{"id":1430,"date":"2023-07-11T17:32:58","date_gmt":"2023-07-11T15:32:58","guid":{"rendered":"https:\/\/carnet-critique.com\/?p=1430"},"modified":"2024-04-13T06:18:32","modified_gmt":"2024-04-13T04:18:32","slug":"la-representation-pathologique-dune-mort-progressive-la-trilogie-du-sida-dherve-guibert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/2023\/07\/11\/la-representation-pathologique-dune-mort-progressive-la-trilogie-du-sida-dherve-guibert\/","title":{"rendered":"REPR\u00c9SENTATION PATHOLOGIQUE D\u2019UNE MORT PROGRESSIVE : La trilogie du sida d\u2019Herv\u00e9 Guibert"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>R\u00e9sum\u00e9 :<br \/>\n<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019objectif de ces recherches est de comprendre comment Herv\u00e9 Guibert \u2013 qui, avec <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, a jou\u00e9 un r\u00f4le de pionnier dans la pr\u00e9sentation sociale et publique du sida \u2013, met en sc\u00e8ne sa mort progressive en racontant l\u2019histoire du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 C\u2019est l\u2019exp\u00e9rience biographique du sida, v\u00e9cue par l\u2019auteur qui nourrit l\u2019\u00e9criture de ses derniers livres et le rend le porte-parole des malades atteints du sida.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pour analyser l\u2019image de la mort, nous allons \u00e9tudier la construction du \u00ab je \u00bb dans ses rapports \u00e0 la douleur, aux alt\u00e9rations corporelles, \u00e0 la maladie, et aux pens\u00e9es suicidaires de l\u2019auteur dans sa trilogie du sida ; nous analyserons ainsi le syst\u00e8me narratif de son r\u00e9cit afin d\u2019appr\u00e9hender sa vision particuli\u00e8re \u00e0 propos d\u2019un \u00ab je \u00bb mourant qui manifeste \u00e0 travers une \u00e9criture pathologique.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En effet, loin d\u2019une repr\u00e9sentation symbolique, la mort est illustr\u00e9e durant le processus narratif comme une ombre qui suit le narrateur et qui r\u00e9v\u00e8le la v\u00e9rit\u00e9 douloureuse d\u2019une maladie incurable et douloureuse.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Nous allons \u00e9galement \u00e9tudier comment d\u2019apr\u00e8s Herv\u00e9 Guibert le sida peut mettre en jeu la vie du malade ; d\u2019une part il doit supporter la souffrance qui fait surgir \u00ab la n\u00e9cessit\u00e9 du suicide \u00bb (Guibert 1991, 56) et d\u2019autre part il doit accepter les prises de position de la soci\u00e9t\u00e9 et de son entourage qui cr\u00e9ent une sorte de la mort sociale anticip\u00e9e.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em><strong>Mots cl\u00e9s<\/strong>\u00a0: Narration, Mort, Sida, \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb, Alt\u00e9rations corporelles<\/em><\/span><\/p>\n<p><strong>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Herv\u00e9 Guibert (1955-1991) romancier, journaliste et photographe, \u00e9tait aussi critique au journal <em>Le Monde<\/em> pendant huit ans. Dans ces derniers ouvrages, il d\u00e9crit la progression rapide de sa maladie \u00e0 travers son quotidien et m\u00e8ne un travail pers\u00e9v\u00e9rant sur le SIDA, ses sympt\u00f4mes et son impact sur l\u2019individu (notamment \u00e0 travers son r\u00e9cit de soi, des photographies de son corps et un film, <em>La Pudeur ou l&rsquo;Impudeur<\/em>).\u00a0 <\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em> est le premier roman de trilogie du sida d\u2019Herv\u00e9 Guibert paru en 1990 o\u00f9 l\u2019auteur relate la maladie et la mort de son ami Michel Foucault (Muzil) \u00e9galement atteint du sida. C\u2019est dans cet ouvrage que Guibert, en r\u00e9v\u00e9lant sa maladie, joue un r\u00f4le de pionnier dans la pr\u00e9sentation sociale et publique du sida<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il illustre ainsi la vie quotidienne des malades du sida et repr\u00e9sente leur cri \u00e9touff\u00e9.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce livre est suivi par <em>Le Protocole compassionnel<\/em> qui est un roman autobiographique publi\u00e9 en 1991 o\u00f9 l\u2019auteur explique plus en d\u00e9tail sa maladie, sa lutte contre le sida et des traitements m\u00e9dicaux. C\u2019est dans ce livre qu\u2019il montre l\u2019univers hospitalier en relation avec cette maladie encore incurable \u00e0 l\u2019\u00e9poque. L\u2019histoire de ce livre se cr\u00e9e entre l\u2019espoir de la gu\u00e9rison gr\u00e2ce au nouveau m\u00e9dicament et la confrontation \u00e0 la mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019homme au chapeau rouge<\/em> est le troisi\u00e8me r\u00e9cit du triptyque sid\u00e9en d\u2019Herv\u00e9 Guibert publi\u00e9 en 1992 o\u00f9 l\u2019auteur aborde une double histoire concernant la peinture et les rencontres artistiques et le sida n\u2019appara\u00eet qu\u2019en arri\u00e8re-plan. L\u2019auteur d\u00e9clare ne plus vouloir \u00ab parler du sida \u00bb (Guibert 1992, 64) comme sujet central de ses \u00e9crits. <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u0153uvre d\u2019Herv\u00e9 Guibert\u00a0est majoritairement autobiographique et ses personnages repr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement des doubles de soi. Le sida\u00a0a abondamment marqu\u00e9 ses r\u00e9cits, de sorte que nous pouvons dire que son \u00e9criture est devenue une \u00e9criture de la maladie\u00a0ou du sida.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le sida, qui \u00e9tait une maladie douloureuse, inconnue et incurable \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une maladie mortelle\u00a0; nous verrons que le th\u00e8me de la mort, li\u00e9e \u00e0 cette maladie, devient r\u00e9current dans l\u2019\u0153uvre guibertienne apr\u00e8s la d\u00e9couverte de sa s\u00e9ropositivit\u00e9 et que l\u2019\u00e9criture devient un enjeu entre la vie et la mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 14pt;\"><strong>L\u2019annonce de la maladie mortelle<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le processus de repr\u00e9sentation de sa maladie d\u00e9bute donc avec le premier livre de la trilogie du sida, dans lequel l\u2019auteur annonce sa contamination et relate les premiers jours de sa vie affect\u00e9e par cette maladie. Il sait d\u00e9j\u00e0 qu\u2019il sera victime d\u2019une telle maladie mal connue, contagieuse et incurable : \u00ab J\u2019\u00e9tais condamn\u00e9 par cette maladie mortelle qu\u2019on appelle sida. \u00bb (Guibert 1990, 9) <\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Les termes \u00ab\u00a0\u00eatre condamn\u00e9\u00a0\u00bb peuvent \u00eatre compris ici dans les deux sens\u00a0: d\u2019une part parce que le sida\u00a0est une maladie\u00a0mortelle, d\u2019autre part parce qu\u2019il dresse entre le patient et la soci\u00e9t\u00e9 certaines barri\u00e8res et cr\u00e9e pour le malade une prison invisible. M\u00eame le mot sida, d\u00e9nud\u00e9 de tout d\u00e9terminant et errant tel un spectre attendant sa victime, n\u2019\u00e9tait pas encore un nom commun et familier \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Dans <em>A l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, c\u2019est la maladie qui pousse l\u2019\u00e9crivain \u00e0 se lancer dans ce r\u00e9cit de soi. L\u2019histoire d\u00e9bute <em>in medias res<\/em> par l\u2019annonce de l\u2019infection, mais au pass\u00e9 compos\u00e9 (\u00ab\u00a0J\u2019ai eu\u00a0\u00bb)\u00a0; le temps verbal cr\u00e9e un sens implicite, sugg\u00e9rant qu\u2019il y a une place pour le doute ou l\u2019espoir dans la reconnaissance de sa s\u00e9ropositivit\u00e9\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>J\u2019ai eu le sida<\/em><em>\u00a0pendant trois mois. Plus exactement, j\u2019ai cru pendant trois mois que j\u2019\u00e9tais condamn\u00e9 par cette maladie<\/em><em>\u00a0mortelle qu\u2019on appelle le sida. Or je ne me faisais pas d\u2019id\u00e9es, j\u2019\u00e9tais r\u00e9ellement atteint, le test qui s\u2019\u00e9tait av\u00e9r\u00e9 positif en t\u00e9moignait, ainsi que des analyses qui avaient d\u00e9montr\u00e9 que mon sang amor\u00e7ait un processus de faillite. Mais, au bout de trois mois, un hasard extraordinaire me fit croire, et me donna quasiment l\u2019assurance que je pourrais \u00e9chapper \u00e0 cette maladie que tout le monde donnait encore pour incurable. De m\u00eame que je n\u2019avais avou\u00e9 \u00e0 personne, sauf aux amis qui se comptent sur les doigts d\u2019une main, que j\u2019\u00e9tais condamn\u00e9, je n\u2019avouai \u00e0 personne, sauf \u00e0 ces quelques amis, que j\u2019allais m\u2019en tirer, que je serai, par ce hasard extraordinaire, un des premiers survivants au monde de cette maladie inexorable.\u00a0(Guibert 1990, 9)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">En r\u00e9alit\u00e9, Guibert est bel et bien condamn\u00e9 et l\u2019espoir d\u2019une gu\u00e9rison se r\u00e9v\u00e8le comme \u00e9tant une chim\u00e8re.\u00a0Le projet autobiographique gubertien poursuit ainsi un lien constant et intime avec la mort au cours de ses derniers livres.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Transformations somatiques<\/span> <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Quant aux modifications corporelles dues au sida, l\u2019\u00e9crivain dont le corps\u00a0est devenu celui \u00ab\u00a0d\u2019un vieillard\u00a0\u00bb (Guibert 1990, 10), ne cesse d\u2019en parler et de les mettre en \u00e9vidence\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Il n\u2019y avait pas de jour o\u00f9 je ne d\u00e9couvrais une nouvelle ligne inqui\u00e9tante, une nouvelle absence de chair sur la charpente, cela avait commenc\u00e9 par une ligne transversale sur les joues, selon certains reflets qui l\u2019accusaient, et maintenant l\u2019os semblait sortir hors de la peau, \u00e0 fleur de peau comme de petites \u00eeles plates sur la mer. La peau refluait en arri\u00e8re de l\u2019os, il la poussait. Cette confrontation tous les matins avec ma nudit\u00e9 dans la glace \u00e9tait une exp\u00e9rience fondamentale, chaque jour renouvel\u00e9e [\u2026] (Guibert 1991, 15)\u00a0<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ces m\u00e9tamorphoses ont \u00e9videmment des cons\u00e9quences sur sa vie quotidienne et professionnelle qui sont d\u00e9velopp\u00e9es avec minutie\u00a0durant la narration\u00a0comme par exemple lorsque le narrateur d\u00e9crit qu\u2019il est tomb\u00e9 dans un caf\u00e9 et qu\u2019il n\u2019a pas eu la force de se relever : \u00ab\u00a0Ce moment tr\u00e8s brusque dura bien s\u00fbr une \u00e9ternit\u00e9\u00a0: tout le monde \u00e9tait stup\u00e9fait de voir cet homme jeune terrass\u00e9, \u00e0 genoux, pas bless\u00e9 en apparence, mais myst\u00e9rieusement paralys\u00e9.\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 12)\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">De fait, le narrateur se sentant \u00ab\u00a0d\u00e9charn\u00e9\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 14)\u00a0et \u00ab\u00a0affaibli\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 111), et voit la mort qui s\u2019approche de lui\u00a0; des termes qu\u2019il emploie montrent que la perception de son \u00e2ge, \u00e9l\u00e9ment essentiel de l\u2019identit\u00e9, est affect\u00e9e lorsqu\u2019il indique \u00ab\u00a0j\u2019ai quatre-vingt-quinze ans\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 10)\u00a0ou lorsqu\u2019il compare son corps\u00a0\u00e0 un \u00ab\u00a0squelette\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 13).<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La seule chose qu\u2019il peut pr\u00e9voir est sa mort anticip\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Je fais une looping en chute libre sur la main du destin.\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 28)\u00a0Le r\u00e9cit produit donc dans sa trilogie \u00ab\u00a0l\u2019histoire d\u2019un corps, d\u2019un corps qui vieillit, d\u2019un corps qui est malade, d\u2019un corps qui est ab\u00eem\u00e9, d\u2019un corps ceci, d\u2019un corps cela, d\u2019un corps qui rena\u00eet un peu (\u2026) mais d\u2019un corps monstrueux aussi, d\u2019un corps difforme\u00a0[\u2026]\u00a0\u00bb (Donner 1992, 145)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le corps, du fait des modifications, devient inconnu. Ce m\u00eame \u00e9tat de m\u00e9connaissance m\u00e8ne Herv\u00e9 Guibert\u00a0vers une perception et une lecture sombre et pr\u00e9monitoire de son image, qu\u2019elle soit photographique, ou reflet dans le miroir\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai senti venir la mort dans le miroir, dans mon regard dans le miroir, bien avant qu\u2019elle y ait vraiment pris position.\u00a0\u00bb (Guibert 1990,\u00a015)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Les changements physiques sont si forts qu\u2019ils cr\u00e9ent un manque chez l\u2019auteur\u00a0; il s\u2019en explique ainsi dans ce passage :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Je manque tellement de chair sur mes propres os [\u2026] que je deviendrais volontiers cannibale. Quand je vois le beau corps d\u00e9nud\u00e9 charnu d\u2019un ouvrier sur un chantier, je n\u2019aurais pas seulement envie de l\u00e9cher, mais de mordre, de bouffer, de croquer, de mastiquer, d\u2019avaler [\u2026] je voudrais manger la chair crue et vivante, chaude, douce et infecte. (Guibert 1991,\u00a0106)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ainsi, par les descriptions somatiques et celles de la maladie, l\u2019auteur commence \u00e0 figurer l\u2019image de la mort. Pour l\u2019auteur, la maladie est l\u2019occasion de c\u00f4toyer la mort et de la mettre en pratique, comme il le souligne, le sida est \u00ab\u00a0une maladie qui donne le temps de mourir, et qui donne \u00e0 la mort le temps de vivre.\u00a0\u00bb (Guibert 1990,\u00a0181)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">De la sorte, la mort qui est expos\u00e9e dans <em>\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, \u00e0 travers la m\u00e9tamorphose physique, est mise en sc\u00e8ne \u00e0 travers un sch\u00e9ma plus clinique dans <em>Le Protocole compassionnel<\/em>. D\u2019ailleurs, nous constatons que parfois les \u00e9tapes de traitement et l\u2019agonie d\u00e9clenche l\u2019id\u00e9e de suicide\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>J\u2019\u00e9touffe, je ne supporte pas ce tuyau dont on bourre ma trach\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il arrive dans l\u2019estomac, j\u2019ai des spasmes, des contractions, des hoquets, je veux le rejeter, le cracher, le vomir, je bave et g\u00e9mis. L\u2019id\u00e9e de suicide revient et celle de l\u2019humiliation physique la plus absolue, la plus d\u00e9finitive. (Guibert 1991,\u00a057)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Pourtant plus le narrateur avance dans le processus narratif de la trilogie, plus le corps est effac\u00e9\u00a0et m\u00e9tamorphos\u00e9 par la maladie, la douleur et les traitements. En outre, l\u2019explication somatique qui met en image le corps malade devient moins \u00e9vidente dans le dernier livre de sa trilogie sur le sida\u00a0; ainsi dans <em>L\u2019Homme au chapeau rouge<\/em>, une censure automatique par l\u2019auteur r\u00e9v\u00e8le la disparition du corps\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>L\u2019image s\u2019\u00e9tait censur\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 cause de la violente douche de lumi\u00e8re sur le champ op\u00e9ratoire, qui transformait la zone saignante et la boucherie en une zone abstraite, incandescente, comme un torrent de lumi\u00e8re qui jetait des rayons au niveau du cou. Avec tout un syst\u00e8me de caches improvis\u00e9 par les blouses des infirmi\u00e8res qui s\u2019interposaient entre l\u2019angle voyeur et ce qu\u2019on avait envie de regarder ou de ne pas voir une fois pour toutes, l\u2019op\u00e9ration dissimul\u00e9e de surcro\u00eet par le chirurgien et son assistante qui ressemblaient maintenant \u00e0 des Martiens cannibales pench\u00e9s sur leur festin, l\u2019image \u00e9tait devenue d\u2019elle-m\u00eame hitchcockienne, \u00e0 mort. [\u2026] L\u00e0, cette dissimulation, qui nettoyait automatiquement l\u2019image de son afflux de sang, faisait encore plus peur. (Guibert 1992,\u00a042)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019auteur tente d\u2019oublier sa maladie dans ce livre, et c\u2019est peut-\u00eatre pour cette raison que le corps malade est retir\u00e9 de son champ de vision narratif. En effet, <em>L\u2019Homme au chapeau rouge<\/em> repr\u00e9sente la pens\u00e9e et l\u2019id\u00e9e de la mort \u00e0 travers la fragmentation que l\u2019on retrouve dans la lin\u00e9arit\u00e9 temporelle de l\u2019histoire avec une structure narrative fragment\u00e9e. Ainsi la narration discontinue \u00e9voque la crise identitaire de l\u2019auteur \u00e0 travers ces moments de silence dans la composition textuelle du r\u00e9cit. Herv\u00e9 Guibert d\u00e9montre ainsi sa volont\u00e9 de ne pas raconter certains passages et de les laisser dans l\u2019absence\u00a0: \u00ab\u00a0S\u2019il n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9f\u00e9rable de laisser l\u2019\u00e9pisode en blanc, plut\u00f4t que de s\u2019escrimer \u00e0 en relater un succ\u00e9dan\u00e9, p\u00e2le, vid\u00e9 de son intensit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb (Guibert 1992,\u00a0109)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 14pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">Confrontation \u00e0 la mort<\/span> <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9criture a trois fonctions diff\u00e9rentes dans l\u2019\u0153uvre guibertienne : premi\u00e8rement, elle permet \u00e0 l\u2019auteur de se distancier des souvenirs les plus douloureux de la maladie, deuxi\u00e8mement, elle l\u2019aide \u00e0 reconstruire son identit\u00e9 bless\u00e9e par la maladie et, enfin, elle devient un moyen de pr\u00e9figurer sa propre mort. <\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019auteur rencontre la mort de deux mani\u00e8res ; d\u2019une part, en observant d\u2019autres patients et en racontant leur \u00e9tat tout en le comparant \u00e0 son propre destin par exemple en \u00e9voquant l\u2019\u00e9tat dans lequel se trouve son ami proche Muzil (Michel Foucault) : <\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00ab\u00a0Je suis habilit\u00e9 compl\u00e8tement \u00e0 \u00e9crire \u00e7a [sur la maladie et la mort de Foucault], parce qu\u2019en fait, c\u2019est mon propre destin et c\u2019est ma propre mort que je suis en train de [raconter]<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">D\u2019autre part, en ayant des pens\u00e9es suicidaires et en stimulant sa propre mort. Ainsi, pour l\u2019auteur profond\u00e9ment affect\u00e9e par la maladie, l\u2019\u00e9criture devient parfois plus pr\u00e9cieuse que sa propre vie\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre calme, d\u2019aller au bout de cette logique romanesque, qui m\u2019hypnotise, au d\u00e9triment de toute id\u00e9e de survie. Oui, je peux l\u2019\u00e9crire, et c\u2019est sans doute cela ma folie, je tiens \u00e0 mon livre plus qu\u2019\u00e0 ma vie\u00a0; je ne renoncerai pas \u00e0 mon livre plus qu\u2019\u00e0 ma vie, voil\u00e0 ce qui sera le plus difficile \u00e0 faire croire et comprendre.\u00a0(Guibert 1990,\u00a0274)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Donc, l\u2019\u0153uvre d\u2019Herv\u00e9 Guibert, apr\u00e8s le sida, devient l\u2019exhibition de son corps\u00a0malade, qu\u2019il soit r\u00e9cit, photographie\u00a0ou film\u00a0; dans sa derni\u00e8re exposition, l\u2019auteur montre une photo de lui-m\u00eame nu sur une table de pierre, ce qui repr\u00e9sente m\u00e9taphoriquement l\u2019anticipation de sa mort. La mort est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans diff\u00e9rents syst\u00e8mes de repr\u00e9sentations\u00a0; ainsi, dans son projet cin\u00e9matographique <em>La Pudeur ou l\u2019impudeur<\/em> il montre son corps diminu\u00e9 et r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9alit\u00e9 des traitements qui \u00e9taient assez m\u00e9connus \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0; il \u00e9voque son d\u00e9sir, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans <em>La Mort propagande<\/em>, de montrer \u00ab\u00a0[s]a mort sur sc\u00e8ne, devant les cam\u00e9ras. \u00bb (Guibert 2009,\u00a010)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Ce film documentaire illustre le corps\u00a0malade et les sc\u00e8nes deviennent parfois douloureuses, voire insupportables, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019auteur montre sa fausse tentative de suicide par empoisonnement. Il d\u00e9crit cette tentative dans son journal\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Avant-hier (le temps de s\u2019en remettre), j\u2019ai mim\u00e9 mon suicide devant la cam\u00e9ra. Voil\u00e0 une prise que je ne saurais pas refaire, sauf pour de vrai [\u2026] Je filmais le simulacre de mon suicide, inventant sur-le-champ, dans le champ, le coup de la roulette russe truqu\u00e9e avec les verres [\u2026]. J\u2019ai invent\u00e9 la suite, par mon jeu.\u00a0(Guibert 2001,\u00a0414)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cette sc\u00e8ne, m\u00eame fictive, repr\u00e9sente pour l\u2019auteur la v\u00e9rit\u00e9 absolue de la maladie\u00a0et la souffrance corporelle et la pr\u00e9sence de la mort\u00a0; c\u2019est en traversant ce \u00ab\u00a0simulacre\u00a0\u00bb qu\u2019il r\u00e9alise \u00e0 l\u2019avance sa propre mort et son suicide. De cette mani\u00e8re, non seulement il met en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9tat de son corps\u00a0malade, mais il \u00e9chappe \u00e0 la pens\u00e9e et \u00e0 l\u2019angoisse de la mort en ma\u00eetrisant sa repr\u00e9sentation avant qu\u2019elle n\u2019arrive pour de bon.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019importance de la repr\u00e9sentation visuelle du corps agonisantnt est particuli\u00e8rement perceptible dans le lien qu\u2019Herv\u00e9 Guibert\u00a0\u00e9tablit entre le corps et la photographie\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>La photo marque la vie \u00e0 la naissance, puis au mariage, ce sont les deux points forts. Entre-temps, comme la craie sur la toise, comme ces petites ciselures de croissance qu\u2019on peut remarquer sur un os, \u00e0 chaque anniversaire elle suit la pouss\u00e9e du corps<\/em><em>, puis elle l\u2019oublie, elle le d\u00e9nie. Le corps adulte, le corps qui n\u2019est plus vierge, le corps vieillissant tombe dans une trappe noire, il n\u2019est plus photog\u00e9nique. (Guibert 1981, 30)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">\u00c0 travers ce passage, l\u2019auteur montre comment les modifications corporelles peuvent appara\u00eetre dans la photographie de la naissance \u00e0 la mort ; il souligne \u00e9galement que \u00ab la d\u00e9gradation des corps \u00bb (Guibert 1981, 51) se manifeste dans la photographie, qui devient pour lui un m\u00e9dium important pour repr\u00e9senter le corps mourant.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019\u00e9crivain photographe utilise ainsi l\u2019espace ouvert par l\u2019intersection de multiples supports \u00e9crits et visuels, qui lui permet d\u2019\u00e9chapper au sentiment de la perte. Il examine souvent les m\u00e9tamorphoses de son corps\u00a0comme il l\u2019explique dans <em>L\u2019Image fant\u00f4me<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0j\u2019\u00e9tais attentif aux transformations de mon visage comme aux transformations d\u2019un personnage de roman qui s\u2019achemine lentement vers la mort.\u00a0\u00bb (Guibert 1981, 67)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le sida fa\u00e7onne les \u00e9tats \u00e9motionnels, modifie radicalement les modes d\u2019expression et de perception du monde, les relations avec soi-m\u00eame\u00a0et avec les autres.\u00a0Frapp\u00e9e par la perspective de la mort, de la douleur et de la souffrance, ainsi que par les nombreuses r\u00e9percussions sur l\u2019activit\u00e9 sociale, la personne malade est \u00e9branl\u00e9e dans ses capacit\u00e9s \u00e0 exercer un certain contr\u00f4le sur sa vie<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong><span style=\"font-size: 14pt;\">La mort sociale avant la mort physique<\/span> <\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Outre la m\u00e9tamorphose physique, c\u2019est aussi l\u2019\u00e9tat psychique de l\u2019auteur qui est affect\u00e9 par la maladie et les difficult\u00e9s qui y sont li\u00e9es. En effet, c\u2019est l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur qui est bris\u00e9e par la rupture cr\u00e9ee dans la perception de soi.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Les changements physiques d\u00e9crits et montr\u00e9s par Guibert sont comme les signes d\u2019une mort progressive dans une soci\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est pas encore familiaris\u00e9e avec cette maladie. Susan Sontag\u00a0\u00e9voque le. Rapport qui existe entre des maladies telles que le cancer ou le sida, et une vision particuli\u00e8re de la mort\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00c0 l\u2019inverse de la mort douce associ\u00e9e \u00e0 la tuberculose, le sida<\/em><em>, comme le cancer, conduit \u00e0 une mort \u00ab\u00a0dure\u00a0\u00bb. Les maladies m\u00e9taphoriques qui hantent l\u2019imagination collective aboutissent toutes \u00e0 des morts \u00ab\u00a0dures\u00a0\u00bb ; ou envisag\u00e9es comme telles. \u00catre mortelle ne suffit cependant pas pour qu\u2019une maladie<\/em><em>\u00a0engendre la terreur. (Sontag 1993, 156)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Dans cette perspective, la maladie est un \u00e9l\u00e9ment puissant de la d\u00e9sidentification progressive que l\u2019auteur met en sc\u00e8ne au cours du r\u00e9cit ; le d\u00e9voilement de la d\u00e9sidentification se fait par un effet de renversement narratif, notamment dans <em>L\u2019homme au chapeau rouge<\/em> o\u00f9 l\u2019on assiste \u00e0 l\u2019effacement graduel de l\u2019identit\u00e9 psychique de l\u2019auteur. Cet effacement se r\u00e9alise non seulement par l\u2019absence de certaines sc\u00e8nes et la fragmentation mais aussi par l\u2019identification du narrateur \u00e0 des diff\u00e9rents animaux au cours du r\u00e9cit. Ainsi, la d\u00e9sidentification de l\u2019auteur r\u00e9v\u00e8le en quelque sorte la disparition et remet en sc\u00e8ne la pens\u00e9e de la mort.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">De surcro\u00eet, certains comportements \u00e0 l\u2019\u00e9gard des malades rendent leur situation encore plus compliqu\u00e9e\u00a0; le manque de respect envers les patients dans les h\u00f4pitaux est maintes fois d\u00e9montr\u00e9 dans son travail. Il explique que les m\u00e9decins le consid\u00e9raient comme \u00ab\u00a0un petit p\u00e9d\u00e9 infect\u00e9 de plus qui allait de toute fa\u00e7on crever et qui [leur] faisait perdre [leur] temps.\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 68)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Dans une \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, montrant son visage \u00e9maci\u00e9, Herv\u00e9 Guibert r\u00e9v\u00e8le publiquement que sa contamination est li\u00e9e \u00e0 son homosexualit\u00e9<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, ce qui choque davantage l\u2019opinion publique. Il raconte \u00e9galement, comment la pr\u00e9sence d\u2019un malade devient ind\u00e9sirable dans la soci\u00e9t\u00e9 :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Je m\u2019\u00e9tais assis de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du couloir, les banquettes comprenaient \u00e0 peu pr\u00e8s six places, nous \u00e9tions chacun tass\u00e9 contre la vitre oppos\u00e9e, au d\u00e9part le train \u00e9tait presque vide mais il se remplit rapidement tout au long de cette ligne de banlieue o\u00f9 les gens marchaient sur les voies, mais toujours ma banquette restait vide, personne ne voulait s\u2019asseoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ou en face de moi, m\u00eame \u00e0 proximit\u00e9 de moi, moi qui \u00e9vitait pourtant de regarder qui que ce soit aux arr\u00eats du train car j\u2019avais compris dans une terreur ironique que les gens auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s s\u2019empiler sur les \u00eates les uns des autres plut\u00f4t que de prendre une place \u00e0 l\u2019aise \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce type sp\u00e9cial dont leur distance me renvoyait l\u2019image, ils \u00e9taient tous devenus de ces chats qui me fuient, des chats allergiques au diables. (Guibert 1990, 222)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert prouve ainsi que le sida\u00a0peut mettre en danger la vie du malade (\u00ab\u00a0j\u2019\u00e9tais condamn\u00e9 par cette maladie\u00a0mortelle \u00bb (Guibert 1990, 9))\u00a0: d\u2019une part il doit supporter la souffrance qui fait surgir \u00ab\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 du suicide \u00bb (Guibert 1992, 56) et d\u2019autre part, il doit accepter les prises de position de la soci\u00e9t\u00e9, mais aussi des responsables politiques qui, en d\u00e9gradant collectivement les malades, contribuent \u00e0 aggraver leur situation. Ainsi, le mercredi 6 mai 1987 \u00e0 <em>L\u2019Heure de v\u00e9rit\u00e9<\/em>, la grande \u00e9mission politique d\u2019Antenne 2 lance une nouvelle pol\u00e9mique sur le sida. Il adopte une position assez stricte contre les malades du sida, qu\u2019il appelle les \u00ab\u00a0sida\u00efques\u00a0\u00bb\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Les sida\u00efques, en respirant des virus par tous les pores, mettent en cause l&rsquo;\u00e9quilibre de la Nation. [\u2026] Le sida\u00efque, [\u2026] il faut bien le dire, est contagieux par sa transpiration, ses larmes, sa salive, son contact. C\u2019est une esp\u00e8ce de l\u00e9preux<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><strong>[5]<\/strong><\/a>.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cette difficult\u00e9 sociale est le r\u00e9sultat des avis m\u00e9dicaux par des professionnels tels que le docteur Bachelot, \u00ab\u00a0expert\u00a0\u00bb du Front national en mati\u00e8re de sida qui d\u00e9clarait dans <em>Gai Pied <\/em>indique <a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> :<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Les sida\u00efques sont de v\u00e9ritables bombes virologiques. On ne fera pas de progr\u00e8s dans la lutte contre le sida<\/em><em>\u00a0sans isoler les patients. Il existe bien des centres anticanc\u00e9reux ! Si on laisse les malades dans des h\u00f4pitaux g\u00e9n\u00e9raux, ils seront mal soign\u00e9s. Le personnel n\u2019est pas assez comp\u00e9tent<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><strong>[7]<\/strong><\/a>.<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>\u00a0<\/em><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">De sorte, la maladie\u00a0\u00ab\u00a0que tout le monde donnait encore pour incurable \u00bb (Guibert, 1990\u00a0: 9) transforme l\u2019identit\u00e9\u00a0sociale de l\u2019individu, car elle incite \u00e0 mettre une distance entre les malades et le reste de la soci\u00e9t\u00e9 et donne parfois lieu \u00e0 des th\u00e9ories irrationnelles, comme le note Guibert\u00a0: \u00ab\u00a0Le sida, qui a transit\u00e9 par le sang des singes verts, est une maladie de sorciers, d\u2019envo\u00fbteurs.\u00a0\u00bb (Guibert 1990, 17)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Or, \u00e0 cause de la maladie, soit le malade devient invisible<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, soit la peur qu\u2019elle d\u00e9clenche dans l\u2019environnement du malade, affecte son identit\u00e9 sociale par \u00ab\u00a0le rejet et l\u2019exclusion \u00bb. (Al Saad Egbariah 2001, 87)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Dans cette perspective, d\u2019un part, le regard des autres participe \u00e0 cette transformation, comme l\u2019\u00e9nonce Herv\u00e9 Guibert\u00a0dans <em>Le Protocole compassionnel<\/em> \u00ab\u00a0[l]e regard des autres me fait sentir moi-m\u00eame une autre personne que celle que je croyais \u00eatre, et qui l\u2019est sans doute pour de vrai, un vieillard qui a du mal \u00e0 se relever d\u2019une chaise longue\u00a0\u00bb\u00a0(Guibert 1991, 141); d\u2019autre part, c\u2019est sa propre interpr\u00e9tation de son image\u00a0dans le miroir qui informe la perception de soi\u00a0apr\u00e8s la maladie\u00a0: \u00ab\u00a0Ce visage d\u00e9charn\u00e9 que le miroir chaque fois me renvoie [\u2026] ne m\u2019appartient plus mais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 mon cadavre.\u00a0\u00bb (Guibert 1990, 29)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">L\u2019importance du regard de l\u2019autre est remarquable\u00a0; tr\u00e8s malade et sous traitement, Herv\u00e9 Guibert\u00a0ne refusait pourtant pas les interviews et venait parler de ses livres \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, pour renforcer son lien avec le public, surtout apr\u00e8s la parution <em>d\u2019\u00c0 l\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>\u00a0; un public qui se divise en deux groupes au niveau de la r\u00e9ception de ses \u0153uvres\u00a0:<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 40px;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Pour certains, il repr\u00e9sente un bouleversant t\u00e9moignage sur la maladie<\/em><em>\u00a0par un homme qui en m\u00e9dite les \u00e9ch\u00e9ances. Pour d\u2019autres, il s\u2019int\u00e8gre dans le projet litt\u00e9raire d\u2019un \u00e9crivain qui, depuis l\u2019\u00e2ge de vingt ans, transmue chaque \u00e9tape de sa vie en \u00e9pisodes de ses livres, et contribue \u00e0 brouiller les lisi\u00e8res entre la litt\u00e9rature et l\u2019existence, la fiction<\/em><em>\u00a0et la v\u00e9rit\u00e9, l\u2019imaginaire et la m\u00e9moire, l\u2019\u00e9criture et la voix. (Blanckman 2008, 89-90)<\/em><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/span><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb autobiographique devient pourtant r\u00e9sistant aux tabous li\u00e9s la maladie\u00a0et \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9, dans son face-\u00e0-face avec une maladie inconnue. En cons\u00e9quence, l\u2019identit\u00e9\u00a0personnelle se fa\u00e7onne par un double regard ; le regard int\u00e9rieur de la personne atteinte par le virus, qui subit des transformations physiques et des douleurs, et le regard ext\u00e9rieur d\u2019autrui, m\u00e9diatis\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9, avec parfois des divergences entre les deux\u00a0: \u00ab\u00a0On me disait mourant quand je me sentais bien [\u2026]\u00a0\u00bb (Guibert 1991, 36-37). Ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb est analys\u00e9 entre l\u2019\u00e9criture, le m\u00e9dium photographique et filmique, le dispositif\u00a0du miroir et les diff\u00e9rents interviews ; autant des moyens par lesquels l\u2019auteur affirme son existence dans un espace entre le r\u00e9el et le fictif.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Rendre publique la dimension intime li\u00e9e \u00e0 l\u2019approche de la mort, permet donc \u00e0 Guibert de modifier la perception et la connaissance que le public a du sida\u00a0et des malades\u00a0; il restitue leur dignit\u00e9 perdue \u00e0 ceux qui sont m\u00e9pris\u00e9s pour cette raison.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">La d\u00e9marche narrative dans les r\u00e9cits de soi\u00a0d\u2019Herv\u00e9 Guibert\u00a0est invers\u00e9e et se distingue de celle des autres \u00e9crivains de son \u00e9poque. En effet, le jeune auteur, qui se trouve dans un \u00e9tat de perte physique, morale, sociale et familiale, au lieu de se cacher derri\u00e8re des masques, des objets ou des barrages de silence, adopte la strat\u00e9gie de la mise \u00e0 nu par l\u2019\u00e9criture (et aussi la photographie)\u00a0; ce projet soutient son objectif, qui est de r\u00e9v\u00e9ler des aspects divers de sa personnalit\u00e9 et de ce qui la fait exister comme l\u2019homosexualit\u00e9, la maladie, les relations amoureuses, les traitements m\u00e9dicaux, la soci\u00e9t\u00e9 et le regard qu\u2019elle porte sur lui, ainsi que sa mort anticip\u00e9e ou encore le suicide qu\u2019il a programm\u00e9\u00a0dans son film <em>La Pudeur et impudeur<\/em> ainsi que dans son livre <em>La Mort propagande<\/em>\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Qui voudra bien produire mon suicide, ce best-seller\u00a0? Filmer la piq\u00fbre qui donne la mort la plus lente, le poison qui p\u00e9n\u00e8tre avec le baiser en coulant d\u2019une bouche \u00e0 l\u2019autre [\u2026]\u00a0\u00bb. (Guibert 2009, 11)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Cons\u00e9quemment, l\u2019\u0153uvre guibertienne qui se concentre sur l\u2019histoire d\u2019un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb agonisant, devient le moyen id\u00e9al de mettre en sc\u00e8ne l\u2019\u00e9preuve difficile de la maladie et d\u2019une mort qui le suit partout comme une ombre puissante dans son quotidien. Ainsi, son r\u00e9cit de soi devient la preuve de ce que Pontalis appelle \u00ab\u00a0une n\u00e9crologie anticip\u00e9e\u00a0\u00bb. (Pontalis 1987, 52)<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><strong> \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Al Saad Egbariah, Abdelnasser, \u00ab Le sujet entre honte, maladie\u00a0et exclusi\u00f3n, Histoire d\u2019une adolescente, in <em>ERES<\/em>, n\u00b0153, p.87-97, 2001, disponible sur l\u2019URL <a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-dialogue-2001-3-page-87.htm\">https:\/\/www.cairn.info\/revue-dialogue-2001-3-page-87.htm<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Blanckeman, Bruno, <em>Les R\u00e9cits ind\u00e9cidables, Jean Echenoz, Herv\u00e9 Guibert<\/em><em>, Pascal Quignard<\/em>, Villeneuve-d\u2019Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Dupuy, Tomas, \u00ab\u00a0L\u2019heure de v\u00e9rit\u00e9 de Le Pen\u00a0\u00bb in <em>Genres LGBT<\/em>, Novembre 2016, disponible sur l\u2019URL\u00a0 <a href=\"http:\/\/genres.centrelgbtparis.org\/2016\/11\/01\/lheure-de-verite-de-pen\">http:\/\/genres.centrelgbtparis.org\/2016\/11\/01\/lheure-de-verite-de-pen<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>\u00c0 L\u2019ami qui ne m\u2019a pas sauv\u00e9 la vie<\/em>, Paris, Gallimard, 1990.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>L\u2019Image fant\u00f4me<\/em>, Paris, Les Editions De Minuit, 1981.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9,<em> Le protocole compassionnel<\/em>, Paris, Gallimard, coll, Folio, 1991.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>La Mort propagande<\/em>, Paris, Gallimard, coll. L\u2019arbal\u00e8te Gallimard, 2009.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, <em>L\u2019Homme au chapeau rouge<\/em>, Paris, Gallimard, 1992.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Guibert, Herv\u00e9, entretien avec Donner Christophe, \u00ab\u00a0Pour re\u0301pondre a\u0300 quelques questions qui se posent.\u00a0\u00bb in <em>La re\u0300gle du jeu<\/em>, n\u00b07, 1992.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Hamarat, Natasia, \u00ab\u00a0(Se) Mobiliser autour des transformations du corps\u00a0suite \u00e0 la maladie\u00a0grave. Le cas des associations de femme atteintes de cancer du sein.\u00a0\u00bb in <em>Droit et Cultures<\/em>, n\u00b020, 2020, disponible sur l\u2019URL\u00a0 <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/droitcultures\/6422\">https:\/\/journals.openedition.org\/droitcultures\/6422<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Marin, Claire, <em>Hors de moi<\/em>,\u00a0Paris, \u00e9d. Allia, 2008.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Pivot, Bernard, (Entretien avec Herv\u00e9 Guibert), <em>Apostrophes<\/em>, 16 mars 1990, disponible sur l\u2019URL <a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/apostrophes.php?search=5968\">https:\/\/www.babelio.com\/apostrophes.php?search=5968<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Pontalis, Jean-Bernard, \u00ab\u00a0Dernier, premiers mots\u00a0\u00bb, in <em>L\u2019Autobiographie<\/em>, VI e Rencontres ps ychanalytiques d\u2019Aix-en -Provence, Paris, \u00e9d. Belles Lettres, coll. \u00ab\u00a0Confluents psychanalytiques\u00a0\u00bb, 1987.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Porumb, Anca, \u00ab\u00a0Herv\u00e9 Guibert\u00a0: de la qu\u00eate identitaire au plaisir du corps\u00a0\u00bb, in <em>Revue Analyse<\/em>, vol.7, n\u00b02, 2012.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\">Sontag, Susan , <em>La Maladie comme m\u00e9taphore, le sida<\/em><em>\u00a0et ses m\u00e9taphores<\/em>, (Christian Bourgois \u00c9diteur 1989), Paris, Seuil, 1993.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><em>Le Monde<\/em> disponible sur\u00a0l\u2019URL <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2013\/06\/06\/sida-trente-ans-de-lutte-contre-le-virus3425488.html\">http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2013\/06\/06\/sida-trente-ans-de-lutte-contre-le-virus3425488.html<\/a>.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> M\u00eame si les r\u00e9cits de soi\u00a0qui parlaient du sida\u00a0n\u2019\u00e9taient pas nombreux \u00e0 cette \u00e9poque, nous pourrions pourtant en citer <em>L\u2019Accompagnement<\/em> (1994) de Ren\u00e9 Ceccaty, <em>\u00c8ve<\/em> (1987) de Guy Hocquenghem, et <em>La Maison Niel<\/em> (1995) de Jean-Baptiste Niel.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a>Bernard Pivot, (Entretien avec Herv\u00e9 Guibert), <em>Apostrophes<\/em>, 16 mars 1990, disponible sur l\u2019URL : <a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/apostrophes.php?search=5968\">https:\/\/www.babelio.com\/apostrophes.php?search=5968<\/a>. 6\u00a2 00\u00b2<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0Natasia Hamarat, \u00ab\u00a0(Se) Mobiliser autour des transformations du corps\u00a0suite \u00e0 la maladie\u00a0grave. Le cas des associations de femme atteintes de cancer du sein.\u00a0\u00bb in <em>Droit et Cultures<\/em>, n\u00b020, 2020, disponible sur l\u2019URL : <a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/droitcultures\/6422\">https:\/\/journals.openedition.org\/droitcultures\/6422<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0Bernard Pivot, (Entretien avec Herv\u00e9 Guibert), <em>Apostrophes<\/em>, 16 mars 1990, disponible sur l\u2019URL: <a href=\"https:\/\/www.babelio.com\/apostrophes.php?search=5968\">https:\/\/www.babelio.com\/apostrophes.php?search=5968<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> L\u2019article du <em>Monde<\/em> disponible sur\u00a0l\u2019URL : <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2013\/06\/06\/sida-trente-ans-de-lutte-contre-le-virus3425488.html\">http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2013\/06\/06\/sida-trente-ans-de-lutte-contre-le-virus3425488.html<\/a>.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Le Gai Pied<\/em> devenu <em>Gai Pied Hebdo<\/em> est un magazine fran\u00e7ais destin\u00e9 aux homosexuels, fond\u00e9 par Jean Le Bitoux en 1979 qui a cess\u00e9 de para\u00eetre en 1992.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0Tomas Dupuy, \u00ab\u00a0L\u2019heure de v\u00e9rit\u00e9 de Le Pen\u00a0\u00bb in <em>Genres LGBT<\/em>, Novembre 2016, disponible sur l\u2019URL:\u00a0 <a href=\"http:\/\/genres.centrelgbtparis.org\/2016\/11\/01\/lheure-de-verite-de-pen\">http:\/\/genres.centrelgbtparis.org\/2016\/11\/01\/lheure-de-verite-de-pen<\/a>.<\/span><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, Palatino; font-size: 12pt;\"><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir Claire Marin,\u00a0<em>Hors de moi<\/em>,\u00a0Paris, \u00e9d. Allia, 2008.<\/span><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-bottom-left\"><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1430?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\" \/><\/a><a href=\"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1430?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\" ><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\" \/><\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 : L\u2019objectif de ces recherches est de comprendre comment Herv\u00e9 Guibert \u2013 qui, avec \u00c0 l\u2019ami qui [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1965,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"content-type":"","om_disable_all_campaigns":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[58],"tags":[],"class_list":["post-1430","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-sara-shirvan"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/carnet-critique.com\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/Capture-decran-le-2024-04-13-a-00.17.17.png","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1430","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1430"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1430\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1501,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1430\/revisions\/1501"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1965"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1430"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1430"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/carnet-critique.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1430"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}