, il l\u2019avait oubli\u00e9, lanc\u00e9 dans des circuits m\u00e9dicaux, perd toute identit\u00e9, ne reste plus qu\u2019un paquet de chair involontaire [\u2026]<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. (Guibert 1990, 32)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Comme dans <em>Si c\u2019est un homme <\/em>de Primo Levi, (Levi 1988) l\u2019\u00e9criture de la souffrance caus\u00e9e par le m\u00e9pris et la maltraitance devient une strat\u00e9gie de survie et de r\u00e9silience dans ce milieu m\u00e9dical compar\u00e9 au camp d\u2019Auschwitz\u00a0: \u00ab <em>Faire de la torture mentale (la situation dans laquelle je me trouve par exemple) un sujet d\u2019\u00e9tude, pour ne pas dire une \u0153uvre, rend la torture un peu plus supportable<\/em>. \u00bb (Guibert 1991, 54)\u00a0Le r\u00e9cit d\u00e9passe sa dimension autobiographique pour devenir une narration d\u2019un traumatisme collectif v\u00e9cu par les personnes atteintes dans lequel les infirmiers deviennent des bourreaux cyniques semblables aux agents de la <em>Schutzstaffel<\/em> dans le camp d\u2019Auschwitz\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00c0 l\u2019int\u00e9rieur de la chambre de r\u00e9animation c\u2019\u00e9tait un bordel incroyable, un n\u00e8gre houspillait la s\u0153ur de Muzil parce qu\u2019elle lui avait rapport\u00e9 en cachette des nourritures, il jetait par terre ses petits pots de flan \u00e0 la vanille en disant que c\u2019\u00e9tait interdit [\u2026]. Il dit qu\u2019on n\u2019\u00e9tait pas dans une biblioth\u00e8que, il attrapa les deux livres de Muzil [\u2026] et d\u00e9cr\u00e9ta que m\u00eame \u00e7a on n\u2019en voulait pas ici, qu\u2019il fallait uniquement le corps du malade et les instruments pour les soins. Dans un regard Muzil me pria de ne rien dire, et de sortir, moralement aussi il souffrait atrocement. (Guibert 1990, 103)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Consid\u00e9r\u00e9s comme porteur de fl\u00e9au, les s\u00e9ropositifs sont marginalis\u00e9s. Dans cette incompr\u00e9hension totale de la maladie et de ses causes, les autorit\u00e9s sanitaires cherchent \u00e0 limiter le contact des personnes atteintes avec les autres saines et leur consacre un pavillon dans un h\u00f4pital d\u00e9labr\u00e9 qui accentue le sentiment d\u2019exclusion et l\u2019atmosph\u00e8re du macabre\u00a0: \u00ab <em>[\u2026] L\u2019h\u00f4pital Claude-Bernard, datant des ann\u00e9es 20 et devenu insalubre, avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans des locaux neufs \u00e0 l\u2019exception du pavillon Chantemesse, [\u2026] b\u00e2timent exclusivement affect\u00e9 aux malades du sida [\u2026]<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 51) Le milieu m\u00e9dical est la cause d\u2019un clivage entre la psych\u00e9 et le corps (Brun 2013, 100), d\u2019une ali\u00e9nation v\u00e9cue au quotidien par le narrateur guibertien face au miroir\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Il n\u2019y avait pas un jour o\u00f9 je ne d\u00e9couvrais une nouvelle ligne inqui\u00e9tante, une nouvelle absence de chair sur la charpente [\u2026]. La peau refluait en arri\u00e8re de l\u2019os, il la poussait. [\u2026] Je ne peux pas dire non plus que j\u2019avais de la piti\u00e9 pour ce type, \u00e7a d\u00e9pend des jours, parfois j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il va s\u2019en sortir puisque des gens sont bien revenus d\u2019Auschwitz, d\u2019autres fois il est clair qu\u2019il est condamn\u00e9, en route vers la tombe, in\u00e9luctablement. (Guibert 1991, 18-19)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>2- L\u2019\u00e9criture du suicide<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Comme seule alternative de r\u00e9silience, l\u2019\u00e9criture corrobore \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 une d\u00e9gradation journali\u00e8re du corps malade et \u00e0 sa chosification en devenant un objet des tests m\u00e9dicaux. Elle permet de d\u00e9couvrir les ravages du virus sur un corps fam\u00e9lique. Paradoxalement, l\u2019\u00e9criture semble retracer un long cheminement douloureux per\u00e7u comme un pr\u00e9liminaire du suicide. Celui-ci devient une affirmation de toute-puissance et revendication d\u2019une mort fantasm\u00e9e et esth\u00e9tis\u00e9e. Dans <em>La Mort propagande<\/em>, Guibert affirme vouloir \u00ab\u00a0<em>[se] donner la mort sur sc\u00e8ne, devant les cam\u00e9ras. Donner ce spectacle extr\u00eame, excessif de [son] corps, dans [sa] mort<\/em>. \u00bb (Guibert 1977, 184) La seule emprise du narrateur sur la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de son corps se laisse percevoir par le long passage digressif dans lequel il se livre \u00e0 une analyse d\u00e9tach\u00e9e des effets des m\u00e9dicaments sur son sang vici\u00e9 par le virus du sida\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Les derni\u00e8res analyses, dat\u00e9es du 18 novembre, me donnent 368 T4, un homme en bonne sant\u00e9 en poss\u00e8de entre 500 et 2000. Les T4 sont cette partie des leucocytes que le virus du sida attaque en premier, affaiblissant progressivement les d\u00e9fenses immunitaires. [\u2026] Avant l\u2019apparition du sida, un inventeur de jeux \u00e9lectroniques avait dessin\u00e9 la progression du sida dans le sang. Sur l\u2019\u00e9cran du jeu d\u2019adolescents, le sang \u00e9tait un labyrinthe dans lequel circulait le Pacman, un shadok jeune actionn\u00e9 par une manette, qui bouffait tout sur son passage, vidant de leur plancton les diff\u00e9rents couloirs, menac\u00e9s en m\u00eame temps par l\u2019apparition prolif\u00e9rante de shadoks rouges encore plus gloutons. (Guibert 1990, 13)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9criture se veut d\u00e8s lors un acte vampire et une volont\u00e9 de se d\u00e9barrasser symboliquement de la maladie qui coule dans les veines du narrateur en se vidant du sang contamin\u00e9 qui le d\u00e9pouille de ses forces vitales. Herv\u00e9 Guibert d\u00e9clare dans un entretien \u00e0 propos de <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em> : \u00ab\u00a0<em>Raconter le processus de d\u00e9t\u00e9rioration de son sang va au-del\u00e0 de parler de son corps intime, c\u2019est parler de l\u2019int\u00e9rieur de son corps. C\u2019est un livre plus impudique que tous mes livres dits \u00e9rotiques.<\/em> \u00bb (Guibert et De Gaudemar 1990, 21) L\u2019\u00e9criture est un acte d\u2019ajournement d\u2019un suicide toujours diff\u00e9r\u00e9 afin de pouvoir terminer un livre dont la fin annonce la mort\u00a0: \u00ab <em>Oui, je peux l\u2019\u00e9crire, et c\u2019est sans doute cela ma folie, je tiens \u00e0 mon livre plus qu\u2019\u00e0 ma vie\u00a0; je ne renoncerais pas \u00e0 mon livre pour conserver ma vie, voil\u00e0 ce qui sera le plus difficile \u00e0 faire croire et comprendre<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 257)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La recherche du sens par l\u2019\u00e9criture explique le choix d\u2019Herv\u00e9 Guibert pour le genre autobiographique comme genre propice \u00e0 la mise en ordre des chaos de la vie renforc\u00e9e par la maladie et la mort. Comme le rappelle Jean-Bertrand Pontalis, l\u2019\u00e9criture autobiographique rev\u00eat une fonction n\u00e9crophile qui permet d\u2019anticiper la disparition et elle s\u2019apparente \u00e0 une plaidoirie posthume. (Matthieu-Castellani 1996) Le r\u00e9cit autobiographique \u00ab <em>appara\u00eet souvent comme une n\u00e9crologie anticip\u00e9e, comme le geste ultime d\u2019appropriation de soi et par l\u00e0 peut-\u00eatre comme un moyen de discr\u00e9diter ce que les survivants penseront et diront de vous, de conjurer le risque qu\u2019ils n\u2019en pensent rien<\/em>. \u00bb (Pontalis 1988, 51) La trame narrative a pour fil conducteur la mort qui vient condenser non seulement l\u2019appr\u00e9hension chronologique de l\u2019existence dans la mesure o\u00f9 le temps de l\u2019\u00e9criture ne d\u00e9passera gu\u00e8re l\u2019esp\u00e9rance de vie de la personne s\u00e9ropositive, en l\u2019occurrence les deux ans, mais aussi la perception du corps dont la d\u00e9gradation et la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence acc\u00e9l\u00e8re le processus de vieillissement. L\u2019auteur se compare d\u00e8s lors \u00e0 son entourage constitu\u00e9 de vielles personnes et sous-entend ainsi une rupture dans la g\u00e9n\u00e9alogie familiale en en devenant le dernier maillon rompu par la maladie et la mort :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Un corps de vieillard avait pris possession de mon corps d\u2019homme de trente-cinq ans, il \u00e9tait probable que dans la d\u00e9perdition de mes forces j\u2019avais largement d\u00e9pass\u00e9 mon p\u00e8re qui vient d\u2019en avoir soixante-dix, j\u2019ai quatre-vingt-quinze ans, comme ma grand-tante qui est impotente. (Guibert 1991, 12) \u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9criture chez Guibert n\u2019est pas une volont\u00e9 d\u2019expliquer une causalit\u00e9 de sa maladie, mais plut\u00f4t une recherche d\u2019un sens \u00e0 un d\u00e9sarroi chaotique caus\u00e9 par le sida. C\u2019est ce qui explique l\u2019\u00e9vocation avec d\u00e9tachement d\u00e9concertant dans <em>Le Mausol\u00e9e des amants <\/em>de ces aventures homosexuelles et au rapport cliv\u00e9 avec la mort. C\u2019est comme si l\u2019auteur jetait, \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture, un regard r\u00e9trospectif d\u2019outre-tombe\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Quand il m\u2019arrive de relire ce journal, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 une impression posthume. <\/em>\u00bb (Guibert 2001, 86) Cette perception du temps, de la vie en sursis alimente une conception instantan\u00e9e du v\u00e9cu par l\u2019\u00e9criture autobiographique dont le revers est un sentiment profond de mort ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment de mort-vivant, une existence en n\u00e9gatif, en spectre autobiographique similaires aux s\u00e9quences fragmentaires et silencieuses dans le film <em>La Pudeur<\/em> <em>ou l\u2019impudeur<\/em>. Au-del\u00e0 d\u2019une \u00e9criture de la maladie qui para\u00eet, du prime abord, une glorification d\u2019une vie menac\u00e9e par la mort, les r\u00e9cits de Guibert font l\u2019\u00e9loge du suicide comme acte d\u2019affirmation de la volont\u00e9 et de la libert\u00e9 de l\u2019homme car elle forme une possibilit\u00e9 d\u2019une autre alternative que celle de la peur. Dans cette perspective, cette conception du suicide fonci\u00e8rement affranchissant est partag\u00e9e par Blanchot qui \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>La mort pr\u00e8s de soi, docile et s\u00fbre, rend la vie possible, car elle est justement ce qui donne air, espace, mouvement joyeux et l\u00e9ger\u00a0: elle est la possibilit\u00e9<\/em>. \u00bb (Blanchot 1988, 119) Le premier r\u00e9cit de la trilogie devient un compte \u00e0 rebours d\u2019une vie condens\u00e9e comme le r\u00e9v\u00e8le la derni\u00e8re phrase du livre\u00a0: \u00ab <em>J\u2019ai enfin retrouv\u00e9 mes jambes et mes bras d\u2019enfant<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 267) Le corps acquiert un aspect sacrificiel par une \u00e9criture qui forme une d\u00e9clinaison esth\u00e9tis\u00e9e du suicide qui hante l\u2019auteur\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">[E]lle m\u2019interpella de l\u2019autre bout du magasin, d\u2019un air triomphal\u00a0: \u2018\u2019Elle est arriv\u00e9e la Digitaline\u00a0!\u2019\u2019 De ma vie jamais aucun commer\u00e7ant ne m\u2019a rien vendu avec autant de jubilation. La pharmacienne enveloppa le produit dans un petit morceau de papier kraft, ma mort co\u00fbtait moins de dix francs. Elle me souhaita une bonne journ\u00e9e d\u2019un air radieux et solennel, comme si elle e\u00fbt \u00e9t\u00e9 une employ\u00e9e d\u2019une agence de voyages qui venait de me vendre un tour du monde, et me souhaitait bon vent. (Guibert 1990, 244)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>III- \u00c9criture de la survivance<\/strong><\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>1- \u00c9criture comme exorcisme de la mort<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9criture de chaque \u0153uvre de la trilogie du sida s\u2019inscrit dans la logique du d\u00e9fi de la mort et red\u00e9finit le rapport entre le narrateur et son corps. Comme dans le film documentaire <em>La Pudeur ou l\u2019impudeur<\/em>, le narration guibertienne se veut un assainissement du corps anim\u00e9 par un sang vici\u00e9. La purification se laisse percevoir par le plaisir procur\u00e9 par les exercices physiques dans <em>Le Protocole compassionnel<\/em>. L\u2019\u00e9criture devient une trace concr\u00e8te de la survie de ce corps moribond qui laisse ses empreintes scripturales au-del\u00e0 de sa disparition. Si l\u2019\u00e9criture autobiographique est \u00e9troitement li\u00e9e au <em>topos<\/em> de la chute comme chez Montaigne ou Rousseau, il nous semble que chez Guibert la maladie ouvre un ab\u00eeme qui remonte \u00e0 la prime enfance de l\u2019auteur comme il le rapporte dans <em>Le Mausol\u00e9e des amants<\/em> quand il se rappelle du r\u00e9cit de sa m\u00e8re le d\u00e9crivant l\u2019instant de sa naissance : \u00ab\u00a0<em>Puis je t\u2019ai vu, dit-elle, tout petit et nu, mis\u00e9rable, pos\u00e9 sur une table, et j\u2019ai hurl\u00e9\u00a0: \u2018\u2019Attention\u00a0! Il va tomber ! &#8230;\u2019\u2019<\/em>.\u00bb (Guibert 2001, 54) Par ailleurs, les r\u00e9cits d\u2019Herv\u00e9 Guibert proc\u00e8dent par une logique du d\u00e9tournement de cette sc\u00e8ne qui hante l\u2019auteur-narrateur en l\u2019inscrivant dans un h\u00e9ritage litt\u00e9raire. Dans le premier r\u00e9cit de la trilogie, en l\u2019occurrence <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, Guibert pars\u00e8me la narration de plusieurs \u00e9vocations intertextuelles des \u0153uvres de Thomas Bernhard. Le r\u00e9cit se veut, outre une lutte contre le sida, une volont\u00e9 d\u2019apprivoiser une \u00e9criture qui cherche \u00e0 rivaliser avec le style de l\u2019auteur autrichien \u00e9galement connu par ses \u0153uvres relatant son long combat contre une maladie pulmonaire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>[E]t moi, pauvre Guibert, je jouais de plus belle, je fourbissais mes armes pour \u00e9galer le ma\u00eetre contemporain, moi pauvre petit Guibert, ex-ma\u00eetre du monde qui avait trouv\u00e9 plus fort que lui et avec le sida et avec Thomas Bernard<\/em>. \u00bb (Guibert 1990, 216) Il s\u2019agit d\u00e8s lors de mener une double lutte avec la n\u00e9cessit\u00e9 de la maintenir jusqu\u2019\u00e0 la fin. Parall\u00e8lement \u00e0 sa fonction cathartique de la peur de la mort, l\u2019\u00e9criture est un d\u00e9fi stylistique qui d\u00e9ploie toutes ses prouesses pour aboutir \u00e0 un livre achev\u00e9, \u00e0 une \u0153uvre dans le sens plein du terme. Ainsi, la chute ne se limite pas \u00e0 une hantise de la mort\u00a0; elle est aussi un pan qui risque de s\u2019ouvrir et qui menace l\u2019ach\u00e8vement de l\u2019\u0153uvre qui se veut \u00e9gale \u00e0 celle de Thomas Bernhard. D\u2019o\u00f9 le recours \u00e0 un autre intertexte, celui de Kafka quand Guibert parodie la c\u00e9l\u00e8bre sc\u00e8ne le <em>La M\u00e9tamorphose<\/em> (Kafka 2016) pour d\u00e9crire sa lutte contre la mort\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Je suis un scarab\u00e9e retourn\u00e9 sur sa carapace et qui se d\u00e9m\u00e8ne pour se remettre sur ses pattes. Je lutte. Mon Dieu, que cette lutte est belle. <\/em>\u00bb (Guibert 1991, 175) L\u2019\u00e9criture permet alors de se lib\u00e9rer de la mort en l\u2019anticipant et en l\u2019exorcisant par une sorte de lutte lucide comme le rappelle Maurice Blanchot\u00a0: \u00ab <em>L\u2019\u00e9crivain est [&#8230;] celui qui \u00e9crit pour pouvoir mourir et il est celui qui tient ce pouvoir d\u2019\u00e9crire d\u2019une relation anticip\u00e9e avec la mort. <\/em>\u00bb (Blanchot 1988, 114) L\u2019\u00e9criture devient pour l\u2019auteur \u00ab\u00a0<em>la seule fa\u00e7on d\u2019oublier<\/em>\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 54) et de vivre l\u2019\u00e9preuve de la mort pour en revenir riche d\u2019une sagesse implacable\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019\u00e9tais de nouveau vivant. J\u2019\u00e9crivais de nouveau. <\/em>\u00bb (Guibert 1991, 64) car comme le montre Blanchot\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Le g\u00e9nie affronte la mort, l\u2019\u0153uvre est la mort rendue vaine ou transfigur\u00e9e [\u2026].<\/em> \u00bb (Blanchot 1988, 115)<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>2- Un \u00e9change cannibale<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019image d\u2019un entourage constitu\u00e9 de personnes cannibales et plus particuli\u00e8rement du corps m\u00e9dical comme des vampires est partag\u00e9e par le narrateur guibertien lui-m\u00eame. La survivance implique un acte vampirique pour revigorer un corps d\u00e9charn\u00e9\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Je manque tellement de chair sur mes propres os [\u2026] que je deviendrais volontiers cannibale. Quand je vois le beau corps d\u00e9nud\u00e9, charnu d\u2019un ouvrier sur un chantier, je n\u2019aurais pas seulement envie de le l\u00e9cher, mais de mordre, de bouffer, de croquer, de mastiquer, d\u2019avaler. [\u2026] Je voudrais manger la chair crue et vivante, chaude, douce et infecte.\u00a0 (Guibert 1991, 106)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9criture ne se limite pas \u00e0 une volont\u00e9 d\u2019exorciser la mort \u00e0 travers la confession autobiographique, elle est aussi une invocation, \u00e0 travers les m\u00e9talepses et les adresses directes, de la connivence avec le lecteur. Par ailleurs, le lien du narrateur avec celui-ci semble affect\u00e9 et actualis\u00e9 par le rapport avec la maladie. En effet, dans <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, l\u2019auteur-narrateur reproche au lecteur un certain voyeurisme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Est-ce que vous supportez un r\u00e9cit avec autant de sang\u00a0? Est-ce que \u00e7a vous excite\u00a0?<\/em>\u00a0\u00bb (Guibert 1990, 123)\u00a0Il pointe du doigt une jouissance chez le lecteur nourrie par le spectacle morbide que celui-ci d\u00e9couvre lors de la lecture. Paradoxalement, cette m\u00eame lecture maintient un acte de vampirisme dans la mesure o\u00f9 le narrateur garde la vie en se nourrissant, m\u00e9taphoriquement, du sang du lecteur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J\u2019aime que \u00e7a passe le plus directement possible entre ma pens\u00e9e et la v\u00f4tre, que le style n\u2019emp\u00eache pas la transfusion<\/em>. \u00bb (Guibert 1991, 123) L\u2019auteur est d\u00e8s lors transfus\u00e9 par le sang du lecteur qui est touch\u00e9 par la forte charge path\u00e9mique du discours et il devient ainsi un alter \u00e9go en n\u00e9gatif du narrateur. L\u2019\u00e9criture progresse en alimentant la tension entre les attributs antinomiques de l\u2019auteur-narrateur et ceux du lecteur\u00a0; plaisir de lecture contre douleur et souffrance de la maladie, vigueur corporelle et intelligence ac\u00e9r\u00e9e contre faiblesse et aveuglement caus\u00e9s par la maladie, d\u00e9livrance suite \u00e0 la lecture et agrippement \u00e0 l\u2019\u00e9criture comme une seule possibilit\u00e9 de survie :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">C\u2019est mon \u00e2me que je diss\u00e8que\u2026Sur elle, je fais toutes sortes d\u2019examens, des clich\u00e9s en coupe, des investigations par r\u00e9sonnance magn\u00e9tiques, des endoscopies, des radioscopies et des scanners, dont je vous livre les clich\u00e9s, afin que vous les d\u00e9chiffriez sur la plaque lumineuse de votre sensibilit\u00e9. (Guibert 1991, 80-81)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert r\u00e9v\u00e8le comment le succ\u00e8s de son premier livre consacr\u00e9 au sida lui a permis de confronter la maladie. Il affirme avoir port\u00e9 ce livre \u00ab\u00a0<em>en lui comme un talisman [qui] prot\u00e9geait de la mort, qui l\u2019exorcisait\u00a0<\/em>\u00bb (Guibert 1991, 141) La d\u00e9dicace de son livre <em>Le Protocole compassionnel<\/em> : \u00ab\u00a0<em>Chacune de vos lettres m\u2019a boulevers\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb (Guibert 1991) \u00a0montre bien l\u2019enjeu d\u2019une \u00e9criture qui cherche \u00e0 se lib\u00e9rer de la souffrance et apprivoiser la mort en partageant son exp\u00e9rience avec les lecteurs : \u00ab\u00a0<em>En fait, j\u2019ai \u00e9crit une lettre qui a \u00e9t\u00e9 directement \u00e9t\u00e9 fax\u00e9e dans le c\u0153ur de cent mille personnes, c\u2019est extraordinaire. Je suis en train de leur \u00e9crire une nouvelle lettre. Je vous \u00e9cris<\/em>. \u00bb (Guibert 1991)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019un des motifs essentiels de l\u2019\u00e9criture autobiographique r\u00e9side dans sa fonction cathartique de l\u2019angoisse de la mort. H\u00e9ritiers d\u2019une riche histoire litt\u00e9raire traitant ce rapport entre \u00e9criture de la survivance et affres de la disparition, les r\u00e9cits contemporains con\u00e7oivent la narration des exp\u00e9riences traumatisantes de la mort comme une conjuration d\u2019une fin in\u00e9luctable. Il semble que la fascination de la mort comme une \u00e9preuve infaillible est la source m\u00eame de la production litt\u00e9raire et artistique\u00a0; une ultime possibilit\u00e9 d\u2019anticiper cet instant fatidique comme le montre Tolsto\u00ef dans <em>La Mort d\u2019Ivan Ilitch<\/em> (Tolsto\u00ef 1997) qui a fait de l\u2019agonie de son h\u00e9ros la supr\u00eame exp\u00e9rience de lucidit\u00e9 et de sagesse jamais v\u00e9cue. Dans ce m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, Maurice Blanchot affirme\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019homme meurt, cela n\u2019est rien, mais l\u2019homme est \u00e0 partir de sa mort, il se lie fortement \u00e0 sa mort, par un lien dont il est juge, il fait sa mort, il se fait mortel et, par-l\u00e0, se donne le pouvoir de faire et donne \u00e0 ce qu\u2019il fait son sens et sa v\u00e9rit\u00e9. La d\u00e9cision d\u2019\u00eatre sans \u00eatre est cette possibilit\u00e9 m\u00eame de la mort. (Blanchot 1988, 118)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9criture de la mort dans les \u0153uvres contemporaines n\u2019est pas seulement une exp\u00e9rience personnelle. Elle est aussi une tentative de surmonter le deuil des personnes disparues comme dans certaines \u0153uvres autobiographiques de Philippe Forest (Forest 1998) ou d\u2019Emmanuel Carr\u00e8re (Carr\u00e8re 2010). Pr\u00e9curseur dans l\u2019\u00e9criture autobiographique contemporaine dans son rapport avec la mort, <em>La Mort propagande<\/em> d\u2019Herv\u00e9 Guibert montre la fascination que cette th\u00e9matique exer\u00e7ait sur l\u2019auteur m\u00eame avent la d\u00e9couverte de sa s\u00e9ropositivit\u00e9. Aussi, la mort rev\u00eat chez cet auteur une possibilit\u00e9 d\u2019une \u00e9criture de l\u2019extr\u00eame et r\u00e9pond au questionnement d\u2019Antonin Artaud qui \u00e9crit dans <em>L\u2019art et la mort<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Qui, au sein de certaines angoisses, au fond de quelques r\u00eaves n\u2019a connu la mort comme une sensation brisante et merveilleuse avec quoi rien ne se peut confondre dans l\u2019ordre de l\u2019esprit\u00a0?<\/em>\u00bb (Artaud 1984, 123) Par ailleurs, cette fascination de la mort, m\u00eame avant la d\u00e9couverte de sa s\u00e9ropositivit\u00e9, rend l\u2019aura du jeune Herv\u00e9 Guibert plus \u00e9blouissant dans l\u2019imaginaire du lectorat. S\u2019inscrivant dans une longue liste des mythes litt\u00e9raires allant de Rimbaud \u00e0 Kafka en passant par Jarry et Radiguet, Guibert confirme encore une fois que la vie des prodiges litt\u00e9raires ne se mesure pas \u00e0 leur long\u00e9vit\u00e9 mais \u00e0 l\u2019aune de leur survivance, par le biais de leurs \u0153uvres, dans l\u2019imaginaire du lectorat. Que serait le nom Herv\u00e9 Guibert si l\u2019auteur ne l\u00e9guait pas \u00e0 ses lecteurs ces merveilleuses \u0153uvres litt\u00e9raires et artistiques\u00a0? Eph\u00e9m\u00e8re \u00e9pitaphe grav\u00e9e sur un tombeau du cimeti\u00e8re de <em>Rio nell\u2019Elba<\/em>.\u00a0\u00a0\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Artaud, Antonin, <em>L\u2019art et la mort<\/em>, In <em>\u0152uvres compl\u00e8tes I<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0N.R.F\u00a0\u00bb, 1984.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Barthes, Roland, <em>Le plaisir du texte<\/em>, [1973], Paris, Seuil, coll. \u00ab\u00a0Tel Quel\u00a0\u00bb, 2015.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Bataille, Georges, <em>Les larmes d\u2019\u00c9ros<\/em>, [1961], Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1978.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Blanchot, Maurice, <em>L\u2019espace litt\u00e9raire<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio Essais\u00a0\u00bb, 1988.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Bouraoui, Nina, <em>Satisfaction<\/em>, Paris, JC Latt\u00e8s, 2021.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Brun, Anne, \u00ab\u00a0La mort \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les \u00e9crits d\u2019Herv\u00e9 Guibert\u00a0\u00bb, In <em>Psychoth\u00e9rapies<\/em>, Vol.33, M\u00e9decine et hygi\u00e8ne, f\u00e9vrier 22013.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Carr\u00e8re, Emmanuel, <em>D\u2019autres vies que la mienne<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 2010.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ch\u00e9reau, Patrice et Guibert, Herv\u00e9, <em>L\u2019homme bless\u00e9<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Minuit, 1983.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">De Ceccatty, Ren\u00e9, \u00ab\u00a0Un pr\u00e9nom, quelques amis\u00a0\u00bb, dans <em>Herv\u00e9 Guibert<\/em>, <em>La Revue litt\u00e9raire<\/em>, N\u00b051, \u00c9ditions L\u00e9o Scheer, d\u00e9cembre 2012, p.15-20.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Didi-Huberman, Georges, <em>L\u2019image survivante<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Minuit, coll. \u00ab\u00a0Paradoxes\u00a0\u00bb, 2002.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Forest, Philippe, <em>L\u2019Enfant \u00e9ternel<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 1998.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Foucault, Michel, <em>Naissance de la clinique<\/em>, [1963], Paris, Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Quadrige \u00bb, 2015.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Foucault, Michel, <em>Surveiller et punir<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0N.R.F\u00a0\u00bb, 1975<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>La Mort propagande<\/em>, [1977], Paris, R\u00e9gine Deforges, 1991.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>Fou de Vincent<\/em>, Paris, Les \u00c9ditions du Minuit, 1989.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb, 1990.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, Entretien avec Antoine de Gaudemar, \u00ab\u00a0La vie sida\u00a0\u00bb, In <em>Lib\u00e9ration<\/em>,1<sup>er<\/sup> mars, 1990. p. 19-21.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>Le Protocole compassionnel<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb, 1991.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>Cytom\u00e9galovirus\u00a0: journal d\u2019hospitalisation<\/em>, Paris, Seuil, 1992.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>Le Mausol\u00e9e des amants. <\/em><em>Journal 1976-1991<\/em>, Paris, Gallimard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0N.R.F\u00a0\u00bb, 2001.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Kafka, Franz, <em>La M\u00e9tamorphose<\/em>, [1915], Paris, Garnier Flammarion, coll. \u00ab\u00a0G.F\u00a0\u00bb, 2016.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Laplanche, Jean et Pontalis, Jean-Bertrand, <em>Vocabulaire de la psychanalyse<\/em>, [1967], Paris, Presses Universitaires de France, 2007.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Levi, Primo, <em>Si c\u2019est un homme<\/em>, [1947], Paris, Pocket, 1988.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Matthieu-Castellani, Gis\u00e8le, <em>La sc\u00e8ne judiciaire de l\u2019autobiographie<\/em>, Paris, P.U.F, coll. \u00ab\u00a0\u00c9criture\u00a0\u00bb, 1996.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Muzil, Robert, <em>L\u2019homme sans qualit\u00e9<\/em>, [1930], Paris, Seuil, coll. \u00ab\u00a0Le Don des Langues\u00a0\u00bb, 1979.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Nietzsche, Friedrich, <em>La Naissance de la trag\u00e9die<\/em>, [1872], Paris, Flammarion, coll. \u00ab\u00a0G.F\u00a0\u00bb, 2015.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Pontalis, Jean-Bertrand, \u00ab\u00a0Derniers premiers mots\u00a0\u00bb, In <em>L\u2019autobiographie<\/em>, Paris, Les Belles Lettres, 1988, p.49-66.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Riboulet<em>, <\/em>Mathieu, <em>L\u2019Amant des morts<\/em>, Lagrasse, Verdier, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Tolsto\u00ef, L\u00e9on, <em>La Mort d\u2019Ivan Ilitch<\/em>, [1886], Paris, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio-Classiques\u00a0\u00bb, 1997.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ce livre est une r\u00e9\u00e9criture d\u2019un sc\u00e9nario d\u2019un film qui porte le m\u00eame nom. Ce sc\u00e9nario a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 au Festival de Cannes en 1983. Herv\u00e9 Guibert \u00e9voque la sc\u00e8ne de la r\u00e9ception du prix dans le 27<sup>\u00e8me<\/sup> chapitre de <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne<\/em> <em>m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>La Pudeur ou l\u2019impudeur<\/em> est un film documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Herv\u00e9 Guibert. L\u2019auteur a fait lui-m\u00eame le tournage en se filmant durant la p\u00e9riode entre juin 1990 et mars 1991. Il est diffus\u00e9, suite au d\u00e9c\u00e8s de l\u2019\u00e9crivain, sur TF1 le 30 janvier 1992.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>Herv\u00e9 Guibert \u00e9tait l\u2019invit\u00e9 de l\u2019\u00e9mission <em>Apostrophes<\/em> le 16-02-1990 \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019apparition de son livre \u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie. [En ligne]\u00a0: https:\/\/madelen.ina.fr\/collection\/bouillon-de-culture<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Dans <em>Les Larmes d\u2019\u00c9ros<\/em>, Georges Bataille \u00e9crit \u00e0 propos du rapport entre l\u2019\u00e9rotisme, la mort et le p\u00e9ch\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>S\u2019il est vrai qu\u2019essentiellement \u00ab\u00a0diabolique\u00a0\u00bb signifie la co\u00efncidence de la mort et de l\u2019\u00e9rotisme, pourrions-nous manquer, si le diable n\u2019est \u00e0 la fin que notre folie, si nous pleurons, si de longs sanglots nous d\u00e9chirent- ou bien si le fou rire nous prend-, pourrions-nous manquer d\u2019apercevoir, li\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9rotisme naissant, la pr\u00e9occupation, la hantise de la mort [\u2026]\u00a0<\/em>\u00bb, (Bataille 1978, 58).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Antonio Mancini, <em>Apr\u00e8s le duel<\/em>, [105 cm x 162 cm] 1872, Galeria Civica d\u2019Arte Moderna e Contemporanea, Turin.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>Rappelons \u00e0 ce propos que Michel Foucault consid\u00e8re le milieu m\u00e9dical comme une institution qui d\u00e9fend un bio-pouvoir. Comme les \u00e9coles ou les prisons, les h\u00f4pitaux assoient une ascendance politique sur l\u2019individu. ( Foucault 1963 et 1975).<\/span><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1447?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1447?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Paris en 1955, Herv\u00e9 Guibert est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1991 apr\u00e8s un combat contre la maladie du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1963,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","om_disable_all_campaigns":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[59],"tags":[],"class_list":["post-1447","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-mohamed-naouar"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Capture-decran-le-2024-04-13-a-00.13.18.png","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1447","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1447"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1447\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1503,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1447\/revisions\/1503"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1963"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1447"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1447"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1447"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}